LE FLEAU
PASSAGE DU TOME 2 à la toute fin du livre
Il se réveilla à l'aube.
Il avait ses bottes.
Il s'assit et regarda autour de lui. Il se trouvait sur une plage dont le sable était blanc comme de la poudre d'os. Si loin au-dessous de lui, un ciel de céramique d'un bleu sans nuages. Devant lui, une mer turquoise déferlait au loin sur un récif. Puis s'étalait doucement, portant sur ses vagues d'étranges bateaux qui étaient....
(pirogues canots pirogues)
Il savait cela...mais comment?
Il se mit debout et faillit tomber. Il chancelait sur ses jambes. Mal en point. Comme un lendemain de cuite.
Il se retourna. La jungle verte sembla lui sauter aux yeux. Sombre fouillis de lianes, de feuilles larges et luisantes, de fleurs éclatantes qui étaient (aussi roses que le mamelon d'une choriste)
De nouveau il était déconcerté.
Qu'était-ce qu'une choriste?
Et d'ailleurs qu'était-ce qu'un mamelon?
Un ara poussa un cri en le voyant, s'envola sans regarder devant lui, s'écrasa sur le gros tronc d'un vieux banian et tomba raide mort au pied de l'arbre, les pattes en l'air.
(l'assit sur la table, les pattes en l'air)
Une mangouste regarda son visage rouge dévoré par la barbe et mourut d'une embolie cérébrale.
(la soeur entre avec une cuiller et un verre)
Un scarabée qui déambulait pesamment sur le tronc d'un nipa noircit tout à coup et se recroquevilla pour n'être plus qu'une carapace vide, tandis que des décharges électriques lançant de minuscules éclairs bleus grésillaient entre ses antennes.
(Et se met à piocher dans la bouillie épaisse oui-oui-oui)
Qui suis-je?
Il ne le savait pas.
Ou suis-je ?
Quelle importance?
Il se mit à marcher- à chanceler, vers la lisière de la jungle. La faim lui faisait tourner la tête. Le bruit des vagues battait dans ses oreilles comme le bruit d'un coeur affolé. Son esprit était aussi vide que celui d'un enfant nouveau-né.
Il était à mi-chemin de la jungle vert sombre lorsqu'elle s'écarta et que trois hommes en sortirent. Puis quatre. Puis une demi-douzaine.
Des hommes bruns à la peau douce.
Ils le regardaient fixement.
Il les regarda.
Les choses commencèrent à venir.
Les six hommes devinrent huit. Les huit, une douzaine.
Ils étaient tous armés de lances. Ils les brandirent dans un geste menaçant. L'homme au visage dévoré par la barbe les regarda. Il portait un jeans et de vieilles bottes de cow-boy. Rien d'autre. Son torse affreusement maigre était aussi blanc que le ventre d'une carpe.
Les lances se dressèrent. Puis l'un des hommes bruns, le chef, éructa un mot qu'il répéta ensuite, un mot qui ressemblait à Youn-Nah !
Ouais, les choses venaient.
A pic.
Son nom, pour commencer.
Il sourit.
Ce sourire était comme un soleil rouge perçant à travers un nuage noir. Un sourire qui découvrait des dents éclatantes et des yeux étonnants, remplis de flammes. Alors il tourna vers eux ses paumes vierges, sans une seule ligne, dans le geste universel de la paix.
Et ils ne purent résister à la force de ce sourire. Les lances tombèrent sur le sable, l'une d'elles resta plantée en biais, frémissante.
_-Do you speak English ?
Ils le regardaient sans comprendre.
_-Hablan espanol?
Non, ils ne parlaient pas l'espagnol. Ils ne hablaient pas du tout ce foutu espingouin.
Qu'est-ce que ça voulait dire ?
Ou était-il?
Tant pis, tout ça viendrait avec le temps. Rome ne s'était pas construite en un jour, ni d'ailleurs Akron, Etat de l'Ohio. Ici ou ailleurs...
L'endroit du combat n'avait jamais d'importance. La seule chose qui comptait, c'est que vous fussiez là... TOUJOURS DEBOUT.
_-Parlez-vous français?
Pas de réponse. Ils le regardaient fascinés.
Il essaya l'allemand, puis hurla de rire devant leurs visages stupides de moutons. L'un d'eux commença à sangloter désespérément, comme un enfant.
Ce sont des gens simples. Primitifs, simples, illetrés. Mais je peux m'en servir. Oui, je peux parfaitement bien m'en servir.
Il s'avança vers eux, toujours souriant, ses paumes sans la moindre marque toujours tournées vers eux. Ses yeux pétillaient de chaleur, de joie maniaque.
_Je m'appelle Russel Faraday, dit-il d'une voix lente et claire. J'ai une mission.
Ils le regardaient fixement, hébétés, ahuris, fascinés.
_Je suis venu vous aider.
L'un après l'autre, ils tombèrent à genoux et inclinèrent la tête devant lui. Et, tandis que son ombre noire, noire, tombait sur eux, son sourire s'élargit encore.
_Je suis venu vous apprendre à être civilisés !
_Youn-nah ! sanglota le chef, terrorisé, fou de joue.
Puis il baisa les pieds de Russel Faraday et l'homme noir se mit à rire. Il rit, et rire encore.
La roue de la vie tournait si vite qu'aucun homme ne pouvait y rester debout bien longtemps.
Et en fin de compte, elle finissait toujours par revenir à son point de départ.
LE FLEAU
Mon appareil ne veut pas prendre de photos, je vous envoie la photo de l'homme noir plus tard, désolé.