Comme tout le monde le pressent ici, c´est du rapport entre le passé et le futur qu´il s´agit. Or l´expérience est à la confluence des deux. Pour tous elle est l´acquis qui nous reste du passé. Les acquis qu´a imprimé sur nous une certaine pratique de la vie. (parce qu´il s´agit de pratique. L´expérience, à l´inverse de la conaissance se construit par l´action, et pas par l´étude).
Or, ces acquis sont tournés vers l´avenir, comme s´ils permettaient de mieux controler le futur.
Et il ne va pas de soit qu´ils puissent éclairer le futur. Pourtant il s´agit là d´une conception commune à tous les hommes. On demande de l´expérience à un travailleur, comme on a pu le dire. C´est aussi une certaine illusion des disciplines historiques : expliquer le présent, et éclairer le futur de la douce lumière du passé.
Maintenant, il est peut être vrai, comme le dit Héraclite qu´"On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve".
C´est à dire que tout change, et que rien n´est immuable. Autrement dit, il n´y a aucune identité. Il n´y a pas de chose qui régule le monde.
Et pourtant on ne peut pas dire que rien n´est fixé. L´existence même du logos, de la parole, suppose une identité. Un être immuable qui fait le lien entre tous les changements. Un être qui fait que la Seine, malgrès que ce ne soit jamais la même eau, s´apelle toujours la Seine. Il y´a donc un être qui reste. Mais cet être me semble être tout à fait contingent.
Il n´est pas nécessaire, en effet, que toute chose se rapporte à une identité, et n´en bouge jamais. La réflexion logique, philosophique, historique se trouvent en prise avec la nécessité. Et c´est pourquoi la "médiation" (synthèse si vous voulez) est nécessaire. Mais il y´a une contradiction avec l´histoire. On dit qu´il y règne la liberté, et on n´y voit pourtant que la nécessité (le fait de dire qu´une action découle des conditions économiques données ne constitue qu´une sorte de déterminisme par exemple).
Et de la résolution de la contradiction dépendra la réponse. Ou bien l´histoire est pure nécessité. A ce moment là, l´expérience se reproduira indéfiniment, et le fait d´avoir vécu nous éclaire le futur. Ou bien elle est pure liberté, et alors rien ne permet de dire de quoi demain sera fait.
L´histoire est le produit arrivé à terme des actes libres de libres individus. Mais l´individu agit, et son acte s´incorpore dans un plus vaste ensemble : celui qui est à la base de l´existence, l´ordre des choses. Celui qui agit ne sait pas ce qui va en sortir. Mais cet ordre "digère" les actes, et les coordonne dans ses lois eternelles. Et ça s´apelle la nécessité : elle est le mouvement dans l´histoire universelle.
Mais cette conception ne s´applique qu´aux actes extérieurs. Car il y´a des actes intérieurs, et ils sont la vraie vie de la liberté. L´histoire, la philosophie ne voient pas l´acte extérieur comme isolé, mais comme intégré dans un ensemble, incorporé et donc modifié dans le processus historique.
Tout dépend donc de quel côté on se situe Intérieur extérieur (comme dit la chanson d´ailleurs
). L´individu poursuit une double existence .Il a une hisoire qui n´est pas le produit de ses actes libres. Ses actes intérieurs n´appartiennent qu´à lui, et personne ne peut lui enlever. Dans ce monde règne un "ou bien-ou bien" absolu qui sépare encore toujours ce que ça séparait au moment du choix.
Or, je pense que c´est du coté intérieur que se situe l´expérience. Elle est l´illumination du ou bien ou bien à la lumière des résultats présents. De l´expérience, on tire des leçons. De l´expérience, il peut découler le regret, par exemple.
L´expérience me paraît être une chose qui reste présente à l´esprit quoiqu´il en soit. Qui reste présente, sans qu´on ait besoin de faire volontairement appel à elle. Je veux dire par là, que quand à nouveau il faut faire un choix, ce choix se fait immédiatement, et sans hésitation; mais non pas sans réflexion. Le choix sans réflexion, c´est celui de la jeune fille qui aime en donnant suite au choix de son coeur. L´exemple inverse, c´est l´homme qui passe trop de temps à choisir. Celui qui se demande s´il veut être acteur ou pasteur. Alors, pendant 1 an, il devient acteur, en sait mieux que tous les autres sur ce métier. Puis il tente pasteur pendant 1 an, il en sait là aussi autant que les plus brillants théologiens. Mais entre le moment ou il avait le choix, et aujourd´hui, bien des choses ont changées, bien des observations se sont accumulées. Il n´est pas plus prêt qu´avant pour le choix. Et il se demande, à la lumière de toute cette conaissance acquise, s´il ne devrait pas être plutot avocat. L´avocat tient des deux !! Il est d´ailleurs juste d´ajouter un troisième objet Au final, il n´a pas choisi et se perd dans une infinité de possibles, et pourtant il était "en conaissance de cause". Il est pourtant perdu.
L´expérience me paraît être entre la conaissance et l´ignorance. Elle est comme un fin voile translucide, qui laisse passer la lumière. Et surtout, elle ne demande pas réflexion, pas de conaissance. Elle s´impose à l´être de façon immédiate.
Il me semble donc logique de dire que l´expérience a bien une influence sur le choix, (qu´elle l´autorise et en même temps, sans doute, le favorise) et donc sur le futur.
Au contraire donc, l´expérience éclaire bien le chemin a venir, autant que le chemin parcouru.
Bon, je me suis un peu éloigné
mais le résultat est là. Par contre, je ne me suis pas du tout penché sur une dimension (que tout le monde a remarqué, de toute façon). L´expérience, pour le sens commun, permet de bien choisir. Le sens de "bien" devra être précisé d´ailleurs. De choisir la "meilleure" solution. C´est sans doute encore plus problématique ^^