...
lu .
" qu´un ciel d´oubli s´ouvre à [ tes ] voeus "
Je me suis pas mal interessé au rwanda ( ma soeur y va régulièrement ( elle travaille ( en gros ) sur la justice post génocidaire ) .
Evidemment, puisque tu étais au Congo, il fallait aller à l´est ... Ituri , kivu ...
Enfant, saute ds les flaques
Enfant, saute dans les fosses
C´est une forme de suicide ce voyage
La nuit nouée en turban autour de ton crâne
Epinglée d´étoiles mortes ou mal éteintes
Tu chemines en prêtre hasardeux abjurant
A chaque pas le peu de foi qui forme croûte
Aux lèvres d´une plaie commune et séculaire
Qui va dans cet entonnoir ? l´humanitaire av ces pansements, le prêtre av ses christs pharmaceutiques et ces derniers sacrements ?
qu´avais tu ds les mains
Pr qu´on t´invite ainsi
qu´avais tu comme lèpre
Pr q´on t´évite ainsi
le passage à cette douane, ce n´est plus un tampon sur un passeport. C´est un tatouage sur la peau.
Tu devrais faire l´exposition de des tripes .
je comprends pas ... l´Ituri ...
Tu te souviens Aushwitz et les fours crématoires
Exempts de leur poussière humaine et sans mémoire
A genoux dans la cendre on tisonne l´Histoire
Les causes ne sont plus les mêmes mais le noir
Est toujours aussi noir au penchant de la fosse
Et de plus en plus noir au son des pelletées
Une bouchée de plus On ne peut plus vomir
La terre où s´éternise à côté le voisin
Qui commence à sourire à l´approche de l´os
à la question que ferais-tu si tu pouvais être invisible, j´ai l´impression que la première idée qui te viendrait à l´esprit serait non pas comme la plupart des gens de t´introduire auprès d´une jeune fille au moment fatidique , mais plus d´aller voir un peu ce qui se passe en ce moment au Soudan , en Tchétchénie, où bien de pénétrer le centre de guantanamo ou d´abou ghraib ( de feu abou ghraib ) .
je me demande comment on en arrive là... de fil en aiguille.. de fil en aiguille ... on défait les frontières , on défait les sutures .
On gratte les croûtes. Dès qu´on recommence à vivre, que les tissus se reforment, que la peau cesse d´haleter à chaque peur.
L´idée de la convalescence est en deça de tout.
Je ne suis pas alle en Ituri.
J´ai "seulement" fait un trajet Bangui/Kinshasa en passant par l´interieur des terres.
J´ai vu ce les restes de la guerre de l´equateur. Je n´ai pas vu les Kivu.
Quand je leur ai exprime mon envie d´aller jusqu´au bout, il m´ont repondu "N´y va pas, ils vont te tuer."
Et au vu d´ou on etait. Pas de problemes, je les croyais.
Et en fait. Personne ne va la-dedans.
Il y a juste quelques meteores qui volent loin dans la nuit Congolaises.
Je hais ces meteores. Monstres hypocrites qui se deculpabilise en jetant des miettes aux betes sauvages pendant qu´il depecent la terre.
Je peux dire que j´ai ete dedans, j´lui ai rampe dans les profondeurs sombres de son trou du cul a l´Afrique.
J´me suis retrouve avec comme unique chance de survie ma couleur de peau.
Plus d´argent, plus de reperes, plus rien.
Djoliba m´a ramene a Kinshasa. Papa Job, Franck, Jean-Louis, et les autres.
Ils m´ont porte quand j´etais malade, se sont revoltes face aux militaires pour moi.
Ils m´ont ramene a la vie.
Sans eux...
Sans eux.....
Tu sais Zob. Ca bouffe la tete toutes ces histoires la.
J´ai 18 ans. Tout ce que je sais faire, c´est rejoindre Kinshasa par la route.
Je pars a Odessa demain matin.
Ca aussi je sais faire.
Je reviendrais dans 3-4 jours, rien de bien fantasque en verite, je vais juste voir la mer.
Y prevoient de la pluie.
Ca me permettera de faire un peu le point, y a deux nuits dans le train.
Le Congo, tout doucement, s´eloigne, je m´enlise delicatement dans un quotidien.
J´ai des cours prevu de lundi jusqu´a samedi prochain.
Mais d´ici la, j´aurais fait 3000 bornes pour aller pisser a la gare d´Odessa...
Qu´est-ce que vous voulez ? On se r´fait pas...
J´m´endors, tout delicatement a dire vrai, d´un sommeil qui va durer longtemps.
Bye bye clochard, je me case maintenant.
Juste une viree, de temps en temps, mais juste dire de pas perdre la main...
Dans le fond, ca devait finir comme ca.
C´est la derive des continents.
Tout doucement, sans s´en rendre compte, on laisse partir des bouts de vie, d´enfance, comme ca.
Et devant, y a un monde calme, et gentil.
Mais bon. J´vais quand meme a Odessa. Faut pas deconner quoi.
J´me demande comment ca fera. Quand je verrais le bateau qui part 2 fois semaines pour Istanbul.
Tout en sachant tres bien que j´ai assez dans ma poche pour fouttre le camp.
Tout en le faisant pas.
Ca sera marrant.
Pourquoi je vous parle de ca ?
Car lors de mes premiers posts ici, je revais d´aventure, de periples inimaginables, de difficultes incroyables, et consorts.
Et maintenant ?
J´ai fait tout ca.
Alors, repu, je me gratte le bide en regardant les filles passer...
Et tout ca faut bien vous le dire.
Parceque.
Merde.
regarde bien les lignes de ta main
Personne n´a prévu de collision de trains.
Ni le service de prévention
Ni le tzigane sur son guzla
Tu as pris le transsibérien ?
J´ai seulement suivi les traverses inégales de blaise Cendrars .
Jusqu´au moment du départ j´écouterai tes sirènes grincantes.
Le vélo ira facilement sur le pont des chalands , pour traverser le mékong ou le Gange.
Jusqu´au moment du départ...
J´entends déjà les paquebots et les bacs corner éperduement .
j´entends le Bosphore haleter de proche en proche
je n´ai pas prévu de passer par ce creuset ...
dis moi l´amérique du sud ...
J´ai l´impression qu´il manque à ton chant quelques incantations incas.
On pourrait s´y retrouver .
Juste après Dakar .
Continue de pincer ton luth adolescent
Auprès des baladins qui borderont ma route
Celui-là seulement qui se cherche et qui doute
Pourra se taire un jour à l´aval de son sang
Heureux d´avoir laissé son passé dans la soute
je pars en sepembre
continue de cracher tes décibels
d´aube en poudre
Pousse encore le plain-chant des latitudes ...
celui des baleines à bosse en l´onde boréale
ou celui des pleureuses balkaniques
se répercutent.
je commence à peine à tisser la carte du monde
Combien s´arrêtant au prélude
Combien jetant l´ancre et l´éponge à la première tasse à la première bouffée de peur
jusqu´où tisserais-je ma carte
de moi aux autres
il faudra tracer la route de la soie
certains vivent avec une sorte d´intensité panique
leurs bras s´affichent au cadran des boussoles
toujours tremblant à l´idée de ne plus pouvoir étreindre
certains ont tout pr être aimés
mais refusent de l´être trop
" si tu aimes il faut partir ne te niche pas entre deux seins ne gémit pas respire et va-t-en "
et j´abolis de force la ponctuation
tu mets un point de trop
tu poses un pied par terre
et c´est fini
J´ai pas bouge.
Les trains sont partis, toute la journee, vers l´Ukraine, et moi, je suis reste la.
A rien faire. A attendre, a etre triste, sans savoir trop pourquoi.
J´ai envie de prendre aucun train. J´ai jamais eu envie de prendre ces trains la.
Je les prenais, c´etait tout.
C´etait comme ca. Marche et tais-toi. Cours, tant que tu le peux. S´arreter c´est crever.
J´etais visionnaire.
Aujourd´hui, l´enfant est mort.
Il aurait du prendre ce putain de train pour l´Ukraine, pour la mer, pour Istanbul...
Zob. J´ai ete un voyageur.
Il y a six mois, je serais venu crever avec toi en Colombie ou au Venezuela.
Y a six mois.
Aujourd´hui, je suis meme plus foutu de partir trois jours. Je compte mes sous, je remets des ampoules neuves, et je prevois des trucs des semaines a l´avance.
J´suis mort Zob. C´etait fatal, fallait que ca arrive, mon corps aurait jamais tenu aussinon, et ma tete aurait eclate.
Je regarde aujourd´hui avec tendresse, affection et regrets ce cadavre de moi. Un cri imprime sur le visage, le corps maigre et malade, les yeux exhorbites, voyant des choses que les enfants ne devraient jamais voir.
Un cadavre qui renferme tout ce qu´il y avait de beau en moi. Je me sens immensement vide. Pas triste, ni malheureux, simplement vide.
Vide, mais libre d´une tete beaucoup trop capricieuse et megalomane a mon gout. Maintenant, je n´ai plus a obeir aux prerogatives d´un esprit malade, mais simplement a la suite calme et tendre des jours pareils aux jours, des nuits pareilles aux nuits.
Un jour j´ecrirais un bouquin, sur celui la, qui est parti se faire tuer au Congo.
la plupart des récits de voyage que je lis diffusent une sorte de chaleur, de lumière .
Tout autour de toi devient palpable.
Ce n´est plus la vie goutte-à-goutte, en intra veineuse.
Ton voyage est sans doute plus difficile à transcrire .
Qd même tu trouverais les mots justes, peu de gens te comprendraient.
La plupart des " tour du mondistes" qui ont relaté leur aventure à vélo ( ^puisque c ca ki m´interesse ) racontent comment ils ont souffert la solitude , la faim , les maladies.
mais il y avait un fil conducteur , ce fil ténu du bonheur qui devait se tisser à chaque coup de pédale , à chaque rencontre.
Le bonheur est souvent défini comme un état relativement stationnaire. Et je crois qu´en effet leur route avait quelque chose de stationnaire, de naturel et de presque plat . Ils avaient un équilibre.
Si je ne trouve pas cet équilibre, je rentrerai sans doute chez moi .
Il me faudra peut-être 2 ou 3 pays pr trouver cet équilibre, mais au-delà, si je suis vraiment malheureux, je rentre.
Ta route à toi a quelle chose d´intestinal et de supplicié .
Tout le problème réside en la multiplicité des routes.
Tu pars et tu crois que tu vas trouver un sens à ta vie.
Et puis tu roules, sans point de chute, sans auberge à rallier , tu roules et à chaque croisement de routes tu comprends qu´à nouveau ton destin s´embranche , et qu´il te faura revenir sur tes pas.
Tu reviens fatigué, tu démêles l´échevau des trajectoires sans trop comprendre et tu comprends que cette route est encore plus elliptique.
à l´autre extrémité
tu as sans doute trop perdu de mémoire et de sang
amour hémorragique
enfin qd tu vas sur la route, c´est pour aimer comme un fou , c´est évident . Le voyageur est une concentration de fluide, d´énergie , d´envie flexible de vivre et d´aimer . C´est pour aimer, c´est évident. C´est un lieu commun qu´il faut délocaliser.
" amoureux de vivre à en mourir " disait Aragon en parlant de ses résistants .
Il y a toute sorte de barbaries ordinaire contre lesquelles ont doit encore lutter.
ne serait-ce que contre l´ennui.
L´ennui.
il est pointé sur notre tempe . Il tire à blanc , av un silencieux. Le calibre est toujours le même.
Pas de blessure. C´est juste une anesthésie.
L´épée de Damoclès est plus insidieuse à son plat qu´à son tranchant .