
De retour de Bourgogne pour des affaires de terrains à gérer, j'ai récupéré quelques cartons de ma bibliothèque d'étudiant qui dort là-bas depuis la mort de mon père.
En les éventrant, je suis tombé sur des titres que je pensais avoir perdus (le 2e volet de Spinoza encule Hegel par exemple), des titres que j'avais aimés et totalement oublié plus tard (comme les mémoires du diable de Soulié), des étrangetés (le récit du voyage du shah à Paris à la fin du XIXe ou encore un improbable fascicule de poésie stridentiste mexicaine), des cadeaux d'autrefois proches (un essai d'Auerbach sur l'art juif et chrétien) que je ne connais plus et des projets avortés (comme se lancer dans Metellus).
Derrière chaque bouquin, je revois ces dix ans passés à Paris, la grande amitié indéfectible que j'y ai forgée, les femmes que j'ai aimées et que j'ai perdues, mes égarements spirituels, esthétiques, moraux, psychologiques aussi.
Cette expérience de miroir a été aussi fascinante que très douloureuse. Plus que jamais en tout cas, je suis convaincu qu'il n'y a pas de meilleur autobiographie du lecteur que sa bibliothèque. Je pompe un peu Traven.
J'ai recommandé une nouvelle bibliothèque dans la foulée - ce qui est parfaitement stupide puisque je compte déménager et que tous mes sols doivent être refaits dans un mois - et on rangera tout ça.
La vie et ses mouvements browniens.