après midi enterrement
, dans un ciel sans jour.
" La vie est une vallée de larmes" ,
qu´un dieu verse afin que l´homme si baigne.
Pendus aux plafond des cathédrales,
On entend leur lourd et ténébreux râle,
Leurs ailes battre et s´ébattre en pleurant
Sur la vallée dont ils sont les garants.
Ô anges impuissants cloués sur l´autel
Des églises et des chapelles ,
Qu´avez fait pour boire le trépas
Et sentir la mort nicher sous vos pas ?
Chaque jour des cortège infâmes,
Chapelets tressés de pauvres âmes,
Egarent leur yeux dans vos robes vierges,
Sous les fumées qui s´arrachent des cierges.
Qu´êtes vous donc pour dormir calmement
Dans le lit gelé des enterrements?
Avez vous laissé la miséricorde
Fuir l´horreur de ces misérables hordes?
Je vous comprend Ô ange du cercueil
Qu´on appelle à chaque sursaut du deuil,
Vous avez laissé vos robes flotter
Comme la nef sur l´eau ballotée,
Pour allez ramper sur la belle terre,
Parmi la foule humide et solitaire,
Dans les palais comme dans les ruelles,
Afin de fuir votre destin cruel !
C´est ainsi que, sans vos échos d´orgue, anges,
L´oeil s´en va, vague, flotter comme un lange
Sur un gouffe, cet oeil soudain si pieux
Qui voit, du ciel noirci, le sombre pieu
S´abattre dans un cri d´apocalypse,
Cet oeil qui, le temps d´une atroce ellipse,
Rassemble les vivants dans l´angoisse,
Dans les froids méandres d´une paroisse,
Où chaque homme fait un pas vers sa fin,
Voyant sa famille, ses amis défunts,
Comme si la mort d´un homme a peine connu,
Disperçait tout le monde dans les nues!
Ô ange des églises désertées
Personne -et c´est là notre liberté-
N´a jamais pu apprendre à être heureux
Dans ces moments tristes et douleureux!
Si je vous croise un jour dans une rue
Le fard de votre ombre aura disparu,
Suspendu comme un brassard en lambeaux
Aux grilles sépulcrales, sous les rameaux
D´automne qui s´effeuillent avec le temps,
Sentant rouler la rumeur de l´hivers,
Le regard atroce et torve des vers,
Qui rongera les souvenirs d´antan.
Je vous croiserai comme on croise, en somme,
Le plus commun des mortels, sans les dômes
Où viennent se cogner les ailes d´or,
Sans l´oubli d´un dieu qui dans l´ombre dort,
Mais avec les bras ouverts de la vie,
Et avec ce visage quelques fois ravi,
Qui souvent laisse croire que la mort
N´est rien d´autre qu´un passager remords.
Et je saurai que ce terrible métier,
Ce chant qui descend d´un clocher altier,
N´est fait pour personne d´autre que l´absent,
Celui qu´on oublie déja, ce passant
Qu´on laisse, seul, s´en aller dans la nuit,
Flamme qui s´estompe au profond d´un puits.
Le bon sens dit qu´un mort ne chante plus,
Mais par le coeur la mort est révolue.