Bonjour à tous, je suis en première s, et dois rendre un devoir sur un texte de Hugo, Les contemplations.
Le texte en question est juste en bas, et j´aimerais votre avis pour savoir quelle note je pourrais en tirer, à peu près...
Merci beaucoup
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Commentaire composé de français
Texte : « Réponse à un acte d’accusation », les Contemplations ; Victor Hugo
Livre premier, VII ( extrait )
[Hugo rejette ici les normes classiques qui imposent leurs interdits au théâtre et en poésie]
Les mots, bien ou mal nés, vivaient parqués en castes:
Les uns, nobles, hantant les Phèdres, les Jocastes,
Les Méropes, ayant le décorum pour loi,
Et montant à Versaille aux carrosses du roi;
Les autres, tas de gueux, drôles patibulaires,
Habitant les patois; quelques-uns aux galères
Dans l´argot; dévoués à tous les genres bas,
Déchirés en haillons dans les halles; sans bas,
Sans perruque; créés pour la prose et la farce;
Populace du style au fond de l´ombre éparse;
Vilains, rustres, croquants, que Vaugelas leur chef
Dans le bagne Lexique avait marqué d´une F;
N´exprimant que la vie abjecte et familière,
Vils, dégradés, flétris, bourgeois, bons pour Molière.
Racine regardait ces marauds de travers;
Si Corneille en trouvait un blotti dans son vers,
Il le gardait, trop grand pour dire: Qu´il s´en aille;
Et Voltaire criait: Corneille s´encanaille!
Le bonhomme Corneille, humble, se tenait coi.
Alors, brigand, je vins; je m´écriai: Pourquoi
Ceux-ci toujours devant, ceux-là toujours derrière?
Et sur l´Académie, aïeule et douairière,
Cachant sous ses jupons les tropes effarés,
Et sur les bataillons d´alexandrins carrés,
Je fis souffler un vent révolutionnaire.
Je mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire.
Plus de mot sénateur! plus de mot roturier!
Je fis une tempête au fond de l´encrier,
Et je mêlai, parmi les ombres débordées,
Au peuple noir des mots l´essaim blanc des idées;
Et je dis: Pas de mot où l´idée au vol pur
Ne puisse se poser, tout humide d´azur!
Discours affreux! — Syllepse, hypallage, litote,
Frémirent; je montai sur la borne Aristote,
Et déclarai les mots égaux, libres, majeurs.
Tous les envahisseurs et tous les ravageurs,
Tous ces tigres, les Huns les Scythes et les Daces,
N´étaient que des toutous auprès de mes audaces;
Je bondis hors du cercle et brisai le compas.
Je nommai le cochon par son nom; pourquoi pas?
Question :
Quelle est la conception de la poésie qui s’exprime dans chacun de ces textes ?
Commentaire.
Recueil de poèmes publié en 1856 par Victor Hugo, Les Contemplations représentent pour leur auteur une œuvre symbolique et souvent personnelle, regroupant des thèmes comme l’amour, la mélancolie, le passé ou encore la mort. Hugo expose, dans l’extrait présenté ici, son aversion envers la rigidité des règles de la littérature de son temps. En quarante alexandrins, et rimes plates, l’auteur dénonce, sur le ton du pamphlet, le dégoût qu’il éprouve envers la conception littéraire de l’époque. Mais que cherche à faire ressortir Hugo dans cette prise de parole parfois fulminante ? Pour répondre à cette problématique, nous ferons d’abord émerger sa critique envers la pensée de l’époque ; puis nous mettrons en évidence le rôle de Victor Hugo, écrivain et acteur de son époque ; et enfin, nous montrerons la progression du poème au fil des vers.
Dans ce texte, Victor Hugo s’élève contre tous ceux qui considèrent que la langue française doit obéir à des règles, à des formes, à un style, et que ceux qui ne respectent pas sont considérés comme des hors-la-loi de la langue. Pour répondre à ceux là, il utilise l’alexandrin, forme classique de l’expression dans le théâtre de la tragédie Racinienne. Il attaque de front en mettant en parallèle la langue et la société de l’époque ( vers 1 à 10 ). La langue des privilèges, de l’élite ( vers 2 ) ; et la langue du peuple ( vers 5 ) sont prises en opposition. Hugo cite des personnages de tragédie grecque, Phèdre, Jocaste, Mérope ( vers 2, 3 ), les considère comme des créatures nobles, réservées encore une fois à une élite inaccessible au peuple, et les associe au décorum, caractéristique de la noblesse. On peut faire remarquer par ailleurs que Phèdre est une pièce de Jean Racine, qu’Hugo assimilera plus tard à un auteur condescendant. De l’autre côté, on devine aisément la comparaison au monde paysan, « les patois » ( vers 6 ) « l’argot » ( vers 7 ), « haillons » ( vers 8 ). Il parle pour ces mots « bas » non plus de tragédie grecque, mais de « prose et de farce » ( vers 9 ), genre associable à Molière, qui est ainsi subrepticement opposé à Racine.
Dans ce pamphlet contre ceux qui imposent des codes à la langue comme Vaugelas en son temps ( vers 11 ), Hugo dénonce le système de castes dont est victime la langue de la même manière qu’en est victime le peuple. À l’intérieur de cette langue, on va alors retrouver les mots qui sont admis, qui ont le droit d’exister, et ceux qui sont considérés comme indésirables. Il utilise alors le langage qu’il connaît le mieux, celui de la description de la société de son époque. Victor Hugo s’est toujours attaché à dénoncer la misère, et ici, de la même manière, s’appliquera à dénoncer la discrimination des mots et leur condamnation ( vers 12 ). Les mots qui ne sont pas ceux de l’élite pensante, de l’Académie, sont marqués au fer rouge ( vers 12 ). Par l’entremise de cette métaphore, il rappelle la condition des hors la loi, des citoyens qui n’obéissaient pas aux règles de l’époque et condamnés à l’exil. On peut alors penser qu’il fait référence aux écrivains et aux artistes enfermés, exilés pour leurs idées. La métaphore utilisée ici est donc extrêmement violente et forte, l’image du « F » ( vers 12 ) de forçat possède une importance allégorique non négligeable.
Victor Hugo, alors, sort de la métaphore pour désigner et dénoncer les écrivains et les intellectuels qui ont illustré cette « dictature » du code du langage, et qui, obéissant à ces codes, ont alors bénéficié des privilèges réservés à la noblesse de cour. À l’opposé, il rend hommage à ceux qui, comme Molière, ( vers 14 ) ont mis la langue et le théâtre à la portée du plus grand nombre. Tandis que Racine s’enfermait dans des tragédies antiques où les sentiments et les situations n’étaient compréhensibles que par l’élite, Molière, lui, mettait en scène les maux du peuple, dénonçait dans son théâtre les privilèges et les clivages de la société. Victor Hugo, enfin, rappelle à ceux qui s’octroient le droit de décider si un mot est noble ou non, que, quelques années auparavant, la monarchie a été définitivement abolie en 1848 ( vers 26 : « Je mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire » : il fait allusion au bonnet phrygien, que portaient les révolutionnaires en 1848 ; et par le « je », rappelle avoir été acteur de cette révolution. Le vieux dictionnaire représente la monarchie finissante et usée. ). Et il insiste, « Plus de mot sénateur! plus de mot roturier! », les mots sont personnalisés, prennent vie dans ce texte, acquièrent une dimension politique. À partir du vers 20 et ce jusqu’à la fin, Hugo assume par le « je » ce qu’il considère comme le rôle de l’écrivain : un écrivain engagé dans son époque. Les mots doivent évoluer en même temps que leur époque. Il va même jusqu’à rappeler la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, en « déclar[ant] les mots égaux, libres, majeurs. ». Victor Hugo se proclame plus encore révolutionnaire en parlant de « bond[ir] hors du cercle, bris[er] le compas ». Il va à contre courant, il ne suit pas le nord, autrement dit ne suit pas les tendances de l’époque. Le verbe brisai est un terme fort, appuyant encore sur cette impression de fermeté, sa liberté de choisir lui même sa propre direction. Ce vers, plus important encore que le dernier, définit tout à fait la position d’Hugo dans son poème.
On observe un contraste important entre la première et la deuxième partie du poème. La première partie est essentiellement métaphorique. Hugo, dès le premier vers, engage cette métaphore pour la laisser s’allonger sur les dix neuf vers suivants. Grâce à ce procédé, il donne une dimension lui permettant de donner deux interprétations possibles au texte, une dénonciation du système Académique croyant détenir le bon usage des mots ; et une critique de la société de castes étouffant, excluant le peuple. Les sens y sont cachés, sous entendus, les dénonciations, bien présentes, dites à demi mot. Une confrontation entre différents auteurs marquants de l’époque se produit, Racine est présenté comme un écrivain enorgueilli de sa noblesse et de sa position, tout comme Voltaire ; Corneille, lui, est hésitant quant au choix de son genre, proche de Molière, mais sans vouloir l’admettre. Précisons d’ailleurs que Voltaire, Racine et Corneille furent membres de l’Académie française, on peut donc imaginer que ce dernier aurait eu honte d’admettre être comparable à Molière qui, lui, ne le fut jamais.
Alors, soudainement, Hugo intervient, insuffle sa propre parole dans son poème, avec un premier mot retentissant : « brigand », et nous fait partager sa pensée, nous interpelle. Il prend la parole et la gardera jusqu’au dernier vers. De spectateur faisant partager un fait, il passe au premier plan et devient acteur principal de son poème.
La deuxième partie, démarrant au vers 20, adopte donc un ton radicalement différent : les dires ne sont plus sous entendus, mais ouvertement proclamés ; Hugo dénonce. Les métaphores sont sèches et variées, leur signification évidente et surtout, leur ton fulminant. On note un champ lexical nouveau, évoquant la colère, la guerre : « bataillon » ( vers 24 ), « révolutionnaire » ( vers 25 ), « tempête » ( vers 28 ), « débordées » ( vers 29 ), « essaim » ( vers 30 ), « envahisseurs [...] ravageurs » ( vers 36 ), « tigres » ( vers 37 ), « brisai » ( vers 39 ). Un autre détail est visible : la première partie se constitue de trois phrases, le rythme y est donc lent ; la deuxième se constitue de sept, dont quatre exclamatives. La progression de ton y est donc évidente. Hugo parle de « mont[er] sur la borne Aristote » ( vers 34 ), de dominer et supprimer les règles, il cite des peuples barbares, évoquant encore cette montée en puissance ; il semble s’emporter encore plus en employant un mot familier et apparemment hors contexte, « toutou » ; pour finir avec une note burlesque, en utilisant le terme « cochon », et nous interpelle une fois de plus.
À travers ce poème, Hugo dépeint une société et une conception littéraire de l’époque, mêlé à une satire de l’Académie qu’il juge décadente. Avec ce poème, Hugo souhaite nous faire partager sa vision de la poésie, une langue absoute de toute règle majeure qui enfreindrait à leur beauté. Et surtout, Hugo se considère libre, maître de lui, et de sa prose.