1er texte:
« Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s´ouvraient tous les coeurs, où tous les vins coulaient. Un soir, j´ai assis la Beauté sur mes genoux. - Et je l´ai trouvée amère. - Et je l´ai injuriée.
Je me suis armé contre la justice.
Je me suis enfui. Ô sorcières, ô misère, ô haine, c´est à vous que mon trésor a été confié !
Je parvins à faire s´évanouir dans mon esprit toute l´espérance humaine. Sur toute joie pour l´étrangler j´ai fait le bond sourd de la bête féroce.
J´ai appelé les bourreaux pour, en périssant, mordre la crosse de leurs fusils. J´ai appelé les fléaux, pour m´étouffer avec le sable, le sang. Le malheur a été mon dieu. Je me suis allongé dans la boue. Je me suis séché à l´air du crime. Et j´ai joué de bons tours à la folie.
Et le printemps m´a apporté l´affreux rire de l´idiot.
Or, tout dernièrement m´étant trouvé sur le point de faire le dernier couac ! j´ai songé à rechercher la clef du festin ancien, où je reprendrais peut-être appétit.
La charité est cette clef. - Cette inspiration prouve que j´ai rêvé !
« Tu resteras hyène, etc..., » se récrie le démon qui me couronna de si aimables pavots. « Gagne la mort avec tous tes appétits, et ton égoïsme et tous les péchés capitaux. »
Ah ! j´en ai trop pris : - Mais, cher Satan, je vous en conjure, une prunelle moins irritée ! et en attendant les quelques petites lâchetés en retard, vous qui aimez dans l´écrivain l´absence des facultés descriptives ou instructives, je vous détache ces quelques hideux feuillets de mon carnet de damné.
2eme texte:
Ainsi j´allais moi même, la derniere fois que je lui livrai mon corps et l´outil qu´on appelle ma tête. Ce fut ainsi la fois de la fracture, béante et pour longtemps peut être béante, ainsi qu´il arrive avec une femme possédée, mais de qui on restait indépendant, lorsqu´un jour par une sorte d´inattention ou d´attendrissement plus grave que l´amour, vous vous abandonnez et elle entre en vous a une vitesse de torent pour n´en plus sortir.
Ainsi ce jour là fut celui de la grande ouverture. oubliant les images de pacotille qui du reste disparurent, cessant de lutter, je me laissai traverser par le fluide qui, pénétrant par le sillon, paraissait venir du bout du monde. Moi même j´étais torrent, j´étais noyé, j´étais navigation. Ma salle de la constitution, ma salle des ambassadeurs, mas salle des cadeaux et des échanges ou je fais entrer l´étranger pour un premier examen, j´avais perdu toutes mes salles avec mes serviteurs. J´étais seul, tumultueusement secoué comme un fil crasseux dans une lessive énergique. Je brillais, je me brisais, je criais jusqu´au bout du monde. Je frissonais. Mon frissonement étais un aboiement. J´avançais, je dévalais, je plongeais dans la transparence, je vivais cristallinement.
Parfois un escalier de verre, un escalier en echelle de jacob, un escalier de plus de marches que je n´en pourrais gravir en trois vies entières, un escalier aux dix millions de degrés, un escalier sans paliers, un escalier jusqu´au ciel, l´entreprise la plus formidable, la plus incensée depuis la tour de babel, montait dans l´absolu. Tout à coup je ne le voyais plus. l´escalier qui allait jusqu´au ciel avait disparu comme bulles de champagne, et je continuais ma navigation précipitée, luttant pour ne pas rouler, luttant contre des succions et des tiraillements, contre des infiniment petits qui tréssautaient, contre des toiles tendues et des pattes arquées.
3eme texte:
Pleurs dans la nuit
( extrait, I)
Je suis l´être incliné qui jette ce qu´il pense ;
Qui demande à la nuit le secret du silence ;
Dont la brume emplit l´oeil ;
Dans une ombre sans fond mes paroles descendent,
Et les choses sur qui tombent mes strophes rendent
Le son creux du cercueil.
Mon esprit, qui du doute a senti la piqûre,
Habite, âpre songeur, la rêverie obscure
Aux flots plombés et bleus,
Lac hideux où l´horreur tord ses bras, pâle nymphe,
Et qui fait boire une eau morte comme la lymphe
Aux rochers scrofuleux.
Le Doute, fils bâtard de l´aïeule Sagesse,
Crie : - A quoi bon ? - devant l´éternelle largesse,
Nous fait tout oublier,
S´offre à nous, morne abri, dans nos marches sans nombre,
Nous dit : - Es-tu las ? Viens ! - Et l´homme dort à l´ombre
De ce mancenillier.
L´effet pleure et sans cesse interroge la cause.
La création semble attendre quelque chose.
L´homme à l´homme est obscur.
Où donc commence l´âme ? où donc finit la vie ?
Nous voudrions, c´est là notre incurable envie,
Voir par-dessus le mur.
Nous rampons, oiseaux pris sous le filet de l´être ;
Libres et prisonniers, l´immuable pénètre
Toutes nos volontés ;
Captifs sous le réseau des choses nécessaires
Nous sentons se lier des fils à nos misères
Dans les immensités.
[...]
1) vous étudierez l´expression des sentiments des textes 1, 2 et 3 en vous appuyant sur l´analyse des modalités d´écriture liées au registre lyrique.
2) vous analyserez quelle image du poète se dégage des textes 1, 2 et 3
Chacune de vos réponses devra être rédigée sous forme de paragraphes organisés et argumentés. Vous devrez vous appuyer sur des indices textuels soigneusement cités, décrits et analysés.
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