re.
Nous sommes au XVIIIème siècle, et la Révolution française n’a pas encore eu lieu, c’est le siècle des Lumières. Il est question de « Torture » écrit par le philosophe français Voltaire, et extrait du Dictionnaire Philosophique datant de 1764.. La torture et son usage sont évoqués, et font l’objet d’une critique, à travers un registre satirique. Cependant, par quels moyens Voltaire dénonce-t-il l’usage de la torture ? En premier lieu, nous étudierons comment est exercé la torture, par qui et depuis quand. En deuxième lieu, nous verrons comment Voltaire critique la torture de manière pertinente.
Tout d’abord, la torture remonte au temps des Romains, mais apparemment elle est toujours d’actualité pour la civilisation contemporaine de Voltaire « Les Romains n’infligèrent la torture qu’aux esclaves » ligne 1-2. Nous avons là une antiphrase, cinglante et ironique, qui sous-entend que les Romains étaient plus humains que les Français du XVIIIème siècle. Ceci est un argument historique qui justifie et légitime l’existence de la torture.
Ensuite, Voltaire nous fait savoir que les personnes qui pratiquent la torture sont impressionnantes et ne sont pas là pour faire de la figuration « Le grave magistrat » ligne 8. Nous voici avec une connotation péjorative qui exprime un caractère antipathique. Par contre, la torture est banalisée et se présente comme un simple divertissement, alors qu’elle n’est rien d’autre qu’un passe-temps mondain. Dans un cadre de vie privée, les personnes pratiquant la torture font des « expériences » ligne 8, qui correspondent à un caractère scientifique, et « donnent la question » ligne 12, qui correspond à un interrogatoire dans le but d’obtenir des aveux. On en conclut que ce magistrat qui rend justice est tout aussi fautif, vu qu’il pratique la torture.
Pour achever cette première partie, on tiendra compte du cadre politique intérieur qui concerne le peuple français et du cadre politique extérieur qui concerne le peuple anglais. Il y a dans ce cas précis une contradiction : Les Anglais sont inhumains pour avoir volé des terres et pour avoir renoncé à la torture tandis que les Français sont considérés comme humains, malgré l’usage de la torture en France. Illustration avec cette phrase « Les Français, qui passent, je ne sais pourquoi, pour un peuple fort humain, s'étonnent que les Anglais, qui ont eu l'inhumanité de nous prendre tout le Canada, aient renoncé au plaisir de donner la question. » Ligne 3-5. Les Anglais ont donc déjà aboli la torture. On retrouve à nouveau le terme « question » ligne 5, qui se traduit par un parallélisme ironique de construction.
À présent, nous allons découvrir comment Voltaire dénonce l’usage de la torture. Tout d’abord, entrons dans un cadre historique relatant l’aventure d’un condamné, ainsi que son portrait. « Lorsque le chevalier de la Barre » ligne 16, est un exemple historique. Le jeune homme est punit par les juges d’Abbeville, qui s’acharnent sur lui comme le montre bien cette citation du texte : « les juges d'Abbeville, gens comparables aux sénateurs romains, ordonnèrent, non seulement qu'on lui arrachât la langue, qu'on lui coupât la main, et qu'on brûlât son corps à petit feu ; mais ils l'appliquèrent encore à la torture pour savoir combien de chansons il avait chanté, et combien de processions il avait vues passer, le chapeau sur la tête. » ligne 19 à 22. On remarque clairement une connotation d’impartialité. On retrouve également une gradation ascendante de la torture « qu'on lui arrachât la langue », « qu'on lui coupât la main » ligne 20, « et qu'on brûlât son corps à petit feu » ligne 20-21.
En définitive, Voltaire s’appuie sur l’exemple historique donné précédemment, en rappelant l’époque de la Barre « Ce n'est pas dans le XIII° ou dans le XIV° siècle que cette aventure est arrivée, c'est dans le XVIII° » ligne 23. Cette affirmation nous montre que finalement, la France n’a pas évolué en terme d’humanité depuis quelques siècles. Voltaire évoque la vision stéréotype de la France « Les nations étrangères jugent de la France par les spectacles, par les romans, par les jolis vers, par les filles d'Opéra, qui ont les mœurs fort douces, par nos danseurs d'Opéra, qui ont de la grâce, par Mlle Clairon, qui déclame des vers à ravir. » ligne 24 à 26. Voltaire juge que la France est la nation la plus cruelle de tous, puisqu’elle n’a toujours pas aboli la torture « Elles ne savent pas qu'il n'y a point au fond de nation plus cruelle que la Française. » ligne 26-27.
Voltaire banalise et légitime la torture, et se met du côté des pratiquants de la torture. L’ironie est présente. Il y a alors un effet de surprise chez le lecteur jusqu’à ce qu’il critique la torture, en donnant des exemples historiques et en affirmant clairement que la nation française est la plus cruelle. Sa manière de procéder est caractéristique, et amène le lecteur à tirer sa propre conclusion. Il essaye de toucher les Français, et de leur faire comprendre qu’ils se comportent de manière anormale.