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Liste des sujets

Quel livre êtes-vous en train de lire ?

Regicide1
Regicide1
Niveau 9
01 octobre 2021 à 10:38:01

Bien sûr qu'ils existent ceux qui lisent avec l'espoir que le prestige un peu bourgeois de la lecture retombe sur eux. Alors ils aimeraient avoir lu tel ou tel titre pour pouvoir l'accrocher à leur tableau de chasse et bien paraître.

FiondeReza2
FiondeReza2
Niveau 10
01 octobre 2021 à 10:46:13

Les somnambules de Broch

Wariostophane
Wariostophane
Niveau 6
01 octobre 2021 à 14:49:27

Qui n'a jamais eu l'envie larvée de lire un livre pour pouvoir épater la galerie avec sa culture dans un futur hypothétique ? On peut utiliser ce désir de gloriole comme un moteur pour ne pas rester les bras croisés avec ses 3-4 références, puis le réprimer avec d'autres désirs plus timides et, une fois plongé dans le livre, laisser la curiosité avoir le dernier mot. Ces conflits intérieurs on les vit sans trop y penser.

Mais s'il n'y a que cette envie dans la tête parce que la raison intérieure (ou celle d'une autre personne) ne fait pas son boulot d'administrateur correctement, oui c'est une source d'emmerdes.

Wariostophane
Wariostophane
Niveau 6
01 octobre 2021 à 16:35:22

Certes mais on s'en fout : entre les fantasmes médiocres d'autodéification où tout le monde s'agenouille devant ton génie et te suce les boules, et l'espoir un peu fou de pouvoir parler d'égal à égal avec les rois du forum, il n'y a qu'un degré d'intensité et de raffinement.

Un instinct c'est con de nature, il ne sait pas si la direction qu'il prend va coûter cher à son hôte ou non ; en fait il ne connaît même pas cette direction et il ne dit rien à ce sujet, puisque c'est l'intelligence tenaillée par celui-ci qui lui fournit les moyens de le satisfaire, s'il n'est pas bloqué par des instincts antagonistes (tout aussi inconscients). D'où l'intérêt de nourrir son intelligence de connaissances essentielles pour gérer tout ce beau monde d'aveugles sans provoquer sa perte, en donnant la priorité aux désirs stimulant l'apprentissage de ces connaissances.

Regicide1
Regicide1
Niveau 9
01 octobre 2021 à 16:53:34

Mais à part les imaginer ces rois du forum pour pécher (ou pêcher comme dirait le Z) dans l'humilité, existent-ils ces gens.

Message édité le 01 octobre 2021 à 16:55:07 par Regicide1
Wariostophane
Wariostophane
Niveau 6
02 octobre 2021 à 10:26:38

Le 01 octobre 2021 à 16:53:34 :
Mais à part les imaginer ces rois du forum pour pécher (ou pêcher comme dirait le Z) dans l'humilité, existent-ils ces gens.

On ne peut pas penser à ce qui n'existe pas ni en parler donc oui ils existent. https://image.noelshack.com/fichiers/2018/48/5/1543569350-pict.jpg

zahbout
zahbout
Niveau 17
02 octobre 2021 à 17:14:55

Retour à Martha's Vineyard de Richard Russo.

-Zemmour-
-Zemmour-
Niveau 42
02 octobre 2021 à 18:06:24

Je commence, enfin, Mémoires d'Hadrien de Mar(low)guerite Yourcenar :hap:

HydredeChambre
HydredeChambre
Niveau 22
02 octobre 2021 à 22:28:01

Le 26 septembre 2021 à 15:36:53 :

Le 25 septembre 2021 à 19:11:32 :
J’ai terminé Le Sang noir il y a plusieurs jours, après presque un mois de lecture (interruption momentanée et concentration laborieuse https://image.noelshack.com/fichiers/2020/22/3/1590606926-aufonddutrou.png ).

Il m’a plu, je l’ai trouvé intéressant, même si j’ai encore du mal à m’en faire une opinion bien nette. N’en faire qu’une œuvre pacifiste dénonçant la bassesse et la bêtise au temps de la grande guerre, même si elles sont effectivement omniprésentes, me paraîtrait un peu réducteur. En évoquant l’antinomie entre les idéaux, les aspirations individuelles, et la société et ses contraintes, elle interroge certains positionnements moraux sans forcément livrer de réponse. Le cœur du roman se situe dans le personnage de Cripure, qui je trouve est tout autant victime de lui-même que des autres.

Cripure est un véritable anti-héros, une figure d’asocial grotesque et pathétique qui semble continuer de vivre pour rien, hormis médiocrement en attendant sa retraite tout en ruminant un vieux souvenir douloureux : la perte de son amour dans l’échec de son mariage avec Toinette. L’homme est un “raté”. Même le “fils” qu’il a eu d’une “souillon” n’est peut-être pas le sien, présence superflue qui souligne l’absence de la femme qu’il a aimée. Comme ayant déjà un pied hors de ce monde, il vit parmi ses chiens et les puces. Sa vieille peau de bique le déshumanise, une peau de renard est rangée à côté de ses “belles nippes” ; entre les murs de son bureau pareil à une cave humide, il est lui-même l’un de ces “cloportes” qu’il fustige à longueur de temps. A cause de son acromégalie, il est pris au piège d’une maladresse pataude.

Mais surtout, Cripure est un farouche individualiste, désillusionné et pessimiste. Il n’accepte aucune idole et s’est réfugié dans le mépris du “troupeau” et des “dupes” des institutions sociales. Il ne croit pas aux autres, ni en un idéal socialiste ou à la moindre conquête de l’homme sur lui-même, ni en Dieu. Il tient désormais une sorte de position sourde et muette davantage qu’une philosophie, et semble même se refuser à penser et à donner à penser. L’ancien élève qui avait cru en lui et qui espère trouver en lui un recours, un “esprit”, finit par se rendre compte de l’escroquerie : non seulement Cripure n’a rien à donner, mais il se plaît lui-même à détruire la figure romantique et “intransigeante” du philosophe Turnier telle qu’il l’avait dépeinte, déformée, dans sa thèse, dans l’espoir de toucher et de faire revenir Toinette. L’amour de celle-ci semble avoir été, comme une anomalie sur son parcours, la seule possibilité de bonheur, à laquelle il n’a pas cru, et la seule matière à vérité.

De par sa personnalité individualiste, le lien de Cripure avec la situation nationale est très ténu : il semble exister sur fond de guerre sans que celle-ci ne l’affecte réellement au-delà du mépris qu’il a pour la chose, hormis à de rares moments où il semble reparticiper de la société, et de la douleur et du destin communs (par exemple lorsqu’il aperçoit la gueule cassée, quand il donne de l’argent à son “fils” qui part au front, etc.). Pour lui, la guerre est un “conte sanglant”, et l’humanité est de toute façon vouée à être balayée dans un bain de sang. Certes il peste contre la fièvre patriotique et propagandiste, mais ça s’arrête là : il n’agit pas, ne se révolte pas – jusqu’à la “gifle globale” donnée à Nabucet, geste central qui précipitera son destin. Si cette gifle est provoquée par un Nabucet anti-mutinerie, qui représente tout ce qu’il déteste, elle signe davantage et vient aussi d’un autre temps, pour celle qu’il n’avait pas eu le courage de donner alors.

Ce qui tire le personnage de Cripure de son prosaïsme, c’est qu’il n’a pas seulement raté sa vie, il a également raté sa mort : il semble que c’est parce qu’il ne s’est pas donné la mort vingt ans plus tôt, pour ne pas avoir eu le courage du duel ou du suicide, et qu’il ne s’est pas donné à l’Autre non plus, qu’il vit sans vivre désormais, comme en sursis et constamment guetté par la mort dans la mesquinerie du quotidien (sabotage du vélo, accident de voiture). Tout grotesque qu’il est, il en devient le sujet d’une sorte de tragédie, jouet d’un sort qui l’attend et le taquine comme l’un de ses potaches. Le roman est parcouru par les présages funestes, les ombres obsédantes. La montre du portrait de Toinette lui rappelle que son temps est compté. Sa canne devient le double d’une épée pour un affrontement toujours à venir. Il sent qu’il est “foutu”. S’il ne veut pas mourir c’est parce qu’il sent que la mort le “vole”, pour n’avoir pas su prendre ce qu’il voulait de son vivant.

Il persiste ainsi dans le temps comme un être en trop, encombrant, dépossédé de tout (jusqu’à son nom), et qui n’a plus rien à faire ni à dire – hormis une œuvre pour revanche, sa Chrestomathie, pour laquelle il prend et rassemble régulièrement des notes, seule composition dans une vie qui s’est décomposée. La journée décrite dans le roman est celle de trop parmi les jours en surplus, médiocrement employés, pendant laquelle le peu de ce qui lui restait se perd : il apprend que Toinette est décédée (déjà – il a ironiquement manqué sa mort en l’apprenant deux mois plus tard dans une lettre oubliée) et sa Chrestomathie se fait déchiqueter par ses propres chiens. Et parce que n’aura pas lieu le duel contre Nabucet, son second geste sera le suicide. Il fait preuve par là du courage qu’il n’avait pas eu des années plus tôt et rejoint la figure idéale de Turnier, mais toujours de façon grotesque : là où Turnier se noie dans la mer, lui agonise dans la troïka trop petite pour accueillir entièrement son corps, cependant qu’on médite encore de la façon dont s’accaparer sa richesse. Ce qui de son vivant pouvait évoquer la vitalité, le mouvement – ses “petites bêtes” avec lesquelles il partait à la chasse, la troïka qu’il se décide à utiliser comme véhicule pour se soulager de son infirmité – l’accompagnent ironiquement dans la mort.

La guerre est autrement mise à mal, de même que l’hypocrisie, la mesquinerie et la bêtise humaines exposées : à l’arrière, on chante son patriotisme béat, on lèche des bottes, on dévisse des écrous, on dissimule, on profite. L’espace étriqué de la ville est sous la menace indirecte de la guerre qui la contamine, y fait entrer des armées, y prend des jeunes hommes pour le front et ne les rend pas, ou mutilés, au rythme des trains qui s’en vont et reviennent. Le maire, en faisant la tournée des maisons pour annoncer les “disparitions”, n’est plus qu’un messager de la mort, secrétaire débordé. Des parents impuissants sont éprouvés par la perte d’un fils. C’est l’espace routinier de la pression sociale, orchestrée par des Nabucet. Alors que la guerre est une sorte de lointain proche, en arrière-plan, on a l’impression que cette petite ville de province lui sert de coulisses, que ses acteurs principaux y sont réunis, les soldats envoyés au front n’étant que de la chair à canon secondaire. Il y a cependant des personnages qui sauvent la situation, à travers des accès d’honneur ou l’attachement sincère qu’ils portent à Cripure, comme Maïa ou d’anciens élèves.

Au-dessus de la mêlée, du massacre collectif et des rues étroites s’échappent quelques lignes de fuite, parfois rompues ou avortées – mutineries, poèmes favorables à l’insurrection, foi en l’humanité, espoir d’une Révolution. Elles s’incarnent en Lucien ou en Simone et dans l’espace multilocalisé, quasi abstrait, de l’échappatoire, de la désertion, de l’exil. Le roman s’achève sur l’évocation de la mer, lieu de départ et de commencement (Lucien) ou de fin (Turnier), mais de libération.
En une sorte d’idéal romantique qui fait pendant au massacre de masse, le souvenir de Turnier et de son amour pour Mercédès surplombe la ville et hante le roman, se ranimant en certains personnages : Cripure bien sûr, dont le destin rejoint celui de Turnier, mais aussi Mme de Villaplane, figure touchante qui incarne la Mercédès de la thèse et dont le destin fait écho à celui de Cripure ; contrairement à lui, voulant jouer contre le temps qui passe et a passé, et vivre ce qu’il y a à vivre, elle réclame de partir avec Kaminsky, infructueusement. Là où elle échoue, Simone, de son côté, réussit à se trouver une échappatoire avec duplicité.

Le roman couvre vingt-quatre heures, et j’apprécie généralement de voir comment l’auteur se débrouille avec un temps diégétique limité ; ici, cela accentue l’effet dramatique du geste charnière de la gifle, point de bascule de la fatalité dans le quotidien. L’écriture, à côté de très beaux passages, m’a semblé avoir une part de “raideur” (mais mes derniers pavés étaient plus modernistes quoique moins récents, cela a dû jouer sur ma perception), et le tout manquer de souffle, même si cela collait bien à l’affaire, je n'en ferais pas vraiment le reproche. J’ai peut-être perdu l’habitude d’un découpage en chapitres nombreux et souvent courts, mais ce découpage m’a semblé parfois briser le rythme ou s’avérer peu utile. Même si certaines scènes un peu surréalistes / étranges (les rêves, les apparitions du Cloporte et de la Bossue, le dialogue avec lui-même…) ajoutent une dimension dramatique, je les ai trouvées parfois un peu mal traitées. Les apparitions et retours de certains personnages me semblaient parfois peut-être un peu hasardeux ou avortés, même s’ils avaient plus ou moins de sens dans le discours général qu’ils enrichissent. Il y a de beaux passages, notamment descriptifs, et aussi des passages théoriquement émouvants qui laissent un peu froid (ou je n’étais pas d’humeur). J’ai trouvé bons les derniers chapitres, et le final, avec les personnages rassemblés autour du mourant.

Le pavé est énorme
J’espère que quelqu’un te lira https://image.noelshack.com/fichiers/2021/38/4/1632391265-risitas-costume-main-lunette-soleil-zoom.png

Mais j'ai fait des paragraphes https://image.noelshack.com/fichiers/2016/52/1483212071-risinouvelanseul.png

Je synthétisais pour moi-même aussi en même temps, histoire de me faire une idée plus claire de l'œuvre.

Le 27 septembre 2021 à 05:51:45 :

Avis remarquable de précision, on trouve presque tout le roman repris. J'avais découvert le Sang Noir par le biais de mon prof à la fac qui l'avait cité 2 secondes. Pour employer un terme de fdp, la claque a été réelle, en particulier parce que je n'attendais rien. Cripure est un personnage tellement fascinant dans son écriture qu'il m'arrive souvent dans la vie d'en repérer des traits chez certaines personnes, ça m'amuse et me fait toujours une peu de peine à chaque fois, car ce type a vraiment raté sa vie comme on peut aisément la rater, en passant bêtement à côté. Dès lors toute son existence n'est qu'un empilement de frustrations et de plaies mal-refermées, ses failles ne sont pas différentes des autres, mais son attitude fait qu'elles ont petit à petit parasité l'ensemble de sa vie, à la fin il ne reste qu'une coque percée de partout dont la gifle précipite le naufrage. J'y pense souvent avec affection avant que l'odeur générale du livre (les chiens, le cloporte, Maïa, Nabucet en train de pousser de la fonte avec un air ridicule, la peau de bique, etc.) ne me rattrape.

C'est un livre qui m'accompagne depuis deux ans maintenant, je pense qu'il le fera encore longtemps.

Je n'en avais jamais entendu parler avant de voir passer le titre sur le forum :oui:
En lisant la quatrième de couverture je m'attendais à autre chose, au drame d'un Cripure tout simplement victime des autres, et à une autre tonalité ; mais le personnage présente une figure plus intéressante. A travers lui, le roman semble contrarier / tempérer toute transcendance / espérance, à quelques notables exceptions près portées par d'autres personnages. Puis oui, il y a cette réflexion possible sur l'idée de rater sa vie, sans pouvoir ou vouloir rattraper le coup. Je pense que ce qui m'a paru être une certaine lourdeur au niveau de la composition ou du traitement des personnages a fait que j'ai pu moins adhérer par moment, esthétiquement parlant, mais en même temps, le côté un peu étouffé de l'écriture, des scènes, répondait bien à l'atmosphère d'ensemble. Et je retrouve mon impression dans ce que tu dis de l'"odeur générale du livre" :oui:

HydredeChambre
HydredeChambre
Niveau 22
02 octobre 2021 à 22:45:03

Sinon dernièrement j’ai emprunté et lu Au jour le jour, de Saul Bellow, un recueil de quelques nouvelles. Je n’avais jamais lu cet auteur ; je cherchais le fameux Herzog au cas où à la bibli, mais il n’y avait que ce livre. Les protagonistes y sont en proie à l’insuccès, à la malchance, au doute ; c’était assez “rafraîchissant” dans l’écriture, avec un humour pas mal.

Ensuite j’ai lu Le Jardin des Finzi-Contini de Giorgio Bassani (croisé à tout hasard à la lettre B de la bibli en cherchant le Bellow donc), roman dont le narrateur revient sur l’époque révolue où il fréquentait une famille aristocratique juive, au moment où l’Italie fasciste met en place des lois ségrégationnistes contre les Juifs. C’est une œuvre douce-amère, toute empreinte de mélancolie, marquée par la catastrophe annoncée dès le début. On part d’une tombe. La mort, la maladie et la menace grandissante contaminent la vie, quand le domaine des Finzi-Contini est voué à demeurer un espace préservé, une sorte d’Eden pris dans un éternel présent, mais aussi un point aveugle, ou accueillant la fatalité, et faussement à l’abri de l’Histoire qui fera néanmoins une brèche dans ses murs. Comme pour toujours dépassée par les premiers souvenirs d’enfance, l’histoire d’amour entre le narrateur et Micòl n’y prend pas. J’ai apprécié le traitement brut de leur relation complexe ainsi que de celles des autres personnages entre eux. Et la réflexion possible sur le temps, la vivacité du souvenir face à l’avenir incertain ou absent. Beau roman triste.

DevantJerusalem
DevantJerusalem
Niveau 10
04 octobre 2021 à 10:31:38

Fini Jeux africains d'Ernst Jünger, lu presque d'une traite ce matin.

Un jeune Allemand qui rêve des mystères de l'Afrique va fuguer en France pour rejoindre la Légion, va balayer une caserne algérienne, trois petits tours et puis s'en va, c'est du bon gros bildung autobiographique très premier XXe.

A peu près aucune originalité pour qui a déjà tapé dans le registre, que ce soit chez Jünger lui-même, chez Hesse, chez Bernhard dans un style plus désespéré, voire chez Goethe ou Mann, mais c'est très agréable à la lecture et tout à fait efficace.

__________

Globalement ce n'est pas le premier roman de garnison maghrébine que je tape depuis ma découverte de Biribi, et je me demande si une étude un peu systématique de ce corpus a été effectuée, sinon ce serait une idée à creuser.

E-180
E-180
Niveau 31
04 octobre 2021 à 23:22:57

C'est pas ce qui m'attire le plus chez Jünger, mais pourquoi pas à l'occase.

Tu pensais à un roman de Bernhard en particulier?

Message édité le 04 octobre 2021 à 23:23:18 par E-180
DevantJerusalem
DevantJerusalem
Niveau 10
05 octobre 2021 à 06:24:52

Je pensais un peu à L'Origine qui est à mi-chemin entre ses obsessions habituelles sur la monstruosité suicidante des Autrichiens et ce modèle assez germanique du roman d'éducation / de contre-éducation.

Je ne les ai pas tous lus mais je crois qu'il en a fait au moins un autre dans ce style, le style un peu du premier Hesse ou de Törless même si Bernhard garde toujours sa spécificité.

DevantJerusalem
DevantJerusalem
Niveau 10
05 octobre 2021 à 06:30:45

Après on est d'accord chez Bernhard ça ne passe pas par le voyage. Mais chez Jünger le voyage est décevant parce que les choses réelles ne sont pas romantiques et le vrai fond initiatique c'est la rencontre des hommes et la façon dont ils créent des groupes, des sociétés en somme.

Bernhard ne parle guère que de ça au fil de ses œuvres (et des solitaires qui par contrecoup souffrent de cette sociabilité), il en a simplement une perception ultra mortifère.

Il est anti-initiatique peut-être en ce sens mais le rejet de ce que les autres hommes ont à apprendre construit tout de même une sorte de formation.

C'est plutôt le côté roman d'école qui me faisait rajouter l'Autrichien en l'occurrence. Mais roman d'éducation a maille à partir avec le modèle du roman d'initiation et les deux se ressemblent structurellement je crois.

DevantJerusalem
DevantJerusalem
Niveau 10
05 octobre 2021 à 06:44:36

Sinon je suis en train de me relire le Curé de campagne parce que ça fait longtemps, j'ai relu la première partie hier avant de me coucher.

Super portrait de l'ascension assez baroque d'un Auvergnat, bizarrement égoïste et dévoué qui se monte une sorte de pré-palais Cheval en ferraillant et qui marie sa fille à un banquier d'une étonnante contemporanéité, encore plus que ceux que l'on voit d'ordinaire dans ses romans parisiens.

C'est aussi un de ces bouquins qui permettent de bien saisir la pensée idéalisante de Balzac, et qui explique aussi ses contradictions ou sa réception par des groupes politiques bien différents entre eux. Il récupère à la droite le désir d'une élite autoritaire et forte d'un petit nombre d'élus qui s'appuient directement sur le soutien de la base qui concentre son énergie genkidamesque vers ses bons maîtres. Si ça ne marche pas sous la Restauration, c'est parce que ce rapport est parasité par tout un tas de parasites intermédiaires, bourgeois d'affaire et autres professions libérales abusives qui saturent et junglisent le haut de la classe moyenne.

Finalement ce petit gros est un simple populiste comme les autres.

BonEnParis
BonEnParis
Niveau 11
06 octobre 2021 à 12:49:48

J'ai tenté Simetierre après Misery, je suis toujours aussi mitigé. Y a pas mal de passages qui sont long pour pas grand chose, et j'ai encore du mal a ressentir le coté oppressant/angoisse.

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 06 octobre 2021 à 13:44:48

Simetierre est mon préféré juste à cause d'une scène en particulier, la seule qui m'ait effrayé dans un King https://image.noelshack.com/fichiers/2018/41/2/1539113767-gimli-souffleeclairci.png

El_Topo
El_Topo
Niveau 40
07 octobre 2021 à 14:13:25

Vij, une longue nouvelle de Gogol...J'enchainerai avec Le Poisson Scorpion de Bouvier !

E-180
E-180
Niveau 31
08 octobre 2021 à 18:25:22

Je suis sur Journal du voleur de Genêt.

J'ai beaucoup de peine. Les 100 premières pages passaient bien, mais là je suis en totale indigestion et vu que je suis seulement au tiers ça risque d'être pénible. Il saute du coq à l'âne sans arrêt, il y a aucun moyen de se rattacher à quoi que ce soit, très peu d'unité, et même pas de progression thématique. Il enchaîne les réflexions à tout propos et j'arrive pas à percer une quelconque logique organisationnelle derrière.

Ca pourrait passer si le propos se renouvelait, mais ça boucle sur 2-3 motifs sans cesse, ça doit faire 30 pages que j'ai pas eu l'impression de lire un truc neuf. Ce genre de proposition ça peut passer en fragments, mais là il dévide sa pelote sans interruption, c'est épuisant de confusion, peut se raccrocher à rien. Et c'est pas une obscurité travaillée ou poétique, plus comme un truc pas fini, des notes retrouvées pêle-mêle qu'on aurait publiées en l'état.

Et c'est chiant, parce qu'il y a des passages fabuleux, mais toutes ces scories les noient.

Message édité le 08 octobre 2021 à 18:28:27 par E-180
Regicide1
Regicide1
Niveau 9
09 octobre 2021 à 00:05:22

J'ai donné une nouvelle chance à Vargas Llosa après ma lecture un peu malheureuse de Pantaleon et les visiteuses en lisant Aux Cinq Rues, Lima.

J'ai beaucoup aimé, même si la forme est bien moins ambitieuse que dans Pantaleon, il reste qu'on assiste à une nouvelle comédie de moeurs franchement tragique où la dynamique de la compromission gagne petit à petit chacun des personnages en finissant sur un bel effet de boucle. C'est un roman assez récent dont je n'avais jamais entendu parler, je l'ai trouvé au pif chez le bouquiniste, il en vaut la peine et ça me conforte dans l'idée de lire plus du Nobel péruvien.

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