Pouvez-vous me donner votre avis sur mon travail stp ?
Texte :
"Seule l'histoire ne peut vraiment pas prendre rang au milieu des autres sciences, car elle ne peut pas se prévaloir du même avantage que les autres : ce qui lui manque en effet, c'est le caractère fondamental de la science, la subordination des faits connus dont elle ne peut nous offrir que la simple coordination. Il n'y a donc pas de système en histoire, comme dans toute autre science. L'histoire est une connaissance, sans être une science, car nulle part elle ne connaît le particulier par le moyen de l'universel, mais elle doit saisir immédiatement le fait individuel, et, pour ainsi dire, elle est condamnée à ramper sur le terrain de l'expérience. Les sciences réelles au contraire planent plus haut, grâce aux vastes notions qu'elles ont acquises, et qui leur permettent de dominer le particulier, d'apercevoir, du moins dans de certaines limites, la possibilité des choses comprises dans leur domaine, de se rassurer enfin aussi contre les surprises de l'avenir. Les sciences, systèmes de concepts, ne parlent jamais que des genres : l'histoire ne traite que des individus. Elle serait donc une science des individus, ce qui implique contradiction. Il s'ensuit encore que les sciences parlent toutes de ce qui est toujours, tandis que l'histoire rapporte ce qui a été une seule fois et n'existe plus jamais ensuite. De plus, si l'histoire s'occupe exclusivement du particulier et de l'individuel, qui, de sa nature, est inépuisable, elle ne parviendra qu'à une demi-connaissance toujours imparfaite. Elle doit encore se résigner à ce que chaque jour nouveau, dans sa vulgaire monotonie, lui apprenne ce qu'elle ignorait entièrement.".
Le Monde comme volonté et comme représentation, trad. A. Burdeau, P.U.F., 1966, pp. 1179-1180.
Mon travail :
Le mot histoire peut s'entendre en deux sens dans la langue française : l'Histoire, considérée comme le devenir historique, et l'histoire au sens de "science de l'histoire", historie en allemand, qui entreprend l'étude de l'Histoire. Cependant, quoi que classifiée comme science humaine, la qualité de science attribuée à l'histoire peut être discutée, car contrairement aux sciences naturelles, elle ne peut que hierarchier, établir chronologiquement un ordre dans le déroulement des évènements, mais pas expliquer corrélativement la survenue d'un fait historique par rapport à un autre.
A ce titre, Schopenhauer va préférer, dans son ouvrage Le monde comme Volonté et comme Représentation, définir l'histoire comme une connaissance, et non comme une science. Il affirme ainsi l'impossibilité pour la connaissance historique de se constituer scientifiquement. En ce sens, si l'histoire ne peut devenir une science, c'est-à-dire être constituée en un système de théories systématiques et applicables intemporellement, c'est parce qu'elle traite de l'individuel et qu'ainsi elle ne peut espérer atteindre une connaissance achevée.
Par là, de "Seule l'histoire ne peut vraiment pas prendre rang au milieu des autres sciences" à "comme dans toute autre science", Schopenhauer introduit sa thèse : l'histoire ne peut faire partie des sciences, a contrario de la physique ou des mathématiques. Pour lui, car l'histoire coordonne les faits sans les subordonner, elle ne peut prétendre posséder un système, et s'exclut de ce fait du domaine des sciences. Ensuite, de "L'histoire est une connaissance" à "n'existe plus jamais ensuite", il justifie sa condamnation de l'histoire en tant que science en expliquant qu'elle n'est que connaissance. Quand les sciences naturelles parviennent à établir un ensemble cohérent de théories qui peuvent se systématiser, l'histoire ne repose que sur l'expérience, le particulier, et ainsi Schopenhauer soulève l'idée qu'il est contradictoire d'appeler l'histoire science en tant qu'elle connaît le particulier pour lui-même et non pas par le biais de lois unirverselles. En ce sens, l'histoire n'étudie que ce qui n'est qu'une seule fois, et ne peut par là acquérir le caractère systématique des sciences. Enfin, de "De plus, si l'histoire s'occupe exclusivement du particulier" à "lui apprenne ce qu'elle ignorait entièrement", il expose la raison pour laquelle selon lui l'histoire ne peut définitivement pas être appelée science : si l'objet d'étude des sciences est ce qui n'est qu'une fois, ce sujet d'étude même est à jamais réduit à n'être que partiellement connu et compris, en tant que chaque jour peut enfanter une nouvelle explication d'un évènement à partir d'un fait historique nouveau, et que ce renouvellement des possibles explications de l'Histoire n'a pas de fin.
Ainsi, de "seule l'histoire ne peut pas prendre rang" à "comme dans toute autre science", Schopenhauer débute l'exposé de sa thèse : l'histoire n'est pas une science. Pour lui, l'histoire doit être exclue du domaine des sciences, car elle ne "peut pas se prévaloir du même avantage que les autres". La science a pour "caractère fondamental", c'est-à-dire comme essence, de subordonner les faits. La nature intime des sciences est de subordonner systématiquement son objet d'étude, en d'autres termes de se saisir de faits pour les faire dépendre d'autres ou de certains principes, en les posant comme condition des premiers. Ces faits ne sont pas simplement hierarchisés indépendamment les uns des autres, mais bien joints par une relation de cause à effet qui établit une succession logique dans toute suite d'évènements. Ainsi, lorsque la physique étudie la chute d'un corps, elle le fait en subordonnant cette chute à sa masse, à la force de l'attraction terreste, et par là, elle n'étudie pas la chute qu'en et que pour elle-même, mais elle fait intervenir d'autres facteurs en corrélant les fruits de l'étude de cette chute avec des facteurs immuables, universels, ici le principe universel de gravitation. A contrario, l'histoire ne peut subordonner les faits historiques qu'elle étudie : elle ne peut que constater qu'un évènement en a suivi un autre, sans pouvoir les subordonner, et faire de cette succession une relation de cause à effet, en tant que d'autres faits peuvent avoir eu une influence et déterminé les évènements étudiés sans que l'histoire puisse être assurée d'en avoir tenu compte et d'avoir fait la part des choses. Ainsi, car l'histoire se contente de coordonner les faits, de les constater, et à la limite de les hierarchier chronologiquement, sans parvenir à établir de réelle liaison entre eux, elle échappe à la qualité essentielle des sciences, et n'en est donc pas une. Pour Schopenhauer, "il n'y a donc pas de système en histoire", et de ce fait elle n'est pas une science, car tout en science est par essence systématique. Les connaissances y sont disposées en un tout, et chacune dépend à la fois des autres connaissances participant de ce tout et de ce tout lui-même : un "système". En chaque science existent des principes, des lois, et une organisation née d'une première idée, qui doivent pouvoir rendre compte de l'ensemble des objets de cette science. En histoire, rien de tout cela ne se retrouve, car aucune loi n'est suffisamment générale et universelle pour régler et déterminer l'ensemble des faits historiques qui demeurent chaotiques, puisque relevant de l'inconstance du genre humain. L'exception à la règle est la règle en histoire, et cette dominance du particulier, de l'incertain, du simple constat, ôte à l'histoire son caractère de science.
Ensuite, de "L'histoire est une connaissance" à "l'histoire rapporte ce qui a été une seule fois et n'existe plus jamais ensuite", Schopenhauer décrit l'histoire comme connaissance de l'individu, et l'oppose aux autres sciences par son caractère uniquement empirique. S'il est possible de connaître le fait historique, il n'est pas possible d'en avoir la science, car l'histoire "est condamnée à ramper sur le terrain de l'expérience". En ce sens, les connaissances livrées par l'histoire demeurent empiriques, et aucune théorie, au sens de théorèmes et de lois systématiquement organisés visant à établir la vérité d'un système scientifique, ne permet de rendre compte des faits historiques, qui se posent en conséquence comme imprévisibles et descriptibles uniquement a posteriori. Il s'avère ainsi impossible de donner aux évènements qui constituent l'Histoire une valeur universelle, car l'universalité leur échappe. Elle se cantonne donc au rang de simple connaissance de la vie quotidienne, non pas dans son immuabilité mais dans son renouvellement perpétuel. Contrairement aux véritables sciences qui, se saisissant des constats tirés de l'étude d'un cas précis, systématisent une loi pour pouvoir la transposer à l'étude d'autres cas identiques, en "[dominant] le particulier", l'histoire n'est que l'étude de l'individuel pour lui-même. Elle n'étudie que des faits ou des évènements singuliers, et si l'historien voulait se risquer à dépasser cette individualité, il perdrait de vue son objet et le confondrait avec des événements ressemblants. Et l'histoire ne peut pas non plus être une science de l'individu, car l'histoire est générale, et connaît le particulier par l'universel. En physique, on sait de façon générale la loi qui régit la chute des corps, quels qu'ils soient. L'histoire n'est pas science car elle connaît l'individuel dans son individualité, et non pas dans son universalité. De même, "l'histoire rapporte ce qui a été une seule fois et n'existe plus jamais ensuite", le fait historique n'exite qu'une seule fois. En ce sens, l'individu qu'étudie l'histoire n'est jamais qu'un individu qui n'est et ne naît qu'une seule fois, unique dans le temps, sans précédent ni postérité, et de plus un individu passé, l'histoire ne pouvant rendre compte des faits historiques que a posteriori. Par là, l'objet d'étude de l'historien est unique, n'existe plus et ne saurait se reproduire, et cette contingence le pousse à ne pas être en mesure d'étudier indéfiniment le même fait historique en le systématisant,
Enfin, de "De plus, si l'histoire s'occupe exclusivement du particulier" à "lui apprenne ce qu'elle ignorait entièrement", Schopenhauer pose l'histoire comme un essentiel inachèvement. Car le fait historique, et par là individuel, est, "de sa nature, inépuisable", l'historien ne peut ramener la singularité de son objet à l'universel, sa tâche semblant ainsi infinie. L'objet de l'histoire est à jamais purement empirique, soumis à une infinité de déterminations qui le différencient de tout autre fait historique. Contrairement à l'étude de la chute d'un corps qui, en dépit de sa forme et de sa composition chimique, peut se ramener et se systématiser en une loi simple, l'Histoire, parce que humaine, ne peut se ramener à quelques traits simplificateurs qui ne pourraient que la caricaturer. Les évènements qui la composement s'offrent à une étude infinie qui ne peut jamais prétendre les épuiser, et donc la connaissance d'un fait historique peut, en droit, toujours progresser. L'histoire ne peut ainsi prétendre à une connaissance complète d'un événement historique, elle demeure à jamais incomplète, inachevée, et "ne parviendra qu'à une demi-connaissance toujours imparfaite". Par ailleurs, cette essence de l'histoire, qui la réduit à ne jamais avoir face à elle un objet d'étude stable et systématique, la soumet à l'impossibilité de prévoir le fait historique. L'historien est dominé par les faits qui se présentent à lui et qu'il ne peut prévoir, et car l'Histoire de l'humanité n'a pas de fin, l'histoire, connaissance par l'historien de cette Histoire, ne peut pas en avoir davantage. Tout ce que l'historien apprend, c'est l'expérience qui le lui enseigne en lui présentant des faits nouveaux, parce que son travail consiste précisément à recueillir tout fait venant compléter ses connaissances préalables, et il se résigne ainsi "à ce que chaque jour nouveau, dans sa vulgaire monotonie, lui apprenne ce qu'[il] ignorait entièrement". Quand du scientifique dépend l'avancée de ses recherches, de l'histoire répend l'avancée des recherches de l'historien.
Ainsi, dans ce texte, en examinant l'histoire à la lumière des exigences propres à toute science, Schopenhauer montre que le travail de l'historien ne sera jamais celui du savant. L'histoire ne peut livrer aucune connaissance scientifique parce que son objet n'est pas susceptible de science. Le fait individuel dont elle traite rend son travail impossible à achever, et aucune doctrine historique ne parviendra jamais à produire une science avec la rigueur des mathématiques ou de la physique. Toute tentative qui aurait cette ambition est vouée par avance à l'échec, sur quelques principes qu'elle se fonde, quelque méthode qu'elle adopte, quelques lois qu'elle prétende découvrir. De fait, par la critique d'une histoire qui se voudrait science. Schopenhauer montre aussi ce que doit être l'histoire tenue à l'écart de la tentation scientifique ou scientiste : elle est avant tout une interprétation particulière des événements historiques dont elle ne peut donner la clef, mais dont elle ne peut que proposer un sens, consciente de ses propres limites. La tâche de l'historien n'est plus alors de présenter une vision globalisante et monolithique des événements, mais d'être l'interprète qui saura donner un sens aux faits qu'il étudie, sans toutefois prétendre les faire disparaître sous une explication ultime et définitive.
Merci ! ![]()
Mouarf, t'es courageux d'avoir écrit tout ça. ![]()
+1 Neo
![]()
Je dois bien, pour concurrencer Juliette, qui pond 4 feuilles doubles à chaque fois. ![]()
Trop court ![]()
![]()
"L'important c'est la qualité, pas la quantité"
Mais ça ne marche pas toujours ![]()
dissimulé
Tu vas rendre à ton prof un document typographié? Tu t'es emmerdé à recopier ta feuille double sur le PC rien que pour ça?
Je vais rendre ce devoir tapé à l'ordinateur.
Bourreau tu es un génie ![]()
Aucun mots n'est assez beau pour toi ![]()
Pourquoi donc ? ![]()
Tu as eu combien à ce commentaire ?
Il n'a pas encore eu la note.
Je n'ai pas lu le fond, car la forme n'était pas au rendez-vous.
Pas de plan apparent, paragraphes gigantesques, texte pas aéré... C'est du boulot baclé.
Sachant qu'un correcteur lambda passe 20 minutes sur une copie, ne pas lui simplifier la tâche fait dangereusement baisser la note (en tout cas, dans le supérieur ; pas de plan apparent = moins de 10)...
oui mais là c'est pas n'importe qui... c'est bourreau ![]()
Sans trop m'avancer, je pense qu'il a dû mettre en forme sous word (alinéas par exemple) mais que les forums ne lui ont pas permis de restituer cette mise en forme.
Je suis assez d'accord sur l'absence de plan. En fait, en lisant tes parties, tu te répètes, des idées reviennent, reformulées, mais ce sont les mêmes. Ca rajoute des lignes -soit- mais ça complique la lecture et la compréhension de tes arguments.
Et puis ça n'engage que moi, étudiant en histoire, mais tu ne prends pas assez de recul avec ton texte au moins dans la conclusion. Il a été écrit par son auteur vers 1840, à une époque où l'histoire était moins une science qu'un outil politique pour fonder une histoire de la nation. Entre temps, les choses ont vraiment évolué...
Schopenhauer a un parti pris aussi : pour lui une science est quelquechose qui peut générer des grandes lois empiriques. Une autre approche pourrait être de dire qu'une science est une discipline où l'on applique une méthode avec rigueur de façon à effectuer une démonstration. D'ailleurs, de nos jours l'histoire fait partie des sciences humaines. Qui travaillent sur l'individu peut être, mais qui suivent une méthode critique.