Le Poète d´Outre Tombe
Eh! Poète accroupi sur la chaire éclatante,
Siège confortable où s´acheminent les vers;
Sur la page blanche que la gloire te tend,
Tu répètes les rimes du sépulcre ouvert.
A tes levres d´orateur, la meute des muses
Se couche en miaulant, servile volupté.
Flétrir le sein de ces Pénélopes t´amuse,
Et tu proclames déjà ton éternité!
Quand le théâtre de tes doctes simagrées
S´écroulera, vaincu, dans l´ample pénombre,
La formule éculée que le diplôme agrée
Ressurgira sur le tableau de tes décombres.
Des foules ignorantes aux regards affranchis
S´ennivreront sur tes calices parfumés,
Et les anges avilis, en aube de torchis,
Danseront sur ton front de marbre et de fumée.
On pissera tes philtres dans l´auge commune
Où tes enfants foireux apprenent à ramper,
Et crachant comme un noeud de serpents la fortune
Et le destin sur ta poitrine décapée.
Alors peut-être, dans un silence honnête,
Une muse, déchirant ta lèvre en lambeaux,
T´arracheras-t-elle un long râle de poète
Avant de souffler, libre, ton dernier flambeau.