en série littéraire... comment pouvons nous expliquer ce phénomène ?
Longtemps majoritaire, la série littéraire de l’enseignement secondaire a connu, durant les récentes décennies et singulièrement au cours des dernières années, une érosion marquée de ses effectifs. En outre, ce recul quantitatif se double d’une dégradation qualitative : loin d’attirer les meilleurs éléments des classes de seconde, elle apparaît trop souvent comme un refuge pour des élèves ayant des difficultés avec les disciplines scientifiques et amenés là par défaut et par faibles résultats plutôt que par goût pour les enseignements littéraires
. Ce qui ne veut pas dire que les littéraires sont plus mauvais
. On constate aussi parfois que certains élèves choissisant une première L se seraient mieux débrouillés en première S que d'autres qui ont opté pour la filière scientifique à cause du "prestige" qu'on lui octroie abusivement.
Aujourd’hui, les « L » représentent un peu moins de 12 % de l’ensemble des élèves qui entrent en Première générale ou technologique et bien des établissements suppriment des divisions littéraires. Si l'on se réfère au nombre des bacheliers, les chiffres sont tout aussi clairs. Entre 1970 et 1980, la proportion des bacheliers A est passée de 45 % à 25 % des admis du baccalauréat général. La réforme de 1992 n'a manifestement pas réussi à enrayer cette baisse puisque, sur la période 1995-2004, le nombre de lauréats de la série L a décru de 30,8 %.
Soucieuses de contrecarrer cette regrettable évolution, les autorités ministérielles qui se sont succédé depuis quinze ans ont mis en œuvre diverses mesures destinées à revaloriser cette formation afin de la rendre plus attractive et d’accroître, ou du moins de stabiliser, ses effectifs
. Ces mesures, pour l’essentiel, ont visé à agir sur la structure de la série dans le souci de renforcer son identité littéraire : modifications de la grille horaire et des programmes, introduction en classe terminale d’un enseignement de « littérature », renforcement des enseignements artistiques, actions successives sur l’enseignement des mathématiques… Parallèlement, un travail a été mené pour tenter d’ouvrir aux titulaires du baccalauréat L de nouveaux débouchés (écoles de commerce, instituts d’études politiques…
). En dépit de tous ces efforts, il n’a pas été possible d’enrayer le déclin de cette formation. On n’est plus très loin aujourd’hui du seuil des 10 % du total des effectifs des séries générales, seuil en deçà duquel la série serait menacée d’extinction.
Les résultats au baccalauréat contribuent à rendre la série L moins attractive. Aussi bien les taux de succès que la proportion des mentions « bien » ou « très bien » obtenues sont, aujourd'hui, inférieurs à ceux des autres séries.
La manière dont s’opère l’orientation en fin de Seconde, dans la grande majorité des cas, fait de la série L la dernière des trois séries. Une mauvaise et fausse image véhiculée, parfois par les responsables de l’orientation eux-mêmes, contribue à dissuader les élèves, même motivés, d’y entrer dès lors que leurs résultats scolaires permettent une orientation en S ou en ES
. Même si ses principaux atouts relèvent du champ littéraire, un élève qui se distingue par de bons résultats est incité à opter pour la série S, celle qui ne ferme aucune porte et donne accès aux carrières socialement les plus prestigieuses (ingénieurs, cadres commerciaux, médecins, avocats…). Les élèves qui réussissent sont ainsi détournés de la voie littéraire au profit d’une série qui accueille non seulement les meilleurs scientifiques mais aussi les meilleurs littéraires
. Les élèves ayant en niveau correct en seconde mais ne sachant pas quelle filière choisir sont aussi souvent orientés vers une première S. Certains constatent par la suite que cette série ne répond pas à leurs attentes, et qu'un autre autre série aurait été plus bénéfique. Les enseignants ne sont pas les derniers à les dissuader de choisir la série L, surtout et en général les professeurs de matières scientifiques. 