I - L´ANALYSE ET LES DIFFICULTES DU SUJET
Sujet Contraintes
Dégager brièvement la morale du texte ► le fond
Identifier le genre littéraire ► la forme
La question notée sur 4 points exige un développement bref. Il ne s´agit donc pas d´y consacrer trop de temps, mais de développer très rapidement quelques idées (indiquées en rouge).
II - LA MORALE DU TEXTE
Dans une analyse hâtive, on pourrait réduire cette morale au proverbe : "l´argent ne fait pas le bonheur". Cet homme souffre, et meurt de ce "don" que lui a transmis la nature. Il se ruine, notamment, à tous les sens du terme, à cause de sa jeune épouse, coquette et dépensière.
En réalité, Daudet, dans la morale de son apologue (voir deuxième partie de la question) évoque toutes sortes de sacrifices : des êtres humains, doués dans quelque domaine que ce soit, ("pauvres gens") peuvent en souffrir et même en mourir, parce que non reconnus ou exploités à outrance.
On pouvait penser par exemple aux artistes incompris, aux talents exploités, à toutes sortes de trahisons, de marchés de dupes, dans le monde humain, conduisant certains individus à leur perte, dans leurs esprit, âme et coeur, à l´image de cet homme à la cervelle d´or qui a tout pour être heureux et réussir mais se confronte à un destin terrible qui, non seulement ne le rend pas heureux mais le tue.
Daudet évoque également la tentation du suicide : "quand ils sont las de souffrir".
III - LE(S) GENRE(S) DU TEXTE
Attention, le cadre du texte est une lettre qui contient un récit qui prétend être une légende.
En réalité, il s´agit d´un apologue ou court conte moral.
Le plan choisi, et qui nous a semblé le plus simple, est de type dialectique.
PREMIERE PARTIE : APPAREMMENT, C´EST UNE "LEGENDE"
En apparence, ce texte est une lettre ("A la dame qui demande des histoires gaies"), cadre d´un récit fantastique dont l´auteur dit que c´est une légende : "malgré ses airs de conte fantastique, cette légende est vraie d´un bout à l´autre".
La lettre de Daudet répond à celle, peut-être d´une lectrice. C´est l´occasion pour Daudet de raconter une "légende" : "vous n´aurez encore aujourd´hui qu´une légende mélancolique" :
celle-ci commence, évidemment par "il était une fois".
Comme dans tous les contes et légendes, le personnage est extraordinaire, atypique, doué d´une particularité merveilleuse : un cerveau d´or. Ce don va faire son malheur.
Daudet suit la chronologie de l´existence du personnage, de sa naissance jusqu´à sa mort.
On notera l´emploi des temps du récit (imparfait, passé simple), les connecteurs logiques ("il était une fois", "un jour", "à dix-huit ans seulement", "dès lors", "une nuit", "à quelque temps de là", "pendant deux ans").
Il donne à son récit toutes les marques de la réalité en décrivant les différentes étapes de l´existence du personnage : enfance, jeunesse, mariage, mort.
Transition
Même si le texte présente les caractéristiques d´une légende et d´un conte fantastique, c´est en réalité un apologue ou un conte moral.
DEUXIEME PARTIE : EN REALITE, C´EST UN "APOLOGUE"
Daudet brouille les pistes : en racontant l´histoire de l´homme à la cervelle d´or, il arrive à une morale, une conclusion à portée universelle (objet de la première partie de la question).
Son texte est donc un apologue, petite fable visant essentiellement à illustrer une leçon de morale.
A partir de l´histoire de cet homme "malheureusement doué", Daudet arrive à la conclusion que des "pauvres gens" sont condamnés, à cause de leur esprit mais aussi dans leur coeur et dans leur âme.
On passe du récit à la troisième personne du singulier, à la généralisation (par "le monde, eux, ils").
IV - LES FAUSSES PISTES
Il ne fallait pas :
● Mélanger les deux parties de la question, l´une portant sur le fond, l´autre sur la forme.
● Considérer le texte, simplement, comme un récit fantastique ou une légende.
I - L´ANALYSE ET LES DIFFICULTES DU SUJET
Contraintes et caractéristiques générales du texte attendu
Sujet Contrainte explicite :
Vous commenterez le passage suivant : "A quelque temps de là [...] souffrir." ► le commentaire d’un passage du conte de Daudet.
Contraintes implicites :
► Des connaissances techniques : L´argumentation et ses effets sur les destinataires.
► Une culture littéraire : Le fantastique, le conte.
► Un savoir-faire : Habileté à commenter, en organisant une réflexion sur un texte qui permette d’en révéler la signification profonde, en s’appuyant sur des exemples.
● Il s´agit de produire un commentaire composé, qui prenne non pas la forme d’une explication de texte, comme à l’oral de français, et qui ne soit pas une paraphrase ou un récit reprenant le texte.
● Ce commentaire doit prendre la forme de la dissertation littéraire, être écrit comme un essai, au présent de l’indicatif.
● Aucune remarque sur la forme du texte à étudier ne doit faire l’objet d’une analyse séparée, qui ne débouche pas sur la signification de l’œuvre.
II - LES DIFFERENTS TYPES DE PLANS POSSIBLES
Le sujet ne donne aucune piste pour l´élaboration du plan. On vous demande juste de commenter l´extrait.
Vous pouviez bâtir un plan :
1. A partir de l´étude de la structure de l´extrait (sans dissocier l´étude du fond et de la forme) : par exemple : le récit, le dialogue, la morale de l´apologue.
2. A partir de l´étude des personnages: la jeune épouse, l´homme à la cervelle d´or, les hommes qui "sont condamnés à vivre de leur cerveau".
3. A partir des thèmes, en vous appuyant sur les champs lexicaux : le bonheur, l´argent, le chagrin et la mort.
III - LES PISTES DE REPONSES
A - NATURE ET STRUCTURE DE L´EXTRAIT
1. Récit
Daudet raconte une histoire à laquelle il veut donner une portée universelle. Vous pouvez relever les indices du récit :
Connecteurs logiques : à quelque temps de là, cela dura ainsi pendant deux ans, alors, aussi
Emploi des temps : imparfait, passé simple
Verbes d´action (acheter, s´en allait, mourut)
Descriptions : "une petite femme blonde", "les pompons, les plumes blanches, les jolis glands mordorés"
2. Dialogue
Le discours direct (dont vous aurez reconnu les caractéristiques : ponctuation, emploi des temps, des pronoms) est présent dans le texte au seul moment de "bonheur"du personnage. Il restitue essentiellement les paroles de la jeune épouse gâtée.
Ce "dialogue" qui n´en est pas vraiment un, puisque la jeune femme seule s´exprime et lui ne répond que par une plainte : "Oh, oui... bien riches", est court, comme le temps partagé dans le couple avant la mort de la femme : "cela dura ainsi pendant deux ans"
3. Morale
Après le récit du destin malheureux du personnage, Daudet conclut l´apologue par une morale à portée universelle.
On passe de la troisième personne du singulier à celle du pluriel, mettant en relief la généralisation : "pour eux, ils".
Daudet prévient le lecteur "cette légende est vraie d´un bout à l´autre". Il veut montrer que certains êtres peuvent être exploités pour leur intelligence et en mourir.
B - LES PERSONNAGES
1. La jeune femme
Elle est présentée comme une coquette, très intéressée par l´or de son mari, tout en ne cherchant pas à connaître l´origine de cette fortune et tout en ignorant la souffrance qu´il endure : "une petite femme blonde, mignonne créature, moitié oiseau, moitié poupée", "petit oiseau bleu qui lui mangeait le crâne innocemment", "la petite femme"
Elle est punie, en quelque sorte par une mort prématurée : "la petite femme mourut, comme un oiseau"
2. L´homme à la cervelle d´or
Sa destinée va l´entraîner vers la mort : "il devint amoureux, et cette fois tout fut fini"
Il est dupé par cette femme qui ne s´intéresse qu´à son argent : "elle l´aimait bien aussi" alors que lui : "l´aimait du meilleur de son âme": "
Cependant il est lucide : la peur le prenait, des envies d´être avare
A la mort de sa femme, il est désespéré et précipite sa perte en se "suicidant" c´est à dire en augmentant ses dépenses, épuisant son cerveau.
Daudet fait une description édifiante de la mort du malheureux, dans l´esprit du roman fantastique : "un grand cri, recula de peur, air hébété, main toute sanglante, avec des raclures d´or au bout des ongles".
C - LES THEMES
1. Le bonheur
Il va être de courte durée pour le personnage : "cela dura ainsi pendant deux ans".
Ce bonheur est artificiel, éphémère mais on peut relever plusieurs termes le caractérisant : amoureux, du meilleur de son âme, mignonne créature, "0 plaisir, il souriait avec amour"
2. La fortune
Le cerveau d´or apporte certes la fortune à l´homme mais précipite sa fin. Daudet illustre d´une certaine façon l´adage bien connu : "l´argent ne fait pas le bonheur".
Le champ lexical de la richesse est abondamment représenté : "or, jolis glands mordorés, piécettes, sa fortune, bien riches, si riche, il lui achetait quelque chose de bien cher, le trésor, larmes d´argent dans le velours"
3. Le chagrin et la mort
Après la mort de la jeune épouse, le personnage accélère sa perte : financière, bien sûr, mais vitale. La fortune qui lui a permis de vivre le tue également.
Daudet brosse le portrait d´un homme accablé par la douleur : "l´air égaré, les mains en avant, trébuchant comme un homme ivre, le veuf".
Sa mort est mise en scène d´une façon théâtrale : "un grand cri, la regardait douloureusement, main toute sanglante, avec des raclures au bout des ongles".
Avant la morale de l´apologue, Daudet peaufine l´exercice de style du récit à la manière du fantastique, à la limite du parodique.
IV - LES FAUSSES PISTES
Il ne fallait surtout pas :
● mélanger les deux parties dans la question (fond et forme).
● dissocier l´étude du fond et de la forme dans le commentaire.
● être trop général et trop imprécis.
● envisager le texte comme fantastique, sans voir la distance établie par Daudet, dans la parodie.