I - QUELLE ANALYSE POUR CE SUJET ?
Sujet
Contraintes
● A la Chambre des Pairs le narrateur,
● sous le coup de l´émotion, prend la parole à la tribune,
● pour faire part de son indignation et plaider pour plus de justice sociale,
● Vous rédigerez ce discours.
► un contexte, un locuteur,
► une argumentation directe,
► deux moments obligés : dénoncer puis plaider,
► une forme.
Caractéristiques générales du texte attendu :
● Genre littéraire : Argumentation
● Type de texte : Discours
● Enonciation : Première personne du singulier
● Niveau de langue : Soutenu (discours à la Chambre des Pairs)
Important ! Le travail d’écriture n’est pas un sujet à part déconnecté de la première question. Les procédés repérés dans les textes du corpus au service d´une visée commune peuvent nourrir le discours.
II - UN TRAITEMENT POSSIBLE DU SUJET
TYPE DE PLAN : Aucun plan précis ne s´imposait mais il y avait deux moments à respecter dans le discours : le locuteur doit d´une part exprimer son indignation, d´autre part plaider pour une justice sociale.
Tout travail d’invention peut donner lieu à des textes extrêmement variés. Il n’existe donc pas de plan-type, plus valable qu’un autre. Plutôt que des parties qui se suivent, nous ne pouvons que proposer des éléments de nature à traiter le sujet et qui peuvent éventuellement s’entremêler tout au long du discours. Pourtant, pour toucher l´auditoire, le discours devra être construit et progressif. L’ordre que nous choisissons peut éventuellement structurer un tel discours et s´appuie sur un déroulement logique :
1. D´abord le narrateur prend la parole à la tribune et rapporte rapidement ce qu´il a vu.
2. Il exprime son indignation face à la misère de l´homme emmené par les soldats et insiste sur le contraste choquant entre la situation de l´homme et celle de la femme.
3. Il en tire alors une réflexion sur les inégalités sociales : à la fois le scandale de la misère et la tension inévitable qui en résulte. Il réclame donc davantage de justice.
PREMIER ELEMENT : Le locuteur prend la parole à la Chambre et rapporte la scène qui l´a ému.
● On considère que le sujet, qui évoque expressément la "Chambre des Pairs", demande d´extraire le "narrateur" du texte de V. Hugo. Cependant, dans l´argumentation sur l´injustice sociale, on pensera à s´appuyer sur l´ensemble du corpus ainsi que sur les lectures de l´année ou la culture personnelle.
● Bien veiller à la qualité de la "prise de parole" : le locuteur est membre de la Chambre des Pairs et s´adresse aux autres membres. Il faut employer un ton et un style adaptés à la situation de communication. Un style, donc, très soutenu et un discours qui débute par une adresse aux interlocuteurs respectant la politesse de rigueur en un tel lieu.
● On doit ici faire le lien avec le récit de V.Hugo dans Choses vues : on tente donc d´inscrire le discours dans une tonalité cohérente avec celle de la scène racontée dans l´extrait B. Le narrateur est encore sous le coup de l´émotion. Par exemple, on peut transcrire l´étonnement face à une scène désarmante, qui se déroule de façon imprévue, alors qu´il fait "beau et très froid".
● Faire alors un récit rapide et efficace de la scène mentionnée dans Choses vues. Bien choisir le registre — introduire un moment pathétique- et manifester l´émotion suscitée par la vue de cet homme miséreux. Insister sur les signes de la misère. Tenter de rendre le récit poignant (on met en oeuvre une rhétorique destinée à émouvoir). Bien mettre en valeur, par exemple, la jeunesse de cet homme, déjà abîmé physiquement ; le caractère pitoyable de ses habits ; l´évidence de sa souffrance — quelque chose d´inhumain dans la présence de la "boue", dans le terme "hérissée" — ; de sa solitude...
DEUXIEME ELEMENT : Il exprime son émotion et son indignation face à la misère de l´homme emmené par les soldats et insiste sur le contraste choquant entre l´homme et la femme.
● Le locuteur peut étayer son exposé de la misère humaine par une référence à d´autres textes — de Hugo par exemple : on peut penser aux personnages des Misérables, mais surtout sans citer précisément le texte ou l´auteur. Le narrateur de Choses vues n´est pas censé, en effet, avoir lu l´oeuvre de Hugo. Ici on insiste sur le caractère symbolique du personnage, sur la "figure" de la misère.
● Intervient alors la question du traitement infligé à ce pauvre homme, emmené par deux soldats. On met en évidence la nature du grief : l´homme tient un pain et on l´accuse de l´avoir volé. Montrer le caractère dérisoire du reproche, si l´on voit avant tout un homme qui doit subvenir à ses besoins. On peut donc faire référence aux images du poème de Prévert (on reprend l´image mais on ne cite pas le texte, on ne l´évoque pas précisément !) : un homme affamé qui observe derrière la vitre d´un magasin une abondance de mets.
● C´est à ce moment-là, par exemple, que le discours peut devenir plus polémique. L´idée du grief démesuré, puisque l´homme ne souhaitait que survivre, peut conduire à une réflexion indignée sur une "justice injuste" : c´est le plus défavorisé que l´on punit. On peut évoquer par exemple la fable de La Fontaine, "Les Animaux malades de la peste", dans laquelle l´âne devient bouc émissaire pour avoir mangé de l´herbe. On rappelle la morale : "selon que vous soyez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir". Avec une concession ici : l´homme est en faute. Mais sa faute peut être, vu le contexte, assimilée à la "peccadille" de l´âne.
Cela permet de désigner plus précisément le caractère choquant de la scène de Chose vues : le scandale issu du contraste entre l´homme et la femme, entre la "caserne" et la "berline armoriée", entre la stricte nécessité et l´apparat, etc. Finalement, ce sont ces deux figures qui créent la tension, ce que Hugo appelle la "catastrophe inévitable". On repense au poème de Prévert et à l´impuissance assortie d´indignation du pauvre : "le monde se paie sa tête" alors il "grince des dents".
TROISIEME ELEMENT : Il en tire alors une réflexion sur les inégalités sociales : à la fois le scandale de la misère et la tension inévitable qui en résulte. Il réclame donc davantage de justice.
● Ainsi, par le choc issu de ce contraste, de ces deux vies presque opposées, surgit la question de la catastrophe : la souffrance produira la révolte. On peut évoquer un exemple, assez général, de l´histoire, du XVIIIe siècle par exemple...On peut aussi s´appuyer sur le texte de La Bruyère et sur le personnage de Gnathon, qui tient pour "propre" "tout ce qu´il trouve sous sa main" : celui qui a tout, par opposition à la foule qui ne possède rien.
Face à une telle tension, on doit réfléchir à la possibilité d´un monde plus juste.
● On peut passer ici de la polémique au plaidoyer : après avoir dénoncé cette injustice criante et dangereuse, le locuteur réclame que l´on réduise les inégalités. Pour cela, il tente de mettre en valeur ce qui constitue l´humain : la première injustice consiste à le priver de l´essentiel. Répartir davantage les richesses pour permettre à chacun de se nourrir apparaît donc comme une urgence.
● On élargit la réflexion et on pense à la liberté élémentaire : à la question des besoins s´ajoute celle de la dignité. Peut-être peut-on penser alors à des questions sur l´esclavage, sur le travail des enfants — on pense à l´engagement politique de V.Hugo —, sur l´instruction. Ici, le locuteur pourrait employer un ton véhément, en usant par exemple de questions oratoires, puis plus suppliant, pour emporter l´adhésion. Finalement, l´idée serait que, si l´on évitait au miséreux cette double injustice -la première étant qu´il ne subvient pas à ses besoins ; la seconde qu´il est encore puni- il n´aurait plus de raison d´être l´homme conduit entre deux gendarmes. Et que, surtout, si, telle Gnathon, la femme continue de ne pas voir l´existence du pauvre, si les membres de la Chambre des Pairs ne sont pas plus attentifs à l´inégalité, la tension extrême perdurera.
Après le ton suppliant de la fin, le locuteur pourrait, sûr de l´impression qu´il a produite, terminer fermement son discours en remerciant les membres de la Chambre. A nouveau, pour clore ce moment, il aurait recours aux formules de rigueur.
III - LES FAUSSES PISTES
Il ne fallait surtout pas :
● Employer un style trop peu soutenu, alors que la situation à la Chambre des Pairs exige une rigueur formelle.
● Se laisser aller à des anachronismes, alors que le locuteur doit être le narrateur du texte de V. Hugo : il ne peut ni évoquer l´oeuvre de cet auteur, ni employer des arguments postérieurs à la date de 1846.
● Se contenter de raconter la scène, sans véritablement l´analyser et sans en tirer des arguments pour dénoncer l´injustice sociale. Le discours doit chercher à emporter l´adhésion de l´auditoire.