Je l´ai écrite ce midi un peu comme un coup de gueule tourné en dérision.
Bon c´est pas du Victor Hugo, mais ça m´a fait du bien de passer mes nerfs avec ça.
Bonne lecture!
Oyez, Oyez braves gens!
Il y´a, dans notre hostile univers urbain, de valeureux chevaliers qui s´accrochent au cocotier et dont la solidité morale les
empêche, par exemple, de courir se jeter sur un train ou de participer à star academy dans un dernier espoir. Oui, il y´a encore
de braves baudauds, des qui payent leur titre de transport ou qui ne grillent jamais des feux rouges, que le sens du civisme
pousse régulièrement à aider les petites vieilles à traverser la rue, surtout quand elles sont aveugles et cul-de-jatte.
Laisez quelqu´un vous conter l´une de ces féeriques aventures modernes, celle de Cutter Le Preux et de son 280 grammes, qui
traversa monts et marées dans un unique but. Ouvrez grand vos oreilles et écoutez le...
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Je revenais, ce jour là, éprouvé par la fatigue et le stress quotidien, mais impassible sur mon siège déchiqueté du "métropolitain" qui affichait des tags insultant les chevaliers bleus, des troubadours du nom de Le Pen et Maigret, et autre joyeusetés. Quelques donzelles avaient franchi la porte, parlant de tout et de rien, s´agitant à propos d´un mystérieux "boblak". A les écouter, il savait très bien monter, ce qui est une qualité rare en ces temps où les chevaux laissent place aux diligences de fer dans nos contrées. Une voix morose et pâteuse annonça le terminus, et je sortis pour descendre les escaliers quatre à quatre. Je me remettais à peine d´un cuisant échec au volley-ball de l´heure passée, lorsqu´un fieffé menteur avait prétendu remporter la partie, alors que je croyais l´avoir modestement humilié. Ha, le vil tricheur! Si j´avais eu ma hâche, je l´aurai pourfendu en deux, mais je l´avais laissée dans le placard ou je range également tornado, ma monture. Mais pour l´heure, je m´intéressais surtout à me rendre chez
mon marchand de tambouille, celui qui traite cinquante paysans à l´heure, les contentant de quelques morceaux de fromage astucieusement placées avec un peu de bifteack entre deux tranches de pain, dont l´enseigne jaune évoque vaguement la forme d´un viaduc. J´aime à penser que ce commercant là est très doué, parce que d´ordinaire le peuple rouspète quand on lui sert du pain pour le repas. Mais enfin, chacun a sa stratégie pour gagner sa croûte, et je ne pouvais l´en sanctionner. Je me joignais ainsi
à une file de joyeux drilles, pour la plupart en accoutrement survet-casquette-basket, du type "wesh ma gueule, bien?". J´avais déjà tranché en rondelles nombre de ce genre de parasites. Ils montrent les dents et vous regardent de haut, et je m´étais souvent dit qu´installer une taverne rapide près d´un royaume de lascars n´était pas une excellente initiative, dans la mesure où
cela finissait souvent en combats à mains nues. Le bruit de la foule agressait mes oreilles, mon estomac couroussé criait à la famine, et nombre de badauds venaient loger leur poing dans la gueule du gérant pour s´être trompé dans la commande. Je commencais à me demander si mon idée était vraiment subtilement inventée, quand un troubadour dont le nom "je suis en formation pour mieux vous servir demain" était brodé sur sa côte de mailles vint me servir mon paquet. Je le remerciais en lui
tapotant l´épaule, et lorsque je me glissais dans la cohue il vociférait à mon ordre des remerciements inintelligibles, dont seulement quelques uns parvinrent à mes oreilles: "Salaud, mon argent, ça se passera pas comme ça, etc etc..." Je serai bien retourner embrasser le gentil jeune homme pour tant de gentillesse, mais j´étais pressé. Une chenille de fer venait de passer en trombe, et je m´étais mis à courrir, courrir en tenant mon paquet, courrir comme lorsque j´avais réveillé un dragon en rute à mes trousses, pour atteindre ma diligence. Sauter dedans alors qu´elle commençait à repartir me fit penser à un épisode Lucky Luke qui arrêtait le vilain brigand en sautant dans un train en marche, et je ne pus m´empêcher de sourire. La gorge sèche, le souffle aussi rauque que la dernière sorcière héroïnomane qui avait rencontré mon épée, je réalisais que j´allais me régaler en rentrant. Je sortis du ventre de l´insecte en métal et me dirigeais vers ma grande tour, mon précieux butin tenu dans une main. Le ciel était en colère contre quelqu´un, car de petites gouttes d´eau se mettaient à tomber sur le royaume. Après l´aventure,le rafraîchissement...C´est alors que je réalisais à quel point le sac en papier était de qualité malhonnête, quand il craqua pour
laisser le contenu s´échapper sur le sol. Ma bouteille de précieux breuvage marron se répandit par terre, et mes patates fraîchement importées d´Amérique par parmentier coupées en allumette l´imitèrent presque toutes. Pestant contre le damné qui osait vendre dans son échope pareilles sottises, je ramassais le carton encore sec de pain avec fromage, et également le reste pour le jeter dans la boîte sacrée en plastique vert accrochée au mur, dans un souci de civisme. Une telle injustice après ma longue épopée méritait une sentence de rigueur, et sitôt que j´eûs fini mon repas je repartis en arrière afin de rétablir justice.
Moralité: parfois, on préfererait manger chez quick.
Cutter le Preux, le Valeureux, et autres superlatifs en tout genres...