Peut-ton tout dire sur la légèreté et le sérieux ?
Si on en croit le discours habituel des médias et en particulier celui de la télévision, nous partageons pleinement l’opinion de Nietzsche : « Le sérieux, ce symptôme évident d´une mauvaise digestion». Une mauvaise humeur. En français, « sérieux » est trop près de « serré » et le glissement du vocabulaire courant va tout de suite vers « coincé » ! Dans un monde où la décontraction est de mise, le sérieux n’a guère sa place, si ce n’est dans la panoplie des personnages ridicules dont le théâtre et le cinéma on besoin pour produire des effets comiques. Etre sérieux, c’est être rigide, solennel, pesant, donc pour tout dire ennuyeux et même assommant pour les autres. Et puis, comme le dit la publicité, « la vie est trop courte pour s’habiller triste ». Nous sommes là pour nous amuser. C’est d’ailleurs un privilège de la jeunesse : « on n’est pas sérieux quand on n’a que dix sept ans » dit Rimbaud. En gros, le sous-entendu est : « pour rester jeune, soyons léger et moquons nous de tout. Le sérieux, c’est bon pour les vieux : ceux qui se prennent au sérieux : les journalistes du 20 heures, les hommes politiques, les profs et les curés !» .
Discours caractéristique de nos mentalités actuelles, disions-nous dans une leçon précédente. Discours qui s’allie remarquablement bien avec le conditionnement apte à produire un consommateur obéissant. Un esprit qui prend tout à la légère est facilement influençable. Comme il paillonne déjà dans sa tête, il ira papillonner devant les vitrines. Un esprit léger est irréfléchi et il est bon qu’il le soit en plus snob et artificiel. Il sera capté par toutes les nouveautés et cela fera tourner le commerce. La légèreté fabrique des individus très sociaux, toujours dans l’air du temps, bien intégrés dans la convivialité ludique de la consommation. Autre avantage, un individu léger au point d’être écervelé, n’est jamais aux commandes de sa propre vie, il en laisse le soin à d’autres, ce qui est très utile pour ceux qui disposent des rennes du pouvoir.
Alors ? Faut-il prendre la vie au sérieux ou à la légère? N’y a-t-il pas une différence entre le fait d’être sérieux et de se prendre au sérieux ? L’humour, auquel on oppose si facilement le sérieux est-il si léger que cela ? Avec quelle forme de conscience le sérieux est-il en rapport ? Faut-il ne pas prendre la vie au sérieux ? Mais passer sa vie en touriste, n’est-ce pas rater l’essentiel ?