En voici 3 autres :
Sonnets pour Hélène,
Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant:
" Ronsard me célébrait du temps que j´étais belle ! "
Lors, vous n´aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de Ronsard ne s´aille réveillant,
Bénissant votre nom de louange immortelle.
Je serai sous la terre et, fantôme sans os,
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos:
Vous serez au foyer une vieille accroupie,
Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m´en croyez, n´attendez à demain:
Cueillez dès aujourd´hui les roses de la vie.
RONSARD
_________________________________________
Le Chêne et le Roseau
Le Chêne un jour dit au Roseau :
" Vous avez bien sujet d´accuser la Nature ;
Un Roitelet pour vous est un pesant fardeau.
Le moindre vent, qui d´aventure
Fait rider la face de l´eau,
Vous oblige à baisser la tête :
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d´arrêter les rayons du soleil,
Brave l´effort de la tempête.
Tout vous est Aquilon, tout me semble Zéphyr.
Encor si vous naissiez à l´abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Vous n´auriez pas tant à souffrir :
Je vous défendrais de l´orage ;
Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des Royaumes du vent.
La nature envers vous me semble bien injuste.
- Votre compassion, lui répondit l´Arbuste,
Part d´un bon naturel ; mais quittez ce souci.
Les vents me sont moins qu´à vous redoutables.
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu´ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos ;
Mais attendons la fin. " Comme il disait ces mots,
Du bout de l´horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs.
L´Arbre tient bon ; le Roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu´il déracine
Celui de qui la tête au Ciel était voisine
Et dont les pieds touchaient à l´Empire des Morts.
LA FONTAINE
________________________________________
Le lac
Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l´océan des âges
Jeter l´ancre un seul jour ?
Ô lac ! l´année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu´elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m´asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s´asseoir !
Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l´écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.
Un soir, t´en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n´entendait au loin, sur l´onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.
Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos ;
Le flot fut attentif, et la voix qui m´est chère
Laissa tomber ces mots :
" Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !
" Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.
" Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m´échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l´aurore
Va dissiper la nuit.
" Aimons donc, aimons donc ! de l´heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L´homme n´a point de port, le temps n´a point de rive ;
Il coule, et nous passons ! "
Temps jaloux, se peut-il que ces moments d´ivresse,
Où l´amour à longs flots nous verse le bonheur,
S´envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?
Eh quoi ! n´en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus !
Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?
Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu´il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !
Qu´il soit dans ton repos, qu´il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l´aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.
Qu´il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l´astre au front d´argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.
Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu´on entend, l´on voit ou l´on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !
LAMARTINE
Je poursuis mes recherches...