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nouvelle

Zacharias1
Zacharias1
Niveau 2
24 décembre 2004 à 16:39:42

Si vous avez un peu de temps, je serais enchanté si vous pouviez prendre le temps de lire la nouvelle suivante. Toute critique ( positive mais surtout negative) est le bienvenu. Si, vous aussi, avez ecrit quelque chose et desirez le poster ici, je serais ravi de le lire et de faire part a son auteur de mon opinion.
Je poste donc ma nouvelle dans l´espoir que d´autres feront de meme et que nous pourrons nous faire progresser mutuelement.

Zacharias1
Zacharias1
Niveau 2
24 décembre 2004 à 16:44:03

Antoine était assis à la terrasse du café. C´était un homme d´une quarantaine d´années. Ses cheveux noirs, soulevés par une légère brise, encadraient un visage pale et étroit dans lequel étaient enchâssés des yeux bleus et rêveurs. Il fixait la rue en face de lui d´un air absent. Il était encore tôt. L’étouffante chaleur de l’été avait laissé sa place à un soleil plus doux, dont les pales rayons caressaient le sol encore frais de la ville. Les brumes de la nuit ne s´étaient pas encore dissipées et, alors qu´Antoine portait machinalement sa tasse de café à la bouche, il les sentait caresser ses joues et ses mains engourdies par le froid. Encore trop chaud, le liquide noir lui brûla la langue. Il l´avala néanmoins ; son goût amer se répandit sur son palet et lui réchauffa agréablement le ventre. Antoine regarda alors sa montre et vit qu´il lui restait encore dix minutes. Il continua donc à siroter calmement sa boisson par petites gorgées tout en se remémorant les événements troublants de la veille.
Il avait invité Grégoire à dîner au restaurant, c´était un homme plus vieux que lui, toujours drôle et de bonne humeur, qu´il avait rencontré à son travail et avec lequel il s´était lié d´amitié. Antoine avait prit une entrecôte avec des frites ; la viande était tendre et saignante. Sa bouche était imprégnée du goût légèrement acide du vin et, tout autour de lui, résonnaient des éclats de voix ainsi que les légers tintements des couverts. Distraitement, il jouait avec les miettes de pains qui parsemaient la nappe tout en écoutant le discours de son ami. Ce dernier racontait mille histoires avec sa bonhomie habituelle. Soudain il se tut. Son air enjoué avait disparu et avait fait place à un air de tristesse et de résignation. Antoine, surpris par cette interruption inattendue, leva les yeux et fixa son ami. Grégoire le fixa à son tour et, lentement, prit la parole " Je perd mon temps ici. Ce que je raconte n´a aucun intérêt et ne vaut pas la peine d´être écouté. D´ailleurs, ma vie entière n´a pas d´intérêt. Je te vois froncer les sourcils, pourtant je sais bien que, dans ton for intérieur, tu me donnes raison, et secrètement tu dresses le même constat à propos de la tienne. Pourquoi se voiler la face ? Notre vie, ce que nous entreprenons, ce que nous faisons, vaut-il vraiment la peine d´être vécu ? Nous connaissons tout deux la réponse à cette question, et pourtant nous continuons à jouer les misérables rôles qui nous ont été attribués." Grégoire se leva alors, prit son manteau et, sans ajouter le moindre mot, sortit sous la pluie battante et disparut. Interdit, Antoine fixa la place vide qu´avait occupé son ami il y a quelques secondes. Puis il se leva subitement et sortit à son tour dans le but de rattraper Grégoire. Une fois dehors il se mit à le chercher partout, mais il demeurait introuvable.
Antoine avala la fin de son café - devenu tiède - d´une seule traite et partit en direction de son bureau. En chemin il ne cessait de se rappeler l´attitude de Grégoire. Il espérait le prendre à part au bureau afin de lui en toucher deux mots. Peut-être avait-il tout simplement trop bu.

Assis à son bureau, Antoine regardait amèrement le vide. De temps en temps un policier en uniforme bleu passait devant la fenêtre qui donnait sur le couloir. Soudain la porte s´ouvrit et le commissaire en chef entra. Antoine resta pensif et ne salua même pas le nouveau venu. Ce dernier s´assit et commença à entamer une longue procédure de questions. Il lui demandait quelles relations il entretenait avec Grégoire et les motifs possibles de son suicide. Antoine raconta l´incident de la veille et le commissaire prenait des notes. Puis il le remercia de sa coopération et s´en alla. Ce fut ensuite le directeur qui entra et qui adressa ses condoléances à Antoine " Je savais que vous étiez de bons amis…". Encore une fois, ce dernier ne broncha pas et le directeur finit par s´en aller, ne trouvant rien d´autre à dire.
Laissé seul, Antoine continua à réfléchir sur les raisons du suicide de son ami. Il se remémora les dernières paroles de celui-ci qui auraient dû être un avertissement, un présage. Que se serait-il passé s´il l´avait empêché de s´en aller du restaurant? Inéluctablement, Antoine commençait à se sentir coupable de cet incident. Pour repousser ces pensés il se répétait que le mal avait déjà été fait et que Grégoire était déjà désespéré. " Ma vie entière n´a pas d´intérêt" avait-il dit. Qu´est ce qui avait pu lui faire penser cela? Antoine continua à réfléchir un moment. " Et s´il avait raison? Se disait-il, sa vie n´avait peut être pas d´intérêt, après tout, il n´avait aucun véritable but dans la vie, il était déjà vieux et n´avait plus grand-chose à accomplir ni à attendre…". Une autre phrase lui revint alors en mémoire " Secrètement tu dresses le même constat à propos de la tienne." A cette pensée il s´immobilisa soudainement ; c´était comme si quelque chose de très froid avait était appliqué contre sa nuque. " Et s´il avait raison?" Antoine repoussa promptement cette idée et, pour penser à autre chose il se leva et sortit.

Trois jours plus tard il avait été invité à déjeuner par son patron. Durant ces trois jours il n´avait pas repensé à cette affaire et avait vécu comme si de rien n´était. Lorsqu´il arriva au restaurant, le directeur était déjà là. C´était une sombre journée d´automne, le ciel était couvert et il menaçait de pleuvoir à n´importe quel moment. C´est alors qu´Antoine remarqua qu´il s´agissait du même restaurant que celui dans lequel il avait invité Grégoire à dîné le soir du suicide. Cette simple observation lui donna des frissons, mais, une fois de plus, il repoussa ces sinistres pensés et s´assis en face de son chef. Une bouteille de vin était déjà sur la table, il se servit et, lorsque le liquide sombre toucha sa langue il en reconnut instantanément le goût légèrement acide, c´était le même que l´autre soir… Le malaise d´Antoine était grandissant, néanmoins il faisait de son mieux pour ne pas le faire transparaître. Le directeur semblait n´avoir rien remarqué. Celui-ci commença à parler mais, a cause le bruit continuel qui régnait dans le restaurant, Antoine ne l´entendait pas. Il le regardait fixement, mais sans l´écouter. Chaque odeur, chaque bruit, et toujours le même goût de vin sur sa langue lui rappelaient Grégoire. Petit à petit ses paroles commençaient à lui revenir en mémoire. Le mur qu´il s´était crée en vue de se protéger de ces obscures pensées commençait à se fissurer ; il ne tardera pas à éclater. Déjà la fissure se faisait de plus en plus grande et les phrases de Grégoire commençaient à tourbillonnaient dans son esprit. C´était trop tard, il n´arrivait pas à les chasser. Désespérément il essaya de penser à autre chose. Il essaya d´écouter ce que lui disait le directeur, mais les paroles de ce dernier étaient creuses, ses phrases étaient des coquilles vides, dénuées de sens ; ce n´était que des formalités sans intérêt. C´est alors qu´il posa une question qu´Antoine n´entendit pas ; un silence s´imposa alors. Le directeur semblait gêné. Antoine le regarda dans les yeux, celui-ci détourna son regard, puis, finalement se remit à parler comme si de rien n´était. Les mots étaient comme une barrière, il avait besoin de se cacher derrière cette barrière, derrière un masque d´apparences… Soudain le mur éclata et les paroles de Grégoire se déversèrent dans l´esprit d´Antoine, " Pourtant nous continuons à jouer les misérables rôles qui nous ont été attribués". C´est ce que faisait le directeur, il vivait une vie sans but, sans intérêt, et pourtant il continuait à la vivre et à se cacher misérablement derrière des mots et des apparences. Alors Antoine se leva brusquement, il se sentait maintenant exactement comme Grégoire devait se sentir il y a quatre jours. Il allait dire quelque chose, mais se rendit compte que ce serait inutile. Le directeur s´était tu, et le regardait, étonné. Puis Antoine prit son manteau s´en alla.
Il n´avait pas plu autant depuis longtemps. Les feuilles mortes qui jonchaient les rues étaient trempées et de grosses gouttes d´eau venaient s´éclater contre le sol dur. Antoine marchait sur le pont. Sa chevelure noire sifflait au vent et, insensible aux éléments qui semblaient s´acharnés sur lui, comme possédé, il continua implacablement sa traversée du fleuve.

gungan708
gungan708
Niveau 9
26 décembre 2004 à 14:45:41

bravo :ok: chapeau

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