I - ANALYSE DU SUJET
Le sujet vous demandait de faire le commentaire de l´extrait de Lorenzaccio ( Acte IV, scène 9) d´Alfred de Musset, l´un des représentants majeurs du " théâtre romantique".
Il s´agissait donc, en l´absence de questions, d´élaborer un plan précis et rigoureux mettant en lumière les différents axes de lecture, sans omettre l´analyse du style.
En somme, mener de front l´étude du fond et de la forme, sans les dissocier.
Sans être vraiment difficile, le texte à commenter est dense, riche.
Il ne fallait pas se limiter à l´anecdote du rendez-vous galant mais bien voir le contexte, sombre, d´un meurtre prémédité par un personnage désenchanté, déchiré entre le vice et la vertu, le mal et le bien, le Diable et Dieu.
II - LES REACTIONS A CHAUD DU PROFESSEUR
Célèbre et beau texte que cet extrait de Lorenzaccio, pièce et personnage emblématiques du théâtre romantique. Donc, aucune surprise sur le choix.
Il convenait d´être très précis dans l´explication linéaire, d´abord, puis dans la mise en forme du commentaire, ensuite.
Vous pouviez envisager deux ou trois axes de lecture, avec des sous-parties.
Pour un élève ayant étudié la pièce ou le théâtre romantique, ce commentaire ne devait pas poser de problème majeur.
III - UN TRAITEMENT POSSIBLE DU SUJET
Lorenzaccio, personnage éponyme ( c´est-à-dire qui donne son nom à la pièce) est l´incarnation du héros romantique, personnage désenchanté dans un univers corrompu.
Ce monologue ( dans lequel Lorenzaccio ne s´adresse pas une fois au public, même indirectement) décrit son état esprit, son impatience, son tourment, juste avant le meurtre qu´il prémédite sur la personne d´Alexandre de Médicis, son cousin, qui gouverne en tyran une Florence débauchée.
Nous assistons donc à une scène de " tempête sous un crâne" comme dans Hamlet de Shakespeare ou Le Cid de Corneille, quand le héros se retrouve confronté à lui-même, dans la solitude extrême ( "Où diable vais-je donc? Les cabarets sont fermés"), avant une décision ou un acte important.
Ce n´est pas par hasard que la scène se passe de nuit. Lorenzaccio est littéralement dans l´obscurité. ( "Je n´emporterai pas la lumière".)
Par l´acte qu´il prémédite, le meurtre d´Alexandre, il entre dans le domaine du mal, les ténèbres du Diable. La référence à sa mère ( "Que ma mère mourût de tout cela, voilà ce qui pourrait arriver.", " Que ma mère mourût de cela, ce serait triste") est le dernier signe d´enfance et de pureté chez Lorenzaccio qui renonce à lutter contre le mal par l´angélisme.
Voici une suggestion de plan:
A - LE COMPLOT
Lorenzaccio doit assassiner Alexandre. Il est déterminé. " J´irai à lui tout droit", dit-il.
On le voit à l´emploi du futur proche, de nombreuses phrases exclamatives, d´impératifs et de subjonctifs: " Je n´emporterai pas la lumière, j´irai droit au cœur", " Allons, la paix, la paix ! ", " emporte le lambeau", " il faut que j´aille dans quelque cabaret".
Le champ lexical de la politique est largement représenté : nom de ses alliés, considérés comme lâches et des termes comme : " républicains, révolution, hommes sans bras..."
Il trouve " comique" le comportement des hommes et celui des Florentins en particulier. Ses exclamations ironiques pourraient faire penser à un début de discours politique : " Ô bavardage humain ! Ô grand tueur de corps morts ! Grand défonceur de portes ouvertes ! Ô hommes sans bras ! "
Mais, en même temps, il fait le triste constat de l´impuissance des hommes et de l´inefficacité de leurs paroles, lui qui va AGIR.
L´assassinat du tyran va changer la situation puisque les autres ne font rien, sinon parler : " Si les républicains étaient des hommes, quelle révolution demain dans la ville ! ".
C´est Lorenzaccio, par son action, qui deviendra un homme.
Lorenzaccio s´impatiente, le temps lui paraît long. ( "Patience ! ", " l´heure va venir").
La mort est omniprésente : on le voit aux nombreuses occurrences du verbe mourir et à la présence de la lune, astre mort. ( " Te voilà, toi, face livide ? ")
Vous pouviez citer : " crime, crime", " dernier soupir " ,"mourût", " J´irai droit au cœur, il se verra tuer", " Sang du Christ ! ".
Il convenait de relever les " aspects techniques" du complot : " flambeau" qu´il renonce à emporter, " j´irai droit au cœur", " cuirasse", " cotte de mailles", " je passerai le second pour entrer", " couché, assis ou debout", " je passerai le second pour entrer", " il posera son épée là-ou là-oui, sur le canapé", " cela sera aisé".
B - UN PERSONNAGE DESENCHANTE
Héros romantique par excellence, Lorenzaccio a perdu toutes ses illusions.
Le vice l´a emporté sur la vertu, la mort sur la vie, le Diable sur Dieu. C´est une réalité pour la ville de Florence qui subit la tyrannie d´Alexandre le dépravé.
C´est une réalité pour Lorenzaccio lui-même qui s´apprête à commettre un meurtre.
Vous pouviez dans cette partie, mettre en valeur les antithèses.
" Pudeur", " lumière", " vertueuse", " bonne fille" s´opposent par exemple à " Crime ! Crime ! ", " je n´emporterai pas la lumière", " il se verra tuer".
On peut dire que le combat de Lorenzaccio dépasse celui de l´enjeu politique : libérer Florence de la tyrannie d´Alexandre : il se bat contre Dieu, il a vendu son âme au Diable, comme Faust.
Il dit par exemple : " Lutter avec le Dieu et le diable, ce n´est rien" et il s´exclame : " Sang du Christ ! ".
Lorenzaccio va accomplir sa mission mais il renonce en même temps à tout bonheur, toute paix même s´il la réclame: " Allons, la paix, la paix".
Les personnages " positifs" passent au second plan : sa mère, Catherine et Lorenzaccio affronte, seul, le mal incarné par Alexandre.
Malgré son ton décidé, Lorenzaccio est en plein désarroi. On le voit à l´emploi de nombreuses exclamatives, interrogatives, de phrases nominales.
" Où diable vais-je donc ? " illustre particulièrement ce thème.
Il ne sait pas où il va mais il va droit vers le Diable en personne.
Les tirets, très fréquents, ponctuent son monologue, lui donnant un caractère heurté, parfois lyrique et emphatique : " Ô grand tueur de corps morts ! Grand défonceur de portes ouvertes ! ", " Sang du Christ".
Lorenzaccio représente donc bien le héros romantique.
Par son comportement : il agit, seul, dans l´obscurité, alors que les autres sont lâches. Il se perd pour sauver les autres ( référence au Christ).
Par son langage : emphatique, heurté, lyrique, égocentrique et narcissique.
Lorenzaccio est " un coupable victime", thème récurrent du Romantisme.
IV - LES ERREURS A EVITER
Comme dans tout commentaire, il ne fallait pas dissocier l´étude du fond de celle de la forme.
Votre analyse stylique devait être précise et rigoureuse, illustrée de citations du texte et intégrée à l´analyse des thèmes.
Il convenait de mettre en valeur les particularités du théâtre romantique et du personnage romantique.
Au final, il fallait bien faire apparaître la lutte entre le Bien et le Mal ( ce dernier l´emportant) dans la ville de Florence mais surtout dans le cœur et l´esprit de Lorenzaccio.