"En ce qui concerne "Éthique", j’espérais une remarque un peu plus argumentée vu la faiblesse de la tienne. "
Diantre, c'est un peu sec
goulbite > Tu en fais trop sur Le Prince. Machiavel est un philosophe, c'est certain, mais ce n'est assurément pas le plus philosophe des philosophes. Le Prince traite de science politique (et il est remarquable en tant que tel, soit dit en passant) plutôt que de philosophie politique, et d'ailleurs c'est sa raison d'être même. L'ouvrage, au point de vue de sa généalogie, se réduit en fait à un habile exercice de flagornerie vis-à-vis de Laurent de Médicis, et du reste l'auteur ne s'en cache guère - je te laisse apprécier :
"Et si Votre Magnificience, du comble de sa hauteur, tourne quelquefois les yeux vers ces humbles lieux, Elle connaîtra combien il est indigne que je supporte la grande et continuelle malignité de fortune qui est la mienne." (trad. Gallimard)
Sur le contenu lui-même, c'est bien d'un "manuel" qu'il s'agit essentiellement. Bien sûr, il y a une certaine conception de l'homme qui apparaît (notamment que l'homme est foncièrement mauvais, comme tu l'as dit), mais ce n'est, dans l'économie du livre, qu'un POSTULAT, que Machiavel n'argumente pas mais qui lui permet simplement de légitimer la "Realpolitik" qu'il y prône. - Toutes ces pages sur la guerre et comment il faut la faire relève du manuel. D'ailleurs Laurent n'a que faire de philosophie, on s'en doute, même si je ne suis pas dupe : il n'est évidemment pas le SEUL destinataire de l'oeuvre. - Mais plus fondamentalement encore, Machiavel ne pense pas les fins. Tout ça pour quoi ? Stabiliser le pouvoir, certes, mais pourquoi ? Machiavel ne s'intéresse qu'au COMMENT, et c'est en cela que Le Prince est bien peu philosophique. Platon et Aristote sont des philosophes, eux, parce que leur approche politique est essentiellement eudémoniste. Voilà la différence.