Penser, c´est dire non. Remarquez que le signe du oui est d´un homme qui s´endort ; au contraire le réveil secoue la tête et dit non. Non à quoi ? Au monde, au tyran, au prêcheur ? Ce n´est que l´apparence. En tous ces cas-là, c´est à elle-même que la pensée dit non. Elle rompt l´heureux acquiescement. Elle se sépare d´elle-même. Elle combat contre elle-même. Il n´y a pas au monde d´autre combat. Ce qui fait que le monde me trompe par ses perspectives, ses brouillards, ses chocs détournés, c´est que je consens, c´est que je ne cherche pas autre chose. Et ce qui fait que le tyran est maître de moi, c´est que je respecte au lieu d´examiner. Même une doctrine vraie, elle tombe au faux par cette somnolence. C´est par croire que les hommes sont esclaves. Réfléchir, c´est nier ce que l´on croit. Qui croit ne sait même plus ce qu´il croit. Qui se contente de sa pensée ne pense plus rien