« Les techniques peuvent-elles nous rendre plus autonomes ? »
Vivre dans l’ère de la technique moderne avec l’apparition de machines permet à l’homme depuis un siècle environ de constater les changements du monde et comment celui-ci évolue. Il a apprit à utiliser cette technique, à en trouver les défauts pour les supprimer, et s’est efforcé de l’améliorer pour en tirer le plus grand profit possible. Mais l’innovation du progrès très ( trop ? ) rapide engendre ses conséquences et l’homme paraît indissociable des techniques qu’il a inventé. Car la technique, « ensemble des procédés utilisés dans une activité pour obtenir un résultat déterminé / maîtrise de ses procédés » ( Maxidico) renvoie à une vision plus large de l’avenir, riche en nouveautés, mais en aucun cas elle ne garantit à l’homme une autonomie réelle « qui ne dépend d´aucun autre système » Traitons du problème de la technique à travers sa place dans le monde humain, et essayons de répondre si les techniques peuvent nous rendre plus autonomes, ou si au contraire, elles restreignent l’individu dans une sorte de soumission, de dépendance.
L’autonomie de base qu’a crée la technique à ses débuts est essentielle, du point de vue de la survie de l’espèce humaine. Les hommes sont arrivés sur terre il y a de ça plusieurs millions d’années et n’ont cessés d’améliorer leurs conditions de vie en élaborant différentes techniques artisanales permettant la survie dans un monde animal, hostile. Ces outils de chasse, de défense et de préservation de soi ont été essentiels pour l’Homme. Ce dernier ne peut être autonome comme l’animal l’est, la nature ne l’ayant pas doté des même moyens naturels pour son auto-suffisance. Car là on trouve l’origine de la technique. L’humain ne possède ni crocs, ni griffes, ni fourrure ayant la capacité de se défendre ou de se protéger en toute saison du froid. Il fut incontestablement doté d’une intelligence plus développée que l’animal, ce qui lui permit d’élaborer les outils nécessaires à son élévation dans la hiérarchie des êtres. On ira jusqu´à appeler ‘’technique’’ le simple fait de gratter deux pierres entre-elles pour produire du feu, car cela résulte d’un savoir faire, relatif à un fonctionnement obéissant aux prémisses des lois de la nature.
La technique est pour l’Homme un prolongement de soi. Sans elle, je ne me résume plus qu’à un être nu, ayant la matière grise pour penser ma survie mais sans aucun moyen extérieur d’y parvenir. C’est un facteur indubitable pour réaliser les travaux que je pense. « Procédé ou ensemble des procédés d´application de connaissances théoriques à la production ou à l´économie » ( Larousse). La technique rend en cela l’Homme plus autonome, elle est sa parfaite alliée pour parvenir à ses fins. Au fil du temps, elle a jouer un véritable rôle d’un point de vue social. Elle s’est imposée comme moteur de la création du monde contemporain, et a permit de donner naissance aux grands phénomènes qui nous font vivre aujourd’hui comme la roue à eau pressant la farine ( prolongement de la force), le moteur à explosion permettant à l’homme de se déplacer partout de façon plus rapide grâce aux voitures ( prolongement des jambes), les machines à calculer et les lunettes d’observations scientifiques faisant découvrir des réalités scientifiques inaccessibles à l’Homme dénué de toute technique ( prolongement de l’œil, de la portée de la vision) ou encore l’informatique ( prolongement du cerveau à travers la vision 3D, les images de synthèse). En cela, les techniques ont rendus l’Homme plus autonome, en se substituant à ses points faibles.
La technique n’a jamais cessée de traverser les ères du temps depuis sa naissance, et ne s’est plus contentée de n’être que le substitut des points faibles de l’homme. D’un moyen de survie indispensable, elle est devenue jouet manipulable selon les volontés de chacun, et alliée d’une humanité forte, en pleine expansion technique puis technologique. L’autonomie de l’Homme passe par la libération de ses contraintes liées au temps. Un agriculteur devant labourer ses terres pour se nourrir et gagner sa vie pouvait avant faire cette tâche avec des chevaux par simple économie de ses forces. Plus que prolongement de l’homme et gain d’autonomie, aujourd’hui on invente la machine, qui est encore plus efficace que les chevaux, et génère plus de gains de productivité grâce à la vitesse. L’autonomie renvoie ainsi à la notion de liberté et la remette en question, du fait qu’elle permette à l’homme dans un premier de temps d’utiliser les moyens disposés par la nature et de les utiliser à bon escient, et dans un deuxième temps de les contrôler parfaitement en vue de les améliorer pour sa satisfaction propre et à son épanouissement personnel. Toutes ces innovations techniques ont une toute autre tournure du moment qu’elles prennent le dessus sur l’homme grâce à leur développement éclair, sans que leurs limites conceptuelles ne soient clairement définies par des individus avides de progrès désirants toujours être plus autonomes.
Après avoir vu ci dessus en quoi les techniques ont pu, à travers l’échelle de l’humanité, contribuer à ce que l’homme survive et survienne à ses propres besoins, le rendant de ce fait, plus autonome, voyons dans un deuxième temps comment la technique à su modeler les individus en les rendant dépendants et soumis à elle, et en quoi consiste ce danger pour l’autonomie de chacun.
La technique est telle une goutte d’eau ayant sauvé un homme assoiffé et proche de la mort il y a de cela très longtemps. Par la découverte progressive de la source d’où venait ce cadeau de la nature, les hommes n’ont jamais cessé de l’exploiter, d’agrandir cette source avant de tous se noyer dedans. Cette métaphore pourrait très probablement être confirmée par les générations à venir, tellement la technique se développe à vitesse effrayante. L’homme a découvert, inventé et développé les techniques dont il avait besoin pour complémenter les outils naturels qui le dotait d’une autonomie primaire, animale ( le cerveau développé, les ongles, les mains habiles, les jambes pour courir etc.). Mais ce même homme du XX ème siècle dispose depuis peu d’une grande base technique ( élaborée par ses ancêtres) lui permettant d’en mettre au jour de nouvelles, plus sophistiquées. Le simple embryon de la technique du début devient monstre indestructible, prenant le dessus sur l’Homme en le rendant dépendant. Car il faut maintenant l’admettre. L’homme n’est plus maître du fruit de la technique qu’il a fait grandir, il en est devenu dépendant. Chaque moment de sa vie est gouverné par cette force d’ordre nouveau. L’autonomie est alors remise en question.
Les hommes sont dominés par une technique omniprésente. Ils doivent constamment se plier à elle, que ce soit dans leur travail ou dans leur vie privée. Cette domination est synonyme de soumission. Être autonome n’est pas le fait d’être dépendant à la technique, c’est plutôt le droit que l’on a de déterminer les règles auxquelles nous devons nous soumettre vis à vis de la technique. Autrement dit, l’homme pourrait être plus autonome grâce aux techniques si il arrivait à toujours en rester maître. Mais la réalité est tout autre. « Autonomie : Faculté de se déterminer par soi même ; indépendance morale, intellectuelle, matérielle » ( Maxi dico). A travers cette définition nous arrivons à contradiction avec la technique moderne, le nouvel esclavagisme des hommes par les machines est le fruit d’un égoïsme matérialiste, qui s’est propagé dans la société tel un poison, uniformisant et niant les individus au cas par cas. Le prolongement de l’homme à travers la technique n’est plus seulement prolongement volontaire des membres, mais mariage des cerveaux à la technique. Autrement dit, un homme aujourd’hui civilisé sera assisté constamment de machines lui ordonnant des impératifs d’utilisation ( mode d’emploi), des exigences auxquelles il est obligé de se soumettre ( l’essence dans une voiture, programmer sa machine à laver…), des exigences intellectuelles ( l’homme ne sait plus calculer par lui même, d’où l’usage de la calculatrice). En cela la technique soumet l’homme et rythme sa vie au gré de son utilisation dont on a plus vraiment le choix.
L’individu paraît aujourd’hui oppressé, victime de la sur-modernisation matérialiste de la société dans laquelle il vit, et qu’il voit s’autodétruire tous les jours. La technique engendrant pollution, individualités, égoïsme, nouveaux besoins dans une spirale de consommation de biens aussi inutiles que dangereux pour la cohésion sociale, l’homme du XXI ème siècle semble se réveiller petit à petit et retrouver la raison. Il ne souhaite plus faire parti d’un bloc froid suant des intérêts économiques toute sa vie, mais retrouver une harmonie juste, avec des moyens plus réfléchis et moins dirigistes qui lui donneraient sans doute plus de liberté, et plus d’autonomie. L’homme souhaiterait-il ainsi une technique s’inspirant des prémisses de celle d’avant, une technique qui le rendrait plus autonome par le juste équilibre entre le facteur humain et la place que prendrait cette technique dans la société. Perdre les exigences de rentabilité, de productivité de la technique remettrait en cause de manière radicale notre société qui s’autodétruit de jours en jours.
Les techniques ont cessé de nous rendre plus autonomes dès lors que leur développement a fini par être suffisamment important pour occulter la raison des hommes dans notre société devenue matérialiste. Aujourd’hui les paysages et les âmes du monde entier ont été bouleversés, souvent involontairement, par les caprices de la technique et de son utilisation massive. Certains n’y voient plus que soumission et dépendance, voir pire, auto-destruction de notre monde. Le fait de considérer le sort de l’humanité comme perdu serait avouer la dominance extraordinaire de la technique sur nous. Avoir la prétention de croire que le réveil des hommes est possible, que la technique ait pu altérer tout, même la façon de penser, mais en aucun cas la pureté originelle d’une âme, peut nous faire espérer un futur prometteur, et le retour d’une technique rendant l’homme plus autonome, sachant se fixer ses propres limites conceptuelles lors de ses créations. Pour des esprits plus pessimistes ( réalistes ? ), « il est sans doute très difficile d’être sain d’esprit au sein d’une société qui ne l’est pas. » ( Sébastien Uettwiller)