Nous connaissons le pouvoir de l’argent. De ses facettes antiques à sa description contemporaine, de la ruée vers l’or à l’avènement des jeux de hasards, il est le motif de l’obsession, de l’intérêt, de la cupidité, et de l’angoisse liée à sa nécessité. Il est la réalité dont manquent les budgets des chaumières et des États. C’est l’objet des passions les plus violentes et les plus contradictoires. Il est aussi bien recherché pour son apport à la qualité de la vie, que honni pour les perversions sociales qu’il provoque. Aussi, Platon et Aristote le considéraient-ils, déjà, comme « un mal nécessaire » ; les écritures moralistes en condamnaient-elles l’avidité et Marx le considérait-il à l’origine des organisations sociales et politiques. L’argent est une réalité qui dort parfois, qui peut être frais, liquide, de poche, menue monnaie, ou grosse coupure, et qui souvent et pour beaucoup, n’a pas d’odeur. Et pourtant, Pecunia non olet a dit l’empereur romain Vespasien. Il suffit de faire tomber un billet de banque dans une fosse à purin puis de le récupérer pour comprendre que la véracité de cette expression est discutable, au moins au sens propre. Et même sans se risquer dans la fosse, Joël Figari écrit : « Sentez votre porte-monnaie : il pue. Le métal, le papier et l’encre, crasseux, galvaudés par des mains honnêtes et malhonnêtes ». En fait, si l'on sent un billet de banque, nous ne pouvons pas dire que "L'argent n'a pas d'odeur", car c'est faux. L'argent, en ce qui concerne particulièrement les billets de banque et les pièces de monnaie, a une odeur. Au sens figuré, l’odeur de l’argent est plus complexe. C’est une odeur inconsciente, maladive, et c’est de là que Sandor Ferenczi construit sa réflexion et son analyse d’un rapport pathologique et sale à l’argent : « La proposition ‘L’argent n’a pas d’odeur’ est un euphémisme inversé. Dans l’inconscient, cela s’énonce sans doute de la façon suivante : Pecunia Olet, c'est-à-dire argent = matières fécales ». Vulgairement, le psychanalyste construit alors une identité entre l’argent et la merde. Nous tenterons de réflechir sur cette conclusion de Ferenczi à la lumière de la comédie de Molière, L’Avare, de l’œuvre de Georg Simmel, Philosophie de l’argent, et du roman d’Emile Zola, L’Argent. Alors, nous sommes conduits à explorer plusieurs voies de la comparaison argent/matières fécales. Cette très proche relation montre que l’argent à un fort rapport à l’humain, un rapport destructeur. Mais si on considère que des récoltes entières, une production, une richesse peut s’élever de l’utilisation de fumier pour engrais, et donc, si on considère que l’on peut faire de l’or avec de la merde, il est important d’étudier si des principes éthiques permettraient de faire que « L’argent empoisonneur et destructeur, [devienne] le ferment de toute végétation sociale, le terreau nécessaire aux grands travaux qui facilitaient l’existence », comme l’a dit Zola, et alors sous entendre que l’argent est une condition nécessaire du développement en dépit de son caractère contradictoire et des risques qu’il représente.
Ainsi, nous étudierons d’abord le rapport pathologique existant entre l’homme et l’argent, notamment à propos de la misère et des malheurs qu’il peut engendrer, nés de l’omniprésence de l’argent et de son indifférence. Tous les qualificatifs possibles sont alors couramment permis, y compris celui de merde. La deuxième partie traitera du rôle « empoisonneur » de l’argent, notamment, des relations sociales et de l’activité économique. Enfin, l’usage raisonné de l’éthique et de l’argent pourrait être à même de réussir de grand travaux, à l’image de la récolte qui nait du fumier.
Voilà mon intro 
Merci à ceux qui auront le courage de la lire 