Hum, c´est plus complexe que cela...
Bon, je vais essayer de poser les termes du débat, afin de faire cesser le flou artistique dans lequel on nage depuis le début (même si l´on ne sort de l´ambiguité qu´à ses dépens, comme dirait l´autre).
Tout d´abord, je précise que je pars du postulat selon lequel on est en démocratie.
"l´opinion peut elle faire la loi ?"
opinion= la masse, le corps social ; bref, ma définition n´est pas terrible, mais on est tous à peu près d´accord sur le sens à donner au terme.
mais :
faire la loi= commande t´elle ? (comme dans : "Maurice fait la loi dans la cour de récré")
ou faire la loi, dans un sens plus juridique ? (=édicter un acte normatif de portée générale et impersonnelle).
Si l´on prend le second sens, l´opinion ne "fait" pas la loi. Peut-être qu´elle peut influencer le législateur sur certaines orientations, mais elle n´a pas la technicité nécessaire pour la faire elle-même.
Par ailleurs, il y a des hypothèses où la loi ne laisse pas de place à l´opinion.
Ce sont toutes les hypothèses de loi technique (ex. : la taille du maillage des filets de pêche : on les fixe à 10 mm ou à 15 mm ?) .
L´opinion n´a donc pas de prise sur la loi quant à son existence même.
Et c´est là qu´il faut bien saisir la nuance entre existence et effectivité : une loi peut exister sans être nécessairement effective.
Ce sont deux notions très différentes.
Il y a plein de lois en vigueur et inappliquées.
D´ailleurs, il y a même plein de lois inapplicables et qui n´ont pas pour but de l´être.
ex.: les lois mémorielles.
Quand une loi reconnaît le génocide arménien, il n´y a aucune application à attendre de cette loi.
Par contre, effectivement, l´opinion peut avoir un impact sur l´effectivité de la loi.
Une loi sera d´autant mieux appliquée qu´elle sera comprise et acceptée.
Car une effectivité maximale, ce n´est pas de prévoir un système répressif sans faille pour en assurer de force l´application, mais d´avoir un texte qui est appliqué spontanément (effectivité et répression ne sont pas nécessairement liées : ce sont là aussi des notions indépendantes l´une de l´autre).
L´idéal serait que le texte n´ait pas à prévoir de sanction pour être appliqué.
Toutefois, si l´opinion a un impact, fait-elle la pluie et le beau temps ? ("fait-elle la loi ?" dans le sens primaire)
Là, tout revient à une mise en balance entre la puissance coercitive du pouvoir en place et le pouvoir de l´opinion (comme en Birmanie en ce moment).
Qui fera craquer l´autre ?
Alors certes les gens peuvent partir (on va être gentil et supposer que l´on est dans un système suffisamment libéral pour les laisser partir ; on va également supposer que ce n´est pas la même chose partout ailleurs, et qu´il existe d´autres pays où l´herbe serait plus verte).
Mais s´ils partent, c´est le pouvoir en place qui gagne, car il modifie l´opinion.
-> Ne restent que les gens favorables au régime-> donc, ce n´est pas le régime qui change, mais l´opinion.
= Si le pouvoir est suffisamment fort, et quelque soit son degré de cruauté, il arrivera à créer une opinion à son image, et l´opinion ne fera jamais la loi.^^
= Ainsi, l´opinion peut faire la loi, mais seulement si les circonstances le lui permettent.