Fahrenheit 451 est une des œuvres les plus connues de Ray Bradbury. L’œuvre fut publiée en 1953 dans une période de début de guerre froide et du Maccartisme américain (événement qui marquera la fin de nombreuses carrières d’écrivains et de cinéastes dû au sénateur Joseph McCarthy souhaitant une « sécurité nationale » en chassant les intellectuels pour éviter tout mouvement de contestation). L’âge d’or de la science-fiction a lieu aussi en cette période ; Fahrenheit 451 s’inscrit donc pleinement dans ce genre littéraire et l’œuvre deviendra un des grands classiques de ce genre. Derrière l’œuvre de science-fiction se cache en réalité une vraie critique de la société de l’époque. Ray Bradbury met en place tout au long de son œuvre une véritable contre-utopie alarmiste qui illustre en amplifiant l’actualité de l’époque ce qu’il risque d’arriver. On cherchera aussi à montrer que Fahrenheit 451 forme un éloge à la manière des Lumières.
Une contre-utopie ou dystopie est un récit de fiction qui se déroule dans une société imaginaire. Inversement à l’utopie, la contre-utopie dresse tous les défauts d’un monde imaginaire et insiste en amplifiant sur les aspects négatifs et les risques encourus dans la création d’une utopie, qui peut mener comme dans 1984 de George Orwell à un véritable régime totalitaire et à la destruction de l’individu en lui-même.
Fahrenheit 451 est totalement opposé au monde de Voltaire dans Candide car dans celui-ci, quand Candide s’approche du monde utopique de « L’Eldorado » tout est décrit avec des aspects tous plus positifs les uns que les autres, « magnifique, délicieuse, agréable, abondance, or, richesse, beauté… » Dans Fahrenheit 451, la société est en apparence un monde où chaque être est heureux mais en réalité, il en est tout autre ; la population est anti culture, les médias de masse règnent en maitres absolus et personne n’est finalement heureux.
Le personnage principal, Montag est un pompier qui a pour ordre comme tous les autres pompiers de bruler tous les livres qu’ils rencontrent, assez paradoxal pour un pompier…
Celui-ci n’est par contre pas soumis à la mouvance « pro-télévision » et va se faire convaincre par une jeune femme, Clarisse, d’arrêter cette destruction massive du peu de ce qu’il reste de la culture. Par la suite, le pompier sera dénoncé par sa propre femme, nouvelle illustration de l’échec et de la dangerosité de ce système qui rappelle un certain régime totalitaire allemand. Montag se rebelle contre sa hiérarchie et contre la société, il n’est donc pas un personnage dépourvu de volonté et d’initiative à l’inverse de Voltaire avec Candide et son personnage éponyme qui ne prend jamais de décision sans son maître à penser.
Les dangers d’un monde en apparence dispensé de problème où tout est gai et joyeux sont tous illustré dans Fahrenheit 451 ; perte des sentiments, et plus largement perte de son humanité, ici l’exemple de Montag et de sa femme qui ne se souviennent pas de leur rencontre : « La première fois qu'on s'est rencontrés, c'était où, et quand ? « Je ne sais pas », dit-elle. Il était frigorifié. « Tu ne t'en souviens pas ? ».
Une société utopique l’est donc en apparence, mais ne l’est pas en réalité. Mildred, la femme de Montag fit une tentative de suicide avec des somnifères et son cas n’est pas isolé, il dit « Des cas comme ça, on en a neuf ou dix par nuit. On en a tellement depuis quelques années ».
Ray Bradbury décrit tout au long de son œuvre les conséquences d’un système soit disant utopique qui n’est finalement qu’un régime des plus totalitaires qui puissent exister : éradication de la connaissance avec l’autodafé et du « nivellement par le bas » : « Le cinéma et la radio, les magazines, les livres se sont nivelés par le bas ».