Voici, au flanc d´une colline, un pâtre.
D´une main sûre, il conduit son bétail
Sur les vestiges d´un champ de bataille,
Sans même voir ces ruines opiniâtres.
Le matin, tendre bourreau des ténèbres,
Dont l´humble lèvre éveille la chaumière,
Est au noble pâtre, épris de lumière,
Ce que la fleur est à l´ombre funèbre.
Quand le berger, ivre du ciel dansant,
S´engage sur ces monts roses et riants,
La fleur, tendrement, s´étire et, brillant,
Dévoile au monde son parfum d´encens.
Ces mille teintes et nuances dont la plainte
Hésitante s´éclaircit sous la pierre,
Sont comme mille mains, mille prières,
Que les morts feraient naître de leur plinthe.
Quand, au soir, le pâtre, sur le vide,
Regarde sa masure s´empourprer
Du couchant, au loin, sur le dos des prés,
La fleur s´endort sur la terre livide.
Ô vastes étendues, tombes des morts!
Champs dont la vie émerge de vos cendres!
Rivières où vos pleurs doivent se répandre!
Baiser qui sur votre bouche s´endort!
Demain, la lumière, à nouveau, sera,
Et le berger, homme candide et sage,
Sentira la fleur et le paysage
D´où l´haleine des morts s´élancera.