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Besoin de vos avis...

Keutof
Keutof
Niveau 10
30 juillet 2004 à 15:39:05

Hello tout le monde !
Voilà, j´ai retrouvé une nouvelle que j´avais écrite il y a 2 ans, et même si elle ne brille pas par son originalité, et que ça se sent que j´étais encore jeune, je trouve que ça se lit pas trop désagréablement. Si vous avez des commentaires à faire dessus, ils sont bienvenus.

_________________________________________________

Une étoile dans la tête.

« Maman est dans les étoiles. »
La première fois que j’ai entendu mon petit frère proférer ces inepties, je venais à peine d’entamer ma douzième année d’existence. Fort de la sagesse qu’incombe à l’aîné, je lui répondis alors d’une voix assurée :
« Arrête de dire des conneries. Maman est morte, depuis longtemps. »
Julien eut alors un petit sourire.
« J’en étais sûr que tu me croirais pas. De toute façon, je sais que Maman préfère qu’on le sache pas. Il faut qu’on l’oublie, pas vrai ? »
Je haussai les épaules, et repris une gorgée de Coca.
« Comme tu le sens. »

Allongés dans l’herbe, mon frère et moi, nous buvions paresseusement nos Coca en regardant le ciel dégagé. Une nuit d’été, claire et lumineuse, dont la solennité n’était troublé que pas le chant des grillons et nos rots hilares.
Julien et moi, de trois ans son aîné, étions étonnamment complices. Un lien qui était apparu avec la mort de Maman, alors que nous étions auparavant particulièrement chamailleurs. Peut-être même que ce lien indicible s’était noué entre nous un peu plus tard, lorsque Papa s’était mis à boire, alors que la plupart de nos camarades entretenaient de mauvaises relations avec leurs frères et sœurs. Papa nous disait souvent que nous avions grandi trop vite.

Maman était morte trois mois auparavant. J’avais eu du mal à comprendre pourquoi moi je pleurais toute la journée, et pourquoi Julien ne semblait pas se rendre compte de ce qui était arrivé. Je l’avais haï à cette époque qui suivait directement la mort de Maman.
« Tu n’as jamais aimé Maman ! Maintenant qu’elle n’est plus là, tu t’en fiches ! »
Ces traits s’étaient crispés, et ainsi confronté à l’horreur de la situation, il avait éclaté en sanglots. D’abord surpris, je l’avais ensuite serré contre moi, en lui soufflant à l’oreille « Excuse-moi, excuse-moi, pardon, excuse-moi, pardon… » , le débit saccadé par des hoquets incontrôlables, sans plus pouvoir m’arrêter.
J’avais compris depuis qu’à son jeune âge, il n’avait pas eu le recul nécessaire pour comprendre l’ampleur de la situation. Aujourd’hui encore, je crois qu’il se disait que Maman était partie pour un long voyage, dont elle reviendrait forcément.
Comme de tous les voyages.

« Maman nous regarde, j’en suis sûr. »
Je levai les yeux au ciel.
« T’es vraiment trop bête. Tu crois qu’elle est chez le bon Dieu, penchée au dessus d’un nuage, en train de nous surveiller ? »
J’avais vu Maman dans son cercueil, même que quand je l’avais embrassé, j’avais trouvé qu’elle sentait bon, et l’odeur du pin vernis m’avait fait tourner la tête. Et cette boîte de bois avait été enterrée sous la terre, j’avais même jeté la première poignée de terre dans le trou. Ca avait fait un bruit sourd, et pas creux comme si ça avait été vide. Une sorte de « BLONK », sans écho, sans résonance. Une pierre jetée sur une plaque de plomb.
Si elle nous surveillait, ce serait plutôt par un trou de taupe, et pas du ciel.
« Non, elle est pas chez le bon Dieu, c’est toi qui est bête. Maman, elle est dans les étoiles.
- Tu remets ça ? Abruti… »
Son sourire s’élargit, et je crus y voir une trace de complicité.
C’est idiot à dire aujourd’hui, mais je crois que ça m’a rendu jaloux.

Lorsque Papa a passé la tête par le fenêtre, il était plus de minuit. Nous étions en vacances, certes, mais quand Maman était là, jamais elle ne nous aurait laissé veiller aussi tard.
Nous nous levâmes, engourdis d’être resté allongé pendant tout ce temps. Quand je passais devant Papa, je sentis à son haleine qu’il avait encore bu. Je fermais les yeux et accélérais le pas, en espérant que Julien ne remarquerait rien. Mais il passa en trombe devant lui et me rejoignit en riant, avant de me dépasser et de monter les escaliers quatre à quatre.
Je me retournai vers mon père.
« Tu as encore bu.
- Oh, une bière ou deux, devant le match de foot.
- Une bière ou deux… »
Demain matin, au passage des éboueurs, je refuserai encore une fois de descendre les ordures sur le trottoir. Trop en colère des regards que me jetteraient les voisins en me regardant descendre les cadavres des « quelques » bières de Papa. Trop honte aussi.

Lorsque j’entrai dans la chambre que nous partagions moi et mon frère, je trouvai celui-ci accoudé à la fenêtre, fixant le ciel. Je m’approchai à ses côtés.
« On voit bien la Voie Lactée, par ce temps, hein ?
- Où elle est ? , me répondit-il
- Tu vois la trace blanche, qui traverse le ciel ? C’est ça.
- Ah… Maman est juste à côté. »
Je tournai la tête vers lui, agacé, puis je décidai de jouer le jeu.
« Où ça ?
- Tu vois l’étoile qui brille très fort, là-haut ?
- Oui, l’étoile du Nord. Mais ce n’est pas une étoile, c’est Vénus.
- Ah. Et ben un peu plus au dessus, un peu plus à gauche…
- Oui, et alors ?
- Tu vois la petite étoile qui brille à peine, entre les deux grosses autres ?
- Oui…
- C’est Maman. »
Je plissai les yeux, et la devinai finalement au bout de quelques secondes de concentration.
« Comment tu le sais ?
- Je le sais, c’est tout. Quand on aime très fort quelqu’un, on le sait. Ca s’explique pas. Et ben là, c’est pareil. »
Je me tournai, et d’un bond je m’asseyais sur le rebord intérieur de la fenêtre. Mon frère me regarda d’un air grave.
« Tu ne me crois pas, hein ?
- Ecoute, moi aussi elle me manque, Maman. Mais faut pas aller la chercher dans les étoiles… Elle n’est plus nulle part.
- Et moi je te dis que c’est elle. »
Je ne ressentais aucune colère. Juste une tristesse intense pour mon petit frère, trop fragile pour accepter de faire le deuil de sa mère, pour accepter sa disparition.
« Tu as peut-être raison, remarque… »
Et je rebroussai chemin jusqu’à la salle de bains pour me laver les dents avant d’aller me coucher. Quand je revenais à la chambre, Julien était assoupi, encore tout habillé, recroquevillé sur son lit. Je le déshabillai et le couchai. Je m’endormis très vite moi aussi.

Le sol de notre chambre est couvert de parquet, et ce fut le craquement d’une latte qui me tira de mon sommeil. Mon frère avait passé un sweat-shirt, et s’appliquait à sortir de la chambre sans bruit. Comme je me redressai sur mon lit, il posa son index sur sa bouche, me faisant le signe de ne pas faire de bruit, et m’invita à le suivre. Puis il disparut dans la pénombre du couloir.
Je pris un pull en vitesse dans mon armoire, et m’empressai de rejoindre mon frère. En passant devant la chambre de Papa, j’entendis ses ronflements assourdissants. Pas de risque de le réveiller : il avait le sommeil lourd, très lourd depuis qu’il buvait.

Je retrouvai mon frère assis dans l’herbe du jardin, la tête en l’air, fixant le ciel d’un air tendu. Puis il sembla remarquer quelque chose, et son visage se décontracta.
« Bonne nuit Maman. »
Puis en se tournant vers moi :
« Allez, Phil, dis bonne nuit à Maman toi aussi. Regarde Maman, Phil est avec moi. Dis bonne nuit, Phil, elle nous regarde. »
Des larmes coulaient sur mes joues.
« Arrête, Julien. Arrête.
- Mais si, je te dis ! Tu vas lui faire de la peine. Allez, Phil, dis-lui…
- ARRÊTE JE TE DIS ! TU TE FAIS DU MAL, ET A MOI AUSSI ! »
Ma voix avait tremblé. Julien me jeta un regard malheureux, puis détourna les yeux, et fixa le sol.
« Maman comprend ta réaction.
- Je m’en fiche.
- Tu ne lui as pas fait de peine, elle sait que c’est normal si tu me crois pas.
- Tais-toi. »
Je me levai et remontai me coucher. Quelques minutes plus tard, mon frère s’allongea sur son lit, me tournant le dos. A la lumière des étoiles, je vis qu’il pleurait.

Le temps a passé, et Julien ne m’a plus jamais parlé de Maman. Je ne l’ai jamais vu regarder les étoiles à nouveau, mais je sais qu’il évitait soigneusement de le faire en ma présence. Quelque chose s’était brisé entre nous, et j’ai longtemps cru qu’il m’en voulait de lui avoir brisé ses illusions.
Comme je m’étais trompé.

Nous avons fait tous deux des études brillantes, et j’étais convaincu qu’au fil du temps, il avait fait son deuil, à sa manière. Mon père est mort d’une attaque cardiaque à l’aube de mes vingt-trois ans, mais sa perte ne me causa que peu de chagrin, tout comme à mon frère. Nous avions déjà perdu notre père, des années de cela.
Après mes études, trois années d’école de commerce pour être exact, j’ai rapidement trouvé une place comme responsable marketing dans une boîte qui marchait bien, et qui depuis est satisfaite de mon travail. Mon frère, quant à lui, a obtenu un poste dont il est content, même si je ne saurai dire avec exactitude en quoi il consiste précisément. Nos rapports sont distants, mais nous avons gardé l’habitude de nous passer un coup de fil toutes les semaines, pour prendre des nouvelles. Nous n’avons jamais reparlé de notre mère.

Jusqu’à cette nuit de juin. Quinze ans après cette nuit passée sous les étoiles, dans notre jardin. Le temps était le même : ciel dégagé, air chaud et sec. Julien me téléphona à nouveau.
« Allô Phil ?
- Qu’est-ce qu’il y a, frérot ? Un problème ?
- Non non… »
J’entendais sa respiration lente et profonde dans le combiné, et au bout d’une éternité, deux ou trois minutes je dirai, je rompis le silence.
« Oui, frérot ? Tu voulais me dire quelque chose ? »
Sa voix calme me surprit.
« Tu es à la fenêtre, Phil ?
- Non, mais qu’est-ce que tu…
- Va à ta fenêtre. »
Je m’avançai jusqu’à la baie vitrée de mon appartement.
« Et je fais quoi, maintenant… Julien ?
- Tu te rappelles où est Maman ou je dois te le répéter ?
Je sentis les poils de ma nuque se hérisser. Toute activité organique semblait avoir cessé autour de mon estomac.
« Oh nom de Dieu frérot, tu…
- Est-ce que tu la vois ? »
Même après toutes ces années, je n’aurai pu oublier l’endroit exact où Julien était sûr d’avoir vu Maman. Instinctivement, je levai les yeux dans la bonne direction. Je ne la vis pas tout de suite : mes yeux durent d’abord s’accommoder aux lumières vives de la ville. Puis peu à peu, ma perception s’affina, et je vis l’étoile. Elle était bien plus grosse, bien plus brillante que dans mon souvenir. Il est faux de dire ça : en fait, elle avait gagné en intensité depuis cette nuit de juin, où j’avais perdu la confiance de mon frère. Je restai estomaqué.
« Tu vois Maman ?
- Oui, je la vois. Bon Dieu, Julien, c’est complètement…
- Tu sais, Maman est triste que tu ne lui ais jamais dit bonne nuit.
- Je…
- Je crois qu’il est temps pour moi d’aller voir Maman. Je te ferai signe, d’accord ?
- Oh non, arrête tes conneries, frérot, j’arrive !
- Regarde bien les étoiles, grand frère. J’arrive. »
La ligne fut coupée.

A peine avais-je raccroché que je décrochai à nouveau pour appeler les urgences, et je leur donnai l’adresse de mon frère. Je descendis en précipitation jusqu’à ma voiture, et roulai à la limite du raisonnable jusqu’à la maison de mon frère, maison qu’il habitait seul en bordure de la ville. Je mis plusieurs fois ma vie en danger, ne pensant qu’à celle de mon frère.
Deux voitures stationnaient déjà devant chez lui quand j’arrivai enfin. Je courai à l’intérieur, et tombai sur deux médecins penchés sur lui. Mon frère.
L’un deux se redressa, et me regarda d’un air grave.

Je sorti et allumai une cigarette. Je n’avais même plus la force de pleurer. Il devait être déjà bien mal en point lorsqu’il m’avait appelé, car le mélange de médicaments et d’alcool l’avait tué avant que nous ne soyons arrivés chez lui.
Je crois que c’est lui qui a en fait le plus souffert de la mort de Maman. En fait, plusieurs années après, il en souffrait tellement encore qu’il avait préféré se donner la mort.
L’un des ambulanciers vint me donner une couverture, pour que je ne prenne pas froid.
L’air n’était pas si chaud, après tout.

De retour chez moi, je fermai toute les lumières, et je restai longtemps debout devant la grande baie vitrée qui donnait sur la ville. Mon regard se promena sur la rue, en contrebas, et je laissai mon esprit dériver au rythme du trafic des voitures, et de leur ballet de lumières blanches et rouges.
Machinalement, je levai la tête, et, cherchant la Voie Lactée, je tombai sur l’étoile, cette foutue étoile, qui avait conduit mon frère à la folie et l’avait arraché à la vie. Sa lueur parut clignoter, comme si elle réagissait au coup des accusations que je portai mentalement contre elle.
Un léger scintillement accrocha mon regard. Juste à côté de « l’étoile de Maman ».
Une petite étoile, à peine visible à l’œil nue, brillait faiblement. Une étoile jeune, à en juger par sa couleur bleue. Je ne l’avais jamais remarqué avant.
« Bonne nuit, frérot ».

Je fermai les stores, et allai me coucher.

fuzzy_eyebrow
fuzzy_eyebrow
Niveau 9
30 juillet 2004 à 15:58:04

j´ai qu´une seule remarque mais avant ça. je tiens à te féliciter même si je suis pas spécialiste, tu as un joli coup de plume. j´ai passé 15 minutes bien agréable.

sinon plus technique: bizarrement je me suis arrété à " L’air n’était pas si chaud, après tout. " après j´ai trouvé que tu essayais trop de prendre le dessus sur l´Histoire, de te la ré-approprier...

Keutof
Keutof
Niveau 10
30 juillet 2004 à 16:26:36

Ok, merci pour le compliment, et pour la critique !
J´avoue que pour moi, c´est la conclusion que j´avais dans la tête en écrivant, peut-être que ça fait un peu cheveu sur la soupe...

D´autres avis ?

Sinon, je me rends compte que j´ai un style bien lourd des fois, du genre les phrases inutilement plombées :
" Toute activité organique semblait avoir cessé autour de mon estomac."
:cool:

Rathur
Rathur
Niveau 6
30 juillet 2004 à 16:34:29

Ta nouvelle est super et j´aimerais bien savoir qu´elle a été ta source d´inspiration principale.
As-tu écris autre-chose ça me plairait de le voir .
Merci et encore toutes mes félicitations!!

Nerdjaken
Nerdjaken
Niveau 56
30 juillet 2004 à 16:35:23

au contraire, je trouve que les lourdeurs sont rares dans ton texte,en comparaison avec le style que tu t´es donné..
t´as manifestement du talent, tu as rien écris d´autre depuis deux ans ? si tu trouves le temps tu devrais t´y mettre.
mais j´ai moi aussi passé un bon moment^^
très joli, d´autant plus que j´ai connu de loin une histoire similaire

Keutof
Keutof
Niveau 10
30 juillet 2004 à 16:39:17

Ben je sais qu´à une époque j´ai écrit pas mal de nouvelles, et j´en ai perdu pas mal aussi. C´est en fouillant dans les recoins de mon disque dur que j´ai trouvé des textes que j´avais écrit y a 2-3 ans. Je voulais savoir ce que ça valait.

Merci pour vos compliments en tous cas ! Je vais voir si j´ai pas une autre nouvelle correcte à poster.

Keutof
Keutof
Niveau 10
30 juillet 2004 à 16:46:30

En voilà une autre, à vous de juger :

_________________________________________________

Sauvegarde

06.11.2157

Je m´appelle Peter Flavinsky. Bientôt vous me connaîtrez sous le nom de Flavinsky 1.0.bdy
Je fais partie de l´ICA, traduisez " Intelligence Compression Agency".

Je tente cette expérience en accord avec nombre de mes collègues : nous avions, par la force des choses, constaté que le problème ne pourrait être résolu que par le biais d´une évolution décisive, et surtout massive. Nous avions donc décidé à l´unanimité qu´un plan de compression informatique des entités corporelles serait la seule solution envisageable afin de résorber le problème qui met en péril notre planète.

Laissez-moi vous expliquer le contexte : nous sommes en 2157, et l´explosion démographique qu´a connu l´humanité ces dernières décennies amène la population mondiale a pas moins de 54 milliards d´individus. La Terre, déjà mutilée par l´exploitation outrancière et inconsciente de nos ancêtres, ne peut à l´heure actuelle fournir les ressources susceptibles d´assurer la survie d´un nombre aussi déraisonnable d´êtres humains.
En 2046, les ressources minières et énergétiques ne suffisaient déjà plus à l´ensemble de la planète ; certains choix ont du être faits en conséquence, et près de 4/5 de la surface du globe se sont retrouvés privés d´électricité, de pétrole, de charbon. Les Grands Plans de Réajustement de 2049 et 2054 n´y ont rien fait, le problème aurait du être traité à la base, et il a été établi que la réaction avait été trop tardive.
En 2098, la chaîne alimentaire a commencé à en pâtir aussi : la végétation, puis les animaux ont commencé à dépérir en masse, et seuls quelques rares groupes d´espèces survivantes parcourent la surface du globe aujourd´hui.

L´ICA a donc décidé de tenter une expérience sans commune mesure : sauvegarder la matière organique sous forme de données informatiques. C´est la seule solution, à nos yeux, qui soient possible vu l´étendue de nos capacités technologiques actuelles. Dans quelques minutes, je serai le premier être humain à être numérisé dans sa totalité, corps et esprit.
Nous avons dans cette perspective développé un langage de programmation, et les sujets ainsi traités seront sauvegardés au sein d´une énorme banque de données sous la forme de fichiers portant l´extension . bdy. Nous avons à l´aide de ce programme atteint un niveau de compression jamais atteint jusqu´alors. Bien sûr, d´autres écoles, telle que l´équipe russe menée par Vladimir Motzikarz, avaient déjà réussi avec plus ou moins de succès à " scanner" des objets, puis des êtres vivants, créant une banque de données des derniers végétaux et animaux existants. Mais l´ICA est allé plus loin : nous sommes les premiers à franchir le pas de la scannerisation humaine. Evidemment, nous avons du nous opposer à de nombreux comités éthiques qui refusaient purement et simplement un tel procédé, nous taxant parfois d´extrêmistes. Nous déplorons leur comportement, leur refus de faire face, et j´ai proposé ma personne pour passer cette étape et montrer à la communauté scientifique que cette technique est parfaitement au point.
Je ne crains pas d´échec : cette technologie a fait ses preuves, et la compression-décompression a toujours été menée avec succès, dans les deux sens. Nos programmes sont à la pointe du progrès, inaltérables et d´une efficacité totale.

Je suis à l´heure actuelle connecté à l´ordinateur à l´aide de micro-sondes qui m´ont été implantées à l´extrémité des doigts. L´ordinateur central a entamé son processus de compression, et au fur et à mesure que j´écris ces mots, mon entité physique s´efface, remplacé par des colonnes de 1 et de 0. L´expérience est étrange, et j´ai le sentiment de me contempler. Cette suite parfaitement mathématique de chiffres me rassure : j´ai toujours cru en le triomphe de la science, de la logique.
Quelques sensations désagréables mais supportables m´envahissent : je sens des fourmillements dans mes jambes, et j´ai eu la surprise en baissant le regard de constater qu´elles avaient purement et simplement disparu. J´ai déjà vu ce phénomène sur les animaux qui ont servi à nos recherches, mais l´observer sur soi-même constitue une expérience étonnante, mais pas effrayante. J´ai pleine confiance en la science.
Ma famille assiste à la scannerisation. Derrière une vitre, je les vois inquiet, observant avec anxiété ma désintégration progressive. Leur angoisse idiote me fâche un peu, je leur ai pourtant déjà répété plusieurs fois qu´il n´y avait aucun danger pour moi, que je reviendrai aussitôt, mais je peux les comprendre. Ma femme et ma fille seraient sûrement attristé de me voir disparaître...
Il n´y a désormais plus rien en dessous de mon bassin. Je sais que je pourrai continuer à écrire tant que j´aurai une parcelle organique, car mon cerveau continuera à agir même s´il a subi la scannerisation : en clair, tant que j´ai mes doigts, je peux écrire.
Je jette un bref regard sur la vitre : ma fille fait une moue d´étonnement, et je vois dans la vitre le reflet de ce qu´ils perçoivent de moi. Mon corps a entièrement disparu jusque sous mes aisselles, et mon cou brille par intermittence, tandis qu´un point lumineux en fait le tour, en remontant millimètre par millimètre, emportant avec lui ce qu´il vient de parcourir. Il remonte le long de mon crâne, doucement, régulièrement, progressivement. Bientôt je ne pourrai plus voir ce qui m´entoure.

Je ne vois plus. Du moins, je ne vois plus la salle d´expérience : mes organes visuels font désormais partie intégrante de l´ordinateur qui accueillera ma nouvelle forme numérique. Je peux donc continuer à voir ce que j´écris, sur ce même ordinateur.
La sensation est étrange : malgré moi, je commence à avoir un peu peur... Je ne sais pas ce que je crains, mais maintenant que voici venu l´échéance, je me remets à penser à toute vitesse à ce qui pourrait mal se passer : une erreur du programme ? Impossible, nous l´avons vérifié des millions de fois, cette éventualité est à exclure. Je reprends confiance en moi, en nous.
Je ne peux plus voir où en est ma scannerisation, mais par intuition ( ou par une stimulation subtile du programme), je sens très nettement que seuls mes poignets restent à être scannérisés. Je souris ( un algoritme complexe fait de 1 et de 0 me le permet encore, d´une certaine façon) en pensant à l´effaremment que doit ressentir ma petite famille : voir deux poignets, seuls, courir sur la surface d´un clavier, voilà qui doit être une vision rocambolesque !

La base de mes doigts commencent leur compression : il ne me reste plus que quelques secondes avant d´intégrer dans ma totalité la mémoire de l´ordinateur. Un grand vide s´empare de moi : j´ai encore tellement de choses à écrire, je dois écrire le plus vite possible, dans une vingtaine de secondes cela me sera physiquement impossible.
Je resterai environ un an sous forme numérique, afin de servir aux expériences de mes collègues : je ne pourrai pas, pendant cette année, manger, boire, serrer ma famille dans bras.
L´extrêmité de mes doigts disparaît peut à peu. Dans 10 secondes, j´aurai disparu physiquement.
Un dernier mot à ma famille : je vous aime.

    • ERREUR FATALE ***
    • Le fichier n’a pu être sauvegardé ***
    • Redémarrer ? ***
    • OK *** | *** ANNULER ***
Rathur
Rathur
Niveau 6
30 juillet 2004 à 16:47:44

Si tu pouvais m´envoyer les autres nouvelles sur mon adresse ça serait gentil:
arthur.barnay@free.fr

Merci d´avance!!!!!

Keutof
Keutof
Niveau 10
30 juillet 2004 à 16:50:35

Je n´en ai retrouvé que 3, dont deux ont déjà été postées ici... Peut-être posterai-je la 3ème, mais je la trouve vraiment pas terrible.

En tous cas, voilà tout. Si vous avez des avis à donner, des conseils, hésitez pas, je suis preneur pour m´améliorer.

Nerdjaken
Nerdjaken
Niveau 56
30 juillet 2004 à 16:52:52

toujours aussi bien écrit..
c´est bizarre mais je trouve que ça ressemble à du lovecraft, en plus futuriste évidemment.
bravo en tout cas, moi j´aime bien
pourquoi tu te met pas à écrire quelque chose de plus long?

fuzzy_eyebrow
fuzzy_eyebrow
Niveau 9
30 juillet 2004 à 17:14:20

bravo keutof :up: :up: :up: j´ai eu un peu peur au début: de la SF! et ^puis vers la fin, je fébrilai, si, si. :rire:

Keutof
Keutof
Niveau 10
30 juillet 2004 à 17:39:40

Bon ben ça fait plaisir de lire vos remarques :-)

J´ai plus écrit grand chose parce que je trouvais mon style pas terrible, c´est vrai que ça se travaille mais j´ai pas assez de temps à y consacrer. Vous êtes mes premiers avis extérieurs et je suis étonné que ça plaise.

Fussz : la SF, c´est de la balle ! Cours lire du Isaac Asimov, Aldous Huxley, Ray Bradbury, Philip K. Dick ( ses recueils de nouvelles sont un régal), Dan Simmons ( la tétralogie Hypérion, sublime), Silverberg, pour citer les plus connus.
L´anticipation est un champ de réflexion sur les dérives de l´homme et sur de nombreux thèmes, quand elle est écrit avec intelligence.

Keutof
Keutof
Niveau 10
31 juillet 2004 à 22:32:07

:up:

Pour d´autres critiques !

Virevolte
Virevolte
Niveau 10
01 août 2004 à 06:56:20

moi je n´ai pas de conseil à te donner, tu écris mieux que moi par contre j´ai des encouragements.

tu as un bon style, j´ai pris mon pied à lire ta nouvelle, chapeau et continue comme ca . ..

marocain_vert
marocain_vert
Niveau 10
01 août 2004 à 11:03:40

J´ai bien aimé la première histoire et adoré la deuxième. :ok:

fuzzy_eyebrow
fuzzy_eyebrow
Niveau 9
16 août 2004 à 14:06:10

:up:
je te répond keutof. j´ai lu des gibson et je suis grand fan de zelazny. ce qui me charginait avec les book de SF c´est la lourdeur du style que l´on ne retrouve pas justement chez zelazny.
à force de trop vouloir se rendre crédible les auteurs de SF plombent leur oeuvre de détails technique qui ralentissent trop l´action: dans le mange, je donnerai l´exemple de masamune shirow, qui je trouve, donne bcp trop de détails techniques. enfin voilà, toi tu t´es super bien débrouiller avec ta 2e nouvelle. bravo encore une fois. :fier:

natsumi00
natsumi00
Niveau 5
16 août 2004 à 20:00:10

quand à moi je di bravo. ta première nouvelle m´a quasiment fait pleurer. tu as une facon d´écrire qui est captivante. quant à la deuxieme la sf c´ pas tro mon truc mai elle etai bien quand meme, g apprécié.
encore une foi bravo et j´espere que tu t´y remettras et que tu nous feras partager tes prochains chefs-d´oeuvres

fuzzy_eyebrow
fuzzy_eyebrow
Niveau 9
23 août 2004 à 12:40:36

:up: :up: :up: :up: :up: :up: :up:

Jonesy
Jonesy
Niveau 10
23 août 2004 à 12:43:28

:d) J´adore ta première nouvelle! :ok:

Keutof
Keutof
Niveau 10
12 mai 2005 à 12:06:55

Au cas où il y aurait de nouveaux lecteurs, pour de nouvelles critiques constructives :-)

Et bientôt une nouvelle nouvelle..........

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