Introduction:
ZOBI , pris d´une subite alacrité , s´élance dans la nature , et se souvient . ..
IL AURAIT FALLU
Oh! Comme il en fallait peu pour que tout nous vienne ,
Romances et colombes chantant derrière nos pas !
Les feuilles en leur funèbre cortège , ou s´égrainent
Les dernières ramures , tombaient a nos pieds, la bas !
Tu m´emmenais , le bras fauve et délicat, sous
Des ponts sombres ou tu laissais pleurer ta lumière,
Belle et fragile en ses timides rayons , roux
Comme le soir ou se déchainent les amours d´hier!
Tu fuyais quand passaient , moroses et laconiques,
Les bateliers dans leurs barques assoupies, et
Et ta main dans la mienne tremblait , frénétique.
-Partons-! l´eau nous suivait alors jusqu´aux forets,
Limpide destin qui coulait entre nos bouches.
Puis il semblait se perdre dans les frondaisons,
Bue par la verdure vorace en ses bras farouches.
Sans moi, tu questionnais les dieux , cherchant
Raison en ce silence qui soudain trahissait!
J´attendais le chant du rossignol , frissonnant
Dans ce vide ou tu cherchais quelque vérité.
Tes yeux , dont le regard ondulait dans le vent,
Prenaient ces reflets ou le chagrin solitaire
S´y sentait presque acclamé. Sérieuse maintenant,
Comme si la misère t´eut montré sa pauvre terre,
Celle ou les dames en peine errent parmi les manants,
Ta voix s´est élevée , soufflant contre le vent.
- Quel est donc ce mensonge qui fuit comme la brise
Tandis que s´éveille la tempete ? Palpitant
de son aile , la colombe convulse sous la bise!
Ce doux silence n´est qu´une brèche ou la rumeur
Vient poser son interminable cri ! La voix déja
Vient a me manquer , étouffée dans un bonheur
Auquel elle ne peut croire . .. Futile désir, meurs
En ton élan sauvage et ténébreux ! Cours vers
Les ronces et reviens nous dans de misérables
Haillons ou la beauté malsaine saura se taire!
Cette lumière éloquente cache une ombre ineffable!-
Elle s´est sauvée , légère en sa lourde tristesse,
Belle en sa robe déchirée. Une voix noire , austère,
Posait ses griffes sur ses charmes dévoilés, messe
Obscure récitée par l´autorité d´une mère .
Je levais les yeux par dessus l´ombre et le bois,
Et le vis , inerte en sa blanche dignité,
Palais ou ma fleur lentement perdait sa foi,
Cloitre sardonique rodant parmi les halliers.
-M´entends tu encore , ame au reves déparés?-
O comme le temps creuse les blessures , comme les gens
Qui aguillent l´innocence maculent l´empyrée,
Ou nous naissons tous dans le sourire et l´élan!
J´attends toujours , dans ce lit de mousse ou le temps
Lui meme a l´air de succomber.Que deviens- tu ,
Ma princesse ? Je t´en prie, chante! déserte les rangs!
Laisse l´or aux pauvres gens , l´amour est une vertu!
Si l´ordre t´exhorte en sa sordide mouvance,
Et que tu ne peux fuir le fiel et l´injonction,
Couvres- toi bien de leur souffle malveillant, et danse
A l´air libre qu´ils sèment derrière leurs fausses passions!
Suis- les donc si l´ombre et le gouffre te font peur!
Mais , je t´en supplie , laisses cette lumière infame
Ou leurs corps couverts d´affèteries se vautrent et pleurent
De rage en ayant l´air de rire . Chacun se pame
Dans sa factice beauté, mais tous se trouvent laids!
Crois- moi , ta robe échancrée avait l´air d´une aube
éternelle ! La misère en ses trous laisse passer
La lumière , et la beauté fuit ceux qui dérobent
Ces charmes pour en faire des principes!Vas , habille
Donc ton visage d´une malsaine convention,
Mais n´oublie pas de rire sous ton masque qui brille!
Un jour alors tu quitteras cette faction
Emphatique dont tu auras bu tout la haine !
Tu cracheras jusqu´au soir l´ombre qui persiste
Et tu iras , nue , dans la nuit , tel une sirène
Emergeant de l´écume, vers le bois calme et triste.
Je serais là, encore , obstiné dans ma turne
Ou chante l´ange et l´oiseau , tous deux verts dans les feuilles
Qui refluent sans cesse des cimes. Toi, taciturne
et libre enfin , tu viendras pleurer là, au seuil
De mon chagrin fou de joie, et tu maudiras Dieu,
L´atavisme et l´obscure raison , qui t´on trahi!
Tu diras: - voila cette vérité ! Au cieux
L´oeil nous ment , au giron la voix fulmine et rit!
Je vomis l´or et l´ordre , la bible et ses trésors!
J´embrasse la malséance et je chante la rue ,
Le peuple et toutes ses ombres qui fuient le remords,
Qui rit et pleure sans le vice et la vertu ! -
Oh triste est ta voix que je crois toujours entendre!
Quel malheur que ces gens qui prescrivent le bonheur,
Qui profanent le désir et l´impulsion , méandres
De l´ame ou le bon sens perd de son sens! Malheur!