traduction:
Quand vînt l’oncle Enrique du Mexique pour s’installer en Espagne, ma mère commença à pleurer. Elle pleurait de joie et de tristesse à la fois, car le fait de retrouver son frère lui rappelait ses parents, perdus depuis déjà tant de temps(si longtps). L’oncle Enrique avait des associés américains- des étrangers comme il disait- et maintenant il venait en Espagne, devenu un homme riche, et était scandalisé par notre pauvreté.
-Mais si nous vivons très bien –répliquait-elle – nous n’avons besoin de rien.
L’oncle Enrique contemplait avec un regard critique la salle de séjour, la partie la plus luxueuse de la maison, et je ne pouvais cesser de penser à ce qu’il dirait s’il connaissait nos chambres ou la cuisine.
-Je ne comprends pas pourquoi tu ne nous a rien dit- dit-il pensif, comme s’il y avait eu de ce côté de l’océan, une conspiration de silence pour occulter notre situation misérable.
Notre mère argumentait qu’entre la pension, les rentes que nous donnait généreusement notre grand-mère paternelle et les droits des deux pièces de théâtre de notre père, qui part un coup de chance, avaient été porté à l’écran ; nous en avions assez pour vivre avec commodité. Puisque de plus, la grand-mère Josefa nous payait les études à Federico et à moi, et c’est un beau cadeau.
-Un cadeau! - répéta-t-il, je ne savais pas si l’oncle Enrique était plus émerveillé qu’indigné.
- Et toi, qu’en penses-tu ? M’apostropha-t-il, sans savoir que dans cette maison gérée par des femmes, on ne me demandait jamais mon avis. Qu’étudies-tu ? Continua-t-il. Il mit ses mains sur sa tête quand il sut que je venais juste de m’inscrire dans des études de lettres.
-Mais que penses-tu devenir ? Demanda-t-il, intrigué.
-Ecrivain, répondis-je, sans regarder ma mère car je n’avais jamais confessé publiquement ma vocation.
-Dolorès- déclara-t-il –tu as éduqué tes fils comme s’ils étaient des filles. Mais ce sont des garçons. Sa voix résonna.
Il se sentait en droit de donner son avis et des conseils, puisque après tout, il était très riche et il avait toujours pensé que l’argent est le plus grand bien que l’on puisse obtenir dans la vie.
Et ceci c’était assurément, l’éducation féminine que nous avait donnée notre mère : l’argent ne se situait pas en premier lieu sur l’échelle des valeurs. Elle avait éduqué un musicien ( qui jouait de la flûte traversière, ni plus ni moins), et un écrivain, car c’est ce que nous étions : un écrivain et un musicien. Des métiers complètement inutiles, peu productifs, qui rendait tout simplement perplexe notre triomphateur oncle Enrique.