dezolé c encore des vers
Le corps étendu sur un sordide divan
Dont les plis blancs ensemble paraissaient m´étreindre,
J´écoutais le feu , tout près de moi, dont le vent
Rouge et riant déja semblait vouloir s´éteindre.
Ce fut trois coups , bruts et malveillants, terribles.
Les deux premiers fous et froids , comme si la foret
En ces hautes cimes s´était donné cette cible
Pour poser ses poings pugnaces et éffeuillés.
Le troisième implorant, feutré , une rumeur
Qui , doucement, ralait dans ses haillons sonores,
Résignée déja. Lorsque cette voix , ces pleurs
Et ses cris intriqués parvinrent à mon vieux corps,
Je sus que cet hote n´était qu´un colporteur,
Sourd et sénescent , que l´age et les galères
Ensemble avaient assiégé. Pris entre la peur
salvatrice et la misère souvent délètere,
Il venait sans doute me vendre ses labeurs,
sa sueur, ses mains ballantes et rapiécées
Dont il faisait des lambeaux d´espoir à ces heures
Ou les insatiables et les insouciants dormaient.
Fatigué, j´ai trainé mon misérable tronc,
Craquant sous son écorce grise et corrodée,
Et d´une main quasi-sure, j´ai tiré vers mon front
La lourde porte qui sans doute déja, savait...
Le paysage , seul, béant , tremblant dans le soir,
M´offrit alors ses dernières douceurs ombrées,
Qui Lancinaient encore , hésitantes dans le moire
Splendide du jour embrassant la nuit sacrée.
C´était tout . Etalage silencieux d´une
Nature bercée , bientot close sous ses draps sombres.
Rien a l´entrée de mon antre , pas meme une
Fugace silhouette qui fuyait dans l´ombre
Du versant, vers les forets , vers la grande nuit,
Vers l´infini. J´ai fermé la porte coite
Du cottage , tandis qu´un étrange friselis
Sans vergogne , s´infiltrait fortuitement dans le moite
Novembre des jours sans fins. Ici. Là. Près du feu.
Alors nous nous somme allongés, enlacés lui et moi
Comme deux souffles répugnants, las et doucereux.
Lui en son onde morne a soufflé sur le feu,
Tandis qu´en un sublime effort , je maudissais
Les flammes , puis les braises encore terribles de vie,
Auxquelles mon hote complaisant livrait ses nuées.
Transis , nos ames amoureuses et mélées
Buvèrent l´aquilon , qui , dans une tragédie mystique,
s´élevait des cendres que la traitresse lumière
Fuyaient , conciliante mais jamais héroique.
C´est ainsi que je m´endormais , sceptre d´hiver,
Sceptique devant l´aurore qui doit toujours renaitre.
Pourtant elle fut bientot la, rose et charmante
Dans sa timide voilure , engagée a mettre
Au jour naissant ses couleurs frèles et engageantes,
A épandre dans la nuit mourrante les parfums
Ambrés qui l´achèveront. Et ce fut là, sous
Cette étoffe soyeuse tombant sur la nuit d´airain,
Que résurgea la pénombre, putrescente sous
La caresses lascive du soleil. Un enfant gisait,
Contre la pierre tiède du mur, qu´il avait l´air
D´embrasser de ses lèvres mortes. C´est au lever
Que je l´ai vu , lorsque j´allais, comme une mère,
Epancher mes amours sur les fleurs encore floues,
Clairsémées tout au long du mur jouxtant la porte.
Ses petits pieds , fragiles et tout plein de boue,
Etaient parsemées de pétales, que le vent porte
Toujours sans aucune préférence ni nuance,
Sur les charniers comme dans les plus beaux jardins.
Son corps avait deux trous, gouffres plein de violence,
Comme deux bouches hurlant ensemble leur triste fin.
C´est en tournant cet ange aux ailes a peine écloses
Que je vis en son dos le troisième trou, terrible.
A peine visible , fragile, on eut dit une rose
Que les pétales auraient desertée, une bible
Ecornée dont les saints se seraient envolés,
Un coeur dont les flots de sang se seraient taris.
Un pistolet, a ses flancs dormants, s´étalait,
Tortionnaire docile , nain d´acier plombant les vies.
Flétri devant cet enfant a l´oeil sépulcral,
Je m´allongeai sur cette nature indolente,
Impassible, dont le chant noir avait tu le rale
De l´enfant , et fait de la mort criarde et lente,
Ces trois coups déguisés au pas de ma porte.Et
Ce souffle me revint dans sa digne froideur,
Cette ame qui s´était invitée par l´entrée
Pour taire la lumière et la factice chaleur.
Le pistolet sur la tempe, une dernière fois
Je laissais glisser la fraiche rosée, amène
Et fidèle comme une enfance sans loi ni voie,
Entre mes doigts blème et blancs déja. Amen.