Lorsque je te verrai, au loin, apparaître
Dans la brume, ainsi qu´un spectre et, sous les hêtres
Traînant ta chevelure éparse dans ton ombre,
J´irai gravement aux arbres, ces décombres
Verdâtres dont les rameaux tètent les racines
En soufflant aux hommes leurs complaintes éffeuillées.
La bruine, à la semblance d´une mère endeuillée,
Posera sur nos joues des pleurs et des comptines,
Des larmes limides d´ou l´on verra danser
Des âmes poussièreuses aux lèvres cadencées.
Quand mon corps bancal, engelure de l´ennui,
Aura rejoint ton souffle alerte, il fera nuit.
Comme deux atomes dans une immense prison,
Bouches bééantes d´ou émerge un rouge tison,
Nous tâtonnerons tous deux dans cette froide turne,
Cloître nocturne hélant nos âmes taciturnes.
Puis, acculé au désir qui hurle et soupire,
Nous nous adosserons, éreintés, à l´arbre
Ou nichent les Moires, blanches comme les marbres.
Dos à dos, et sans voir le rêve qui expire
Chacun repartira dans son intimité,
Dans ses yeux où germe déja l´éternité.