Stephen King a une écriture magique car tu le reconnais parmi mille. Je ne parle pas forcément de La Tour Sombre, mais d'autres romans comme Jessie, Misery, voire Ca. Les pensées de ses personnages sont extrêmement réalistes, combien de fois je me suis dit que je penserais la même chose si j'étais dans la même situation que le personnage. Il ne mâche pas ses mots, n'a aucun tabou, chacun de ses personnages possède une personnalité à part entière, une véritable histoire, des goûts, des souvenirs, des humeurs changeantes, des réactions impulsives, des moments de faiblesse, et tout cela s'emboîte à chaque fois parfaitement avec le comportement du personnage au quotidien et dans l'intrigue.
Puis comment parler de Stephen King sans parler des trips dans lesquels il fait partir ses personnages (je pense notamment à Jessie), à sa connaissance de chaque sentiment et de chaque humeur dans laquelle peut se trouver l'homme (le drogué, la folle, la séquestrée, le mal-aimé (Stan dans Ca), le gros amoureux (Ben dans Ca), le père désemparé (dans Charlie), l'alcoolique, le frustré brillant (Rage), le psychopathe (dans Ca), le garçon déterminé dans la monstruosité (dans Marche ou Crève) ...). Sa façon de les traiter change de n'importe quel auteur car on a vraiment l'impression que King sait de quoi il parle, il saura te retranscrire chaque pensée, chaque palpitation, chaque étonnement dans chaque personnage avec un réalisme insensé. Il saura te tenir en haleine pendant 300 pages avec une femme qui déterre son jardin rien que parce qu'il sait rendre intéressant chaque personnage en lui-même et pas seulement grâce aux aventures que celui-ci vit.
Et puis Stephen King est quelqu'un de cultivé. Dans chaque roman, tu retrouveras des traits d'histoire, de musique, de moeurs de l'époque, de mode, de littérature de marques de voiture, de politique, d'architecture, bref de tout ce qui pourra t'immerger plus que chez n'importe quel auteur. Quand Eddie part dans ses délires musicaux sur les Rollings Stones lorsqu'il se trouve avec son frère et la signification que cela prend dans l'intrigue, quand Jake, puis les autres se baladent dans New York, cette description à la fois réaliste et tellement jouissive, l'importance des bouquins pour Jake, la ségrégation de l'époque avec Susannah et comment King arrive à jongler entre différentes époques en parvenant à rester dans le vrai. La façon dont il joue sur l'espace-temps, dont il rend imprévisible les réactions des personnages tout en restant fidèle à leur caractère, cette façon de maintenir un suspens infernal, malsain.
La classe internationale avec laquelle il montre la complexité de l'esprit humain, quand il retourne à la ligne en coupant les pensées des personnages (entre parenthèses et italique, je suis certain que cela vous a aussi marqué) avec des idées qui n'ont rien à voir avec le moment, mais qui les hantent, et qui reviennent, lancinantes pour les rendre fous ou les faire douter, ou les faire s'imaginer des choses ineffables. Et sa capacité à imaginer des intrigues intéressantes, originales dans leur côté horrible, profondes.
Voilà tout ce qui fait le génie de Stephen King selon moi. Ce n'est pas un auteur comme les autres tout simplement car il vit ses romans, il est dedans. Il se sent libre dans son écriture et se moque de partir dans des délires inimaginables, comme dans la Tour Sombre, et sait parfaitement que cela ne peut pas plaire. C'est ça qui fait sa force.