Fais donc.
Je suis tombé sur le Faust chez garnier, traduit par De Nerval, ça en dit quoi ici?
A lire? A éviter? A lire en plus d'une autre traduction? :markowicz:
Faut pas s'attendre à quelque chose de sombre sur une destinée humaine consumée parce que ça relève en fait beaucoup plus d'une forme de comique pérégrin et champêtre qui s'empare d'un surnaturel de folklore, comparable à ce que développeront les Russes plus tard, je pense notamment à Pouchkine.
J'aime bien cette école des diableries chemin faisant. Ca ressemble aussi un peu à ce qu'on faisait en roman philosophique en XVIIIe, il y a de la frivolité et une prétention à voir sous le masque humain grâce à des "monstres" qui servent essentiellement de révélateur.
La Nerval a priori réécrit beaucoup, au point de changer parfois carrément le genre et d'être de temps en temps abordée comme une quasi-oeuvre intègre. Mais elle est piquante.
Le 25 septembre 2021 à 11:56:51 :
Mon père s'est intéressé au Phédon de Platon suite à une émission radio de france culture y a quelques joursje lui ai filé le bouquin et j'en profite pour le relire.
Quelle édition ? ![]()
Le 25 septembre 2021 à 12:55:03 :
Le 25 septembre 2021 à 11:56:51 :
Mon père s'est intéressé au Phédon de Platon suite à une émission radio de france culture y a quelques joursje lui ai filé le bouquin et j'en profite pour le relire.
Quelle édition ?
GF et de poche. J'aurais préféré lui donner les oeuvres complètes mais c'est pas pratique dans un camion.
J'ai fini l'inconnu de la seine de Guillaume Musso, pas son meilleur j'aimerais avoir votre avis ceux qui l'ont lu
Le 25 septembre 2021 à 12:28:32 :
Je suis tombé sur le Faust chez garnier, traduit par De Nerval, ça en dit quoi ici?
A lire? A éviter? A lire en plus d'une autre traduction? :markowicz:
Tu devrais aussi lire celui de Marlowe, c'est intéressant comme vision. Assez drôle en fait.
J’ai terminé Le Sang noir il y a plusieurs jours, après presque un mois de lecture (interruption momentanée et concentration laborieuse
).
Il m’a plu, je l’ai trouvé intéressant, même si j’ai encore du mal à m’en faire une opinion bien nette. N’en faire qu’une œuvre pacifiste dénonçant la bassesse et la bêtise au temps de la grande guerre, même si elles sont effectivement omniprésentes, me paraîtrait un peu réducteur. En évoquant l’antinomie entre les idéaux, les aspirations individuelles, et la société et ses contraintes, elle interroge certains positionnements moraux sans forcément livrer de réponse. Le cœur du roman se situe dans le personnage de Cripure, qui je trouve est tout autant victime de lui-même que des autres.
Cripure est un véritable anti-héros, une figure d’asocial grotesque et pathétique qui semble continuer de vivre pour rien, hormis médiocrement en attendant sa retraite tout en ruminant un vieux souvenir douloureux : la perte de son amour dans l’échec de son mariage avec Toinette. L’homme est un “raté”. Même le “fils” qu’il a eu d’une “souillon” n’est peut-être pas le sien, présence superflue qui souligne l’absence de la femme qu’il a aimée. Comme ayant déjà un pied hors de ce monde, il vit parmi ses chiens et les puces. Sa vieille peau de bique le déshumanise, une peau de renard est rangée à côté de ses “belles nippes” ; entre les murs de son bureau pareil à une cave humide, il est lui-même l’un de ces “cloportes” qu’il fustige à longueur de temps. A cause de son acromégalie, il est pris au piège d’une maladresse pataude.
Mais surtout, Cripure est un farouche individualiste, désillusionné et pessimiste. Il n’accepte aucune idole et s’est réfugié dans le mépris du “troupeau” et des “dupes” des institutions sociales. Il ne croit pas aux autres, ni en un idéal socialiste ou à la moindre conquête de l’homme sur lui-même, ni en Dieu. Il tient désormais une sorte de position sourde et muette davantage qu’une philosophie, et semble même se refuser à penser et à donner à penser. L’ancien élève qui avait cru en lui et qui espère trouver en lui un recours, un “esprit”, finit par se rendre compte de l’escroquerie : non seulement Cripure n’a rien à donner, mais il se plaît lui-même à détruire la figure romantique et “intransigeante” du philosophe Turnier telle qu’il l’avait dépeinte, déformée, dans sa thèse, dans l’espoir de toucher et de faire revenir Toinette. L’amour de celle-ci semble avoir été, comme une anomalie sur son parcours, la seule possibilité de bonheur, à laquelle il n’a pas cru, et la seule matière à vérité.
De par sa personnalité individualiste, le lien de Cripure avec la situation nationale est très ténu : il semble exister sur fond de guerre sans que celle-ci ne l’affecte réellement au-delà du mépris qu’il a pour la chose, hormis à de rares moments où il semble reparticiper de la société, et de la douleur et du destin communs (par exemple lorsqu’il aperçoit la gueule cassée, quand il donne de l’argent à son “fils” qui part au front, etc.). Pour lui, la guerre est un “conte sanglant”, et l’humanité est de toute façon vouée à être balayée dans un bain de sang. Certes il peste contre la fièvre patriotique et propagandiste, mais ça s’arrête là : il n’agit pas, ne se révolte pas – jusqu’à la “gifle globale” donnée à Nabucet, geste central qui précipitera son destin. Si cette gifle est provoquée par un Nabucet anti-mutinerie, qui représente tout ce qu’il déteste, elle signe davantage et vient aussi d’un autre temps, pour celle qu’il n’avait pas eu le courage de donner alors.
Ce qui tire le personnage de Cripure de son prosaïsme, c’est qu’il n’a pas seulement raté sa vie, il a également raté sa mort : il semble que c’est parce qu’il ne s’est pas donné la mort vingt ans plus tôt, pour ne pas avoir eu le courage du duel ou du suicide, et qu’il ne s’est pas donné à l’Autre non plus, qu’il vit sans vivre désormais, comme en sursis et constamment guetté par la mort dans la mesquinerie du quotidien (sabotage du vélo, accident de voiture). Tout grotesque qu’il est, il en devient le sujet d’une sorte de tragédie, jouet d’un sort qui l’attend et le taquine comme l’un de ses potaches. Le roman est parcouru par les présages funestes, les ombres obsédantes. La montre du portrait de Toinette lui rappelle que son temps est compté. Sa canne devient le double d’une épée pour un affrontement toujours à venir. Il sent qu’il est “foutu”. S’il ne veut pas mourir c’est parce qu’il sent que la mort le “vole”, pour n’avoir pas su prendre ce qu’il voulait de son vivant.
Il persiste ainsi dans le temps comme un être en trop, encombrant, dépossédé de tout (jusqu’à son nom), et qui n’a plus rien à faire ni à dire – hormis une œuvre pour revanche, sa Chrestomathie, pour laquelle il prend et rassemble régulièrement des notes, seule composition dans une vie qui s’est décomposée. La journée décrite dans le roman est celle de trop parmi les jours en surplus, médiocrement employés, pendant laquelle le peu de ce qui lui restait se perd : il apprend que Toinette est décédée (déjà – il a ironiquement manqué sa mort en l’apprenant deux mois plus tard dans une lettre oubliée) et sa Chrestomathie se fait déchiqueter par ses propres chiens. Et parce que n’aura pas lieu le duel contre Nabucet, son second geste sera le suicide. Il fait preuve par là du courage qu’il n’avait pas eu des années plus tôt et rejoint la figure idéale de Turnier, mais toujours de façon grotesque : là où Turnier se noie dans la mer, lui agonise dans la troïka trop petite pour accueillir entièrement son corps, cependant qu’on médite encore de la façon dont s’accaparer sa richesse. Ce qui de son vivant pouvait évoquer la vitalité, le mouvement – ses “petites bêtes” avec lesquelles il partait à la chasse, la troïka qu’il se décide à utiliser comme véhicule pour se soulager de son infirmité – l’accompagnent ironiquement dans la mort.
La guerre est autrement mise à mal, de même que l’hypocrisie, la mesquinerie et la bêtise humaines exposées : à l’arrière, on chante son patriotisme béat, on lèche des bottes, on dévisse des écrous, on dissimule, on profite. L’espace étriqué de la ville est sous la menace indirecte de la guerre qui la contamine, y fait entrer des armées, y prend des jeunes hommes pour le front et ne les rend pas, ou mutilés, au rythme des trains qui s’en vont et reviennent. Le maire, en faisant la tournée des maisons pour annoncer les “disparitions”, n’est plus qu’un messager de la mort, secrétaire débordé. Des parents impuissants sont éprouvés par la perte d’un fils. C’est l’espace routinier de la pression sociale, orchestrée par des Nabucet. Alors que la guerre est une sorte de lointain proche, en arrière-plan, on a l’impression que cette petite ville de province lui sert de coulisses, que ses acteurs principaux y sont réunis, les soldats envoyés au front n’étant que de la chair à canon secondaire. Il y a cependant des personnages qui sauvent la situation, à travers des accès d’honneur ou l’attachement sincère qu’ils portent à Cripure, comme Maïa ou d’anciens élèves.
Au-dessus de la mêlée, du massacre collectif et des rues étroites s’échappent quelques lignes de fuite, parfois rompues ou avortées – mutineries, poèmes favorables à l’insurrection, foi en l’humanité, espoir d’une Révolution. Elles s’incarnent en Lucien ou en Simone et dans l’espace multilocalisé, quasi abstrait, de l’échappatoire, de la désertion, de l’exil. Le roman s’achève sur l’évocation de la mer, lieu de départ et de commencement (Lucien) ou de fin (Turnier), mais de libération.
En une sorte d’idéal romantique qui fait pendant au massacre de masse, le souvenir de Turnier et de son amour pour Mercédès surplombe la ville et hante le roman, se ranimant en certains personnages : Cripure bien sûr, dont le destin rejoint celui de Turnier, mais aussi Mme de Villaplane, figure touchante qui incarne la Mercédès de la thèse et dont le destin fait écho à celui de Cripure ; contrairement à lui, voulant jouer contre le temps qui passe et a passé, et vivre ce qu’il y a à vivre, elle réclame de partir avec Kaminsky, infructueusement. Là où elle échoue, Simone, de son côté, réussit à se trouver une échappatoire avec duplicité.
Le roman couvre vingt-quatre heures, et j’apprécie généralement de voir comment l’auteur se débrouille avec un temps diégétique limité ; ici, cela accentue l’effet dramatique du geste charnière de la gifle, point de bascule de la fatalité dans le quotidien. L’écriture, à côté de très beaux passages, m’a semblé avoir une part de “raideur” (mais mes derniers pavés étaient plus modernistes quoique moins récents, cela a dû jouer sur ma perception), et le tout manquer de souffle, même si cela collait bien à l’affaire, je n'en ferais pas vraiment le reproche. J’ai peut-être perdu l’habitude d’un découpage en chapitres nombreux et souvent courts, mais ce découpage m’a semblé parfois briser le rythme ou s’avérer peu utile. Même si certaines scènes un peu surréalistes / étranges (les rêves, les apparitions du Cloporte et de la Bossue, le dialogue avec lui-même…) ajoutent une dimension dramatique, je les ai trouvées parfois un peu mal traitées. Les apparitions et retours de certains personnages me semblaient parfois peut-être un peu hasardeux ou avortés, même s’ils avaient plus ou moins de sens dans le discours général qu’ils enrichissent. Il y a de beaux passages, notamment descriptifs, et aussi des passages théoriquement émouvants qui laissent un peu froid (ou je n’étais pas d’humeur). J’ai trouvé bons les derniers chapitres, et le final, avec les personnages rassemblés autour du mourant.
La soustraction des possibles de Joseph Incardona.
De l'assassinat considéré comme un des beaux-arts de Quincey
Tordant au début, assez poseur par la suite. J'ai le sentiment que l'auteur se repose constamment sur le scandale de son idée, sans pour autant aller très loin. Il tourne sans cesse en rond avec le décalage entre le ton et le sujet. Aussi, j'ai tendance à penser que ce livre aurait plutôt dû être écrit par Sade pour vraiment aller au coeur du concept.
Le 25 septembre 2021 à 19:11:32 :
J’ai terminé Le Sang noir il y a plusieurs jours, après presque un mois de lecture (interruption momentanée et concentration laborieuse).
Il m’a plu, je l’ai trouvé intéressant, même si j’ai encore du mal à m’en faire une opinion bien nette. N’en faire qu’une œuvre pacifiste dénonçant la bassesse et la bêtise au temps de la grande guerre, même si elles sont effectivement omniprésentes, me paraîtrait un peu réducteur. En évoquant l’antinomie entre les idéaux, les aspirations individuelles, et la société et ses contraintes, elle interroge certains positionnements moraux sans forcément livrer de réponse. Le cœur du roman se situe dans le personnage de Cripure, qui je trouve est tout autant victime de lui-même que des autres.
Cripure est un véritable anti-héros, une figure d’asocial grotesque et pathétique qui semble continuer de vivre pour rien, hormis médiocrement en attendant sa retraite tout en ruminant un vieux souvenir douloureux : la perte de son amour dans l’échec de son mariage avec Toinette. L’homme est un “raté”. Même le “fils” qu’il a eu d’une “souillon” n’est peut-être pas le sien, présence superflue qui souligne l’absence de la femme qu’il a aimée. Comme ayant déjà un pied hors de ce monde, il vit parmi ses chiens et les puces. Sa vieille peau de bique le déshumanise, une peau de renard est rangée à côté de ses “belles nippes” ; entre les murs de son bureau pareil à une cave humide, il est lui-même l’un de ces “cloportes” qu’il fustige à longueur de temps. A cause de son acromégalie, il est pris au piège d’une maladresse pataude.
Mais surtout, Cripure est un farouche individualiste, désillusionné et pessimiste. Il n’accepte aucune idole et s’est réfugié dans le mépris du “troupeau” et des “dupes” des institutions sociales. Il ne croit pas aux autres, ni en un idéal socialiste ou à la moindre conquête de l’homme sur lui-même, ni en Dieu. Il tient désormais une sorte de position sourde et muette davantage qu’une philosophie, et semble même se refuser à penser et à donner à penser. L’ancien élève qui avait cru en lui et qui espère trouver en lui un recours, un “esprit”, finit par se rendre compte de l’escroquerie : non seulement Cripure n’a rien à donner, mais il se plaît lui-même à détruire la figure romantique et “intransigeante” du philosophe Turnier telle qu’il l’avait dépeinte, déformée, dans sa thèse, dans l’espoir de toucher et de faire revenir Toinette. L’amour de celle-ci semble avoir été, comme une anomalie sur son parcours, la seule possibilité de bonheur, à laquelle il n’a pas cru, et la seule matière à vérité.
De par sa personnalité individualiste, le lien de Cripure avec la situation nationale est très ténu : il semble exister sur fond de guerre sans que celle-ci ne l’affecte réellement au-delà du mépris qu’il a pour la chose, hormis à de rares moments où il semble reparticiper de la société, et de la douleur et du destin communs (par exemple lorsqu’il aperçoit la gueule cassée, quand il donne de l’argent à son “fils” qui part au front, etc.). Pour lui, la guerre est un “conte sanglant”, et l’humanité est de toute façon vouée à être balayée dans un bain de sang. Certes il peste contre la fièvre patriotique et propagandiste, mais ça s’arrête là : il n’agit pas, ne se révolte pas – jusqu’à la “gifle globale” donnée à Nabucet, geste central qui précipitera son destin. Si cette gifle est provoquée par un Nabucet anti-mutinerie, qui représente tout ce qu’il déteste, elle signe davantage et vient aussi d’un autre temps, pour celle qu’il n’avait pas eu le courage de donner alors.
Ce qui tire le personnage de Cripure de son prosaïsme, c’est qu’il n’a pas seulement raté sa vie, il a également raté sa mort : il semble que c’est parce qu’il ne s’est pas donné la mort vingt ans plus tôt, pour ne pas avoir eu le courage du duel ou du suicide, et qu’il ne s’est pas donné à l’Autre non plus, qu’il vit sans vivre désormais, comme en sursis et constamment guetté par la mort dans la mesquinerie du quotidien (sabotage du vélo, accident de voiture). Tout grotesque qu’il est, il en devient le sujet d’une sorte de tragédie, jouet d’un sort qui l’attend et le taquine comme l’un de ses potaches. Le roman est parcouru par les présages funestes, les ombres obsédantes. La montre du portrait de Toinette lui rappelle que son temps est compté. Sa canne devient le double d’une épée pour un affrontement toujours à venir. Il sent qu’il est “foutu”. S’il ne veut pas mourir c’est parce qu’il sent que la mort le “vole”, pour n’avoir pas su prendre ce qu’il voulait de son vivant.
Il persiste ainsi dans le temps comme un être en trop, encombrant, dépossédé de tout (jusqu’à son nom), et qui n’a plus rien à faire ni à dire – hormis une œuvre pour revanche, sa Chrestomathie, pour laquelle il prend et rassemble régulièrement des notes, seule composition dans une vie qui s’est décomposée. La journée décrite dans le roman est celle de trop parmi les jours en surplus, médiocrement employés, pendant laquelle le peu de ce qui lui restait se perd : il apprend que Toinette est décédée (déjà – il a ironiquement manqué sa mort en l’apprenant deux mois plus tard dans une lettre oubliée) et sa Chrestomathie se fait déchiqueter par ses propres chiens. Et parce que n’aura pas lieu le duel contre Nabucet, son second geste sera le suicide. Il fait preuve par là du courage qu’il n’avait pas eu des années plus tôt et rejoint la figure idéale de Turnier, mais toujours de façon grotesque : là où Turnier se noie dans la mer, lui agonise dans la troïka trop petite pour accueillir entièrement son corps, cependant qu’on médite encore de la façon dont s’accaparer sa richesse. Ce qui de son vivant pouvait évoquer la vitalité, le mouvement – ses “petites bêtes” avec lesquelles il partait à la chasse, la troïka qu’il se décide à utiliser comme véhicule pour se soulager de son infirmité – l’accompagnent ironiquement dans la mort.
La guerre est autrement mise à mal, de même que l’hypocrisie, la mesquinerie et la bêtise humaines exposées : à l’arrière, on chante son patriotisme béat, on lèche des bottes, on dévisse des écrous, on dissimule, on profite. L’espace étriqué de la ville est sous la menace indirecte de la guerre qui la contamine, y fait entrer des armées, y prend des jeunes hommes pour le front et ne les rend pas, ou mutilés, au rythme des trains qui s’en vont et reviennent. Le maire, en faisant la tournée des maisons pour annoncer les “disparitions”, n’est plus qu’un messager de la mort, secrétaire débordé. Des parents impuissants sont éprouvés par la perte d’un fils. C’est l’espace routinier de la pression sociale, orchestrée par des Nabucet. Alors que la guerre est une sorte de lointain proche, en arrière-plan, on a l’impression que cette petite ville de province lui sert de coulisses, que ses acteurs principaux y sont réunis, les soldats envoyés au front n’étant que de la chair à canon secondaire. Il y a cependant des personnages qui sauvent la situation, à travers des accès d’honneur ou l’attachement sincère qu’ils portent à Cripure, comme Maïa ou d’anciens élèves.
Au-dessus de la mêlée, du massacre collectif et des rues étroites s’échappent quelques lignes de fuite, parfois rompues ou avortées – mutineries, poèmes favorables à l’insurrection, foi en l’humanité, espoir d’une Révolution. Elles s’incarnent en Lucien ou en Simone et dans l’espace multilocalisé, quasi abstrait, de l’échappatoire, de la désertion, de l’exil. Le roman s’achève sur l’évocation de la mer, lieu de départ et de commencement (Lucien) ou de fin (Turnier), mais de libération.
En une sorte d’idéal romantique qui fait pendant au massacre de masse, le souvenir de Turnier et de son amour pour Mercédès surplombe la ville et hante le roman, se ranimant en certains personnages : Cripure bien sûr, dont le destin rejoint celui de Turnier, mais aussi Mme de Villaplane, figure touchante qui incarne la Mercédès de la thèse et dont le destin fait écho à celui de Cripure ; contrairement à lui, voulant jouer contre le temps qui passe et a passé, et vivre ce qu’il y a à vivre, elle réclame de partir avec Kaminsky, infructueusement. Là où elle échoue, Simone, de son côté, réussit à se trouver une échappatoire avec duplicité.Le roman couvre vingt-quatre heures, et j’apprécie généralement de voir comment l’auteur se débrouille avec un temps diégétique limité ; ici, cela accentue l’effet dramatique du geste charnière de la gifle, point de bascule de la fatalité dans le quotidien. L’écriture, à côté de très beaux passages, m’a semblé avoir une part de “raideur” (mais mes derniers pavés étaient plus modernistes quoique moins récents, cela a dû jouer sur ma perception), et le tout manquer de souffle, même si cela collait bien à l’affaire, je n'en ferais pas vraiment le reproche. J’ai peut-être perdu l’habitude d’un découpage en chapitres nombreux et souvent courts, mais ce découpage m’a semblé parfois briser le rythme ou s’avérer peu utile. Même si certaines scènes un peu surréalistes / étranges (les rêves, les apparitions du Cloporte et de la Bossue, le dialogue avec lui-même…) ajoutent une dimension dramatique, je les ai trouvées parfois un peu mal traitées. Les apparitions et retours de certains personnages me semblaient parfois peut-être un peu hasardeux ou avortés, même s’ils avaient plus ou moins de sens dans le discours général qu’ils enrichissent. Il y a de beaux passages, notamment descriptifs, et aussi des passages théoriquement émouvants qui laissent un peu froid (ou je n’étais pas d’humeur). J’ai trouvé bons les derniers chapitres, et le final, avec les personnages rassemblés autour du mourant.
Le pavé est énorme
J’espère que quelqu’un te lira 
ÉDIT: Sinon j’ai commencé 1984.. ![]()
Le 26 septembre 2021 à 15:15:55 :
De l'assassinat considéré comme un des beaux-arts de QuinceyTordant au début, assez poseur par la suite. J'ai le sentiment que l'auteur se repose constamment sur le scandale de son idée, sans pour autant aller très loin. Il tourne sans cesse en rond avec le décalage entre le ton et le sujet. Aussi, j'ai tendance à penser que ce livre aurait plutôt dû être écrit par Sade pour vraiment aller au coeur du concept.
Intéressant. Je vais le lire.
Le 25 septembre 2021 à 22:24:50 :
La soustraction des possibles de Joseph Incardona.
J'ai lu Derrière les panneaux il y a des hommes récemment. La première moitié était parfaite, toute la dégueulasserie et tristesse des aires d'autoroute exsudaient des pages. Gros travail sur les fluides corporelles, le gras, les capotes usagées, la merde, sans que ça tombe dans le ridicule. Malheureusement il salope cette organicité brute petit à petit avec l'ajout de personnages symboliques et de réflexions métaphysiques grandiloquentes gênantes. Si on rajoute son style haché et martelé qui tente d'installer une tension solennelle au marteau, ça devient vite ridicule et insupportable.
Apparemment celui-là a quelques bons retours, mais j'imagine qu'il y a ces mêmes travers qui me casseraient les couilles.
Je viens de terminer Le Colonel Chabert. J'ai bien aimé! Je ne sais pas trop quoi lire à présent... ![]()
Sinon j'ai fini En guerre de Bégaudeau hier, bien aimé. Le début notamment où les parcours et habitudes des deux personnages sont entremêlés est très habile, ça t'oblige à être attentif et à bien noter et enregistrer ces différences sociales, ludique.
Sinon, c'est du roman sociologisant qui parvient à ne pas tomber dans un réalisme plat et gris à la Loach (disons à la Daniel Blake), il y a des portraits prolo que je trouve assez réussis dans leur nuance, ça marche bien. Par contre la trame est un peu poussive par moment, et la fin tombe à plat. J'ai l'impression que Bégaudeau sait pas comment finir ses romans, sans doute parce que raconter une histoire l'intéresse beaucoup moins qu'exposer un milieu, des psychologies, des habitus à l'action.
Là j'ai commencé Disgrace de Coetzee, jamais rien lu du zig, on verra bien. En tout cas c'est un anglais qui se lit easy.
Comme j'ai coutume de faire, voici un bilan mi-lecture du roman que je lis actuellement.
Il s'agit de "Vie et destin" de Vassili Grossman. J'en ai lu 570 pages sur presque 1200, mais je peux livrer quelques premières impressions.
Pour le résumer vraiment brièvement, on suit l'histoire de nombreux personnages Russes (mais pas que d'ailleurs) durant la deuxième guerre mondiale, et plus précisément pendant la bataille de Stalingrad. Les destins et les personnages se croisent, il y a quelques personnages principaux mais j'attendrai de finir le roman pour les énumérer.
J'entendais souvent du très positif autour de ce roman, de l'écriture de son auteur et de l'histoire. Donc clairement c'est mérité, je trouve que les personnages sont très profonds, très riches, variés. Pourtant il y en a énormément (en plus de ça c'est seulement le deuxième roman Russe que je lis après "L'idiot" et clairement c'est parfois complexes de retenir leurs noms. En sachant qu'il y a également des surnoms tout ça etc...). Donc conseil de lecture, faites une fiche de personnages tout simplement, depuis que je fais ça c'est plus clair.
En ce qui concerne l'histoire, comme j'avais dit on suit les "aventures" de plusieurs personnages, certains reviennent et d'autres non. Mais clairement, la beauté de l'écriture de Vassili Grossman, mêlée à cette grande fresque tragique qu'amène la guerre c'est très percutant. Il y a des passages où j'ai arrêté ma lecture, pour réfléchir à ce que j'avais lu ou même relire.
J'ai pas noté évidemment toutes les phrases que j'ai apprécié, en étant plongé dans le lecture, mais en voici une nous deux :
Page 152 sur les soldats "Le soldat s'habitue à tout. La terre lui sert de lit et le ciel de couverture. Mais il y a une chose à laquelle il est impossible de s'habituer, c'est d'être séparé de ses enfants"
Page 260,j'ai bien aimé cette formule autour de la "Vie" et de "l'existence"
"Sofia Ossipovna croyait avoir compris maintenant la différence entre la vie et l'existence. Sa vie était finie, mais l'existence, elle, durait encore. Et bien que cette existence fût misérable, la pensée d'une mort prochaine emplissait le cœur de terreur.
Je n'ai encore jamais lu de Tolstoi, mais il paraît qu'il y a un peu de ça dans ce roman. Avec le mélange de réalité et de fictions autour de la guerre, des batailles.
Bon je vais écourter mon propos et en garder pour mon appréciation finale, en sachant que je n'ai à peine lu la moitié du roman. Même si déjà beaucoup d'informations et de choses à dire s'y trouvaient.
Le 25 septembre 2021 à 19:11:32 :
J’ai terminé Le Sang noir il y a plusieurs jours, après presque un mois de lecture (interruption momentanée et concentration laborieuse).
Il m’a plu, je l’ai trouvé intéressant, même si j’ai encore du mal à m’en faire une opinion bien nette. N’en faire qu’une œuvre pacifiste dénonçant la bassesse et la bêtise au temps de la grande guerre, même si elles sont effectivement omniprésentes, me paraîtrait un peu réducteur. En évoquant l’antinomie entre les idéaux, les aspirations individuelles, et la société et ses contraintes, elle interroge certains positionnements moraux sans forcément livrer de réponse. Le cœur du roman se situe dans le personnage de Cripure, qui je trouve est tout autant victime de lui-même que des autres.
Cripure est un véritable anti-héros, une figure d’asocial grotesque et pathétique qui semble continuer de vivre pour rien, hormis médiocrement en attendant sa retraite tout en ruminant un vieux souvenir douloureux : la perte de son amour dans l’échec de son mariage avec Toinette. L’homme est un “raté”. Même le “fils” qu’il a eu d’une “souillon” n’est peut-être pas le sien, présence superflue qui souligne l’absence de la femme qu’il a aimée. Comme ayant déjà un pied hors de ce monde, il vit parmi ses chiens et les puces. Sa vieille peau de bique le déshumanise, une peau de renard est rangée à côté de ses “belles nippes” ; entre les murs de son bureau pareil à une cave humide, il est lui-même l’un de ces “cloportes” qu’il fustige à longueur de temps. A cause de son acromégalie, il est pris au piège d’une maladresse pataude.
Mais surtout, Cripure est un farouche individualiste, désillusionné et pessimiste. Il n’accepte aucune idole et s’est réfugié dans le mépris du “troupeau” et des “dupes” des institutions sociales. Il ne croit pas aux autres, ni en un idéal socialiste ou à la moindre conquête de l’homme sur lui-même, ni en Dieu. Il tient désormais une sorte de position sourde et muette davantage qu’une philosophie, et semble même se refuser à penser et à donner à penser. L’ancien élève qui avait cru en lui et qui espère trouver en lui un recours, un “esprit”, finit par se rendre compte de l’escroquerie : non seulement Cripure n’a rien à donner, mais il se plaît lui-même à détruire la figure romantique et “intransigeante” du philosophe Turnier telle qu’il l’avait dépeinte, déformée, dans sa thèse, dans l’espoir de toucher et de faire revenir Toinette. L’amour de celle-ci semble avoir été, comme une anomalie sur son parcours, la seule possibilité de bonheur, à laquelle il n’a pas cru, et la seule matière à vérité.
De par sa personnalité individualiste, le lien de Cripure avec la situation nationale est très ténu : il semble exister sur fond de guerre sans que celle-ci ne l’affecte réellement au-delà du mépris qu’il a pour la chose, hormis à de rares moments où il semble reparticiper de la société, et de la douleur et du destin communs (par exemple lorsqu’il aperçoit la gueule cassée, quand il donne de l’argent à son “fils” qui part au front, etc.). Pour lui, la guerre est un “conte sanglant”, et l’humanité est de toute façon vouée à être balayée dans un bain de sang. Certes il peste contre la fièvre patriotique et propagandiste, mais ça s’arrête là : il n’agit pas, ne se révolte pas – jusqu’à la “gifle globale” donnée à Nabucet, geste central qui précipitera son destin. Si cette gifle est provoquée par un Nabucet anti-mutinerie, qui représente tout ce qu’il déteste, elle signe davantage et vient aussi d’un autre temps, pour celle qu’il n’avait pas eu le courage de donner alors.
Ce qui tire le personnage de Cripure de son prosaïsme, c’est qu’il n’a pas seulement raté sa vie, il a également raté sa mort : il semble que c’est parce qu’il ne s’est pas donné la mort vingt ans plus tôt, pour ne pas avoir eu le courage du duel ou du suicide, et qu’il ne s’est pas donné à l’Autre non plus, qu’il vit sans vivre désormais, comme en sursis et constamment guetté par la mort dans la mesquinerie du quotidien (sabotage du vélo, accident de voiture). Tout grotesque qu’il est, il en devient le sujet d’une sorte de tragédie, jouet d’un sort qui l’attend et le taquine comme l’un de ses potaches. Le roman est parcouru par les présages funestes, les ombres obsédantes. La montre du portrait de Toinette lui rappelle que son temps est compté. Sa canne devient le double d’une épée pour un affrontement toujours à venir. Il sent qu’il est “foutu”. S’il ne veut pas mourir c’est parce qu’il sent que la mort le “vole”, pour n’avoir pas su prendre ce qu’il voulait de son vivant.
Il persiste ainsi dans le temps comme un être en trop, encombrant, dépossédé de tout (jusqu’à son nom), et qui n’a plus rien à faire ni à dire – hormis une œuvre pour revanche, sa Chrestomathie, pour laquelle il prend et rassemble régulièrement des notes, seule composition dans une vie qui s’est décomposée. La journée décrite dans le roman est celle de trop parmi les jours en surplus, médiocrement employés, pendant laquelle le peu de ce qui lui restait se perd : il apprend que Toinette est décédée (déjà – il a ironiquement manqué sa mort en l’apprenant deux mois plus tard dans une lettre oubliée) et sa Chrestomathie se fait déchiqueter par ses propres chiens. Et parce que n’aura pas lieu le duel contre Nabucet, son second geste sera le suicide. Il fait preuve par là du courage qu’il n’avait pas eu des années plus tôt et rejoint la figure idéale de Turnier, mais toujours de façon grotesque : là où Turnier se noie dans la mer, lui agonise dans la troïka trop petite pour accueillir entièrement son corps, cependant qu’on médite encore de la façon dont s’accaparer sa richesse. Ce qui de son vivant pouvait évoquer la vitalité, le mouvement – ses “petites bêtes” avec lesquelles il partait à la chasse, la troïka qu’il se décide à utiliser comme véhicule pour se soulager de son infirmité – l’accompagnent ironiquement dans la mort.
La guerre est autrement mise à mal, de même que l’hypocrisie, la mesquinerie et la bêtise humaines exposées : à l’arrière, on chante son patriotisme béat, on lèche des bottes, on dévisse des écrous, on dissimule, on profite. L’espace étriqué de la ville est sous la menace indirecte de la guerre qui la contamine, y fait entrer des armées, y prend des jeunes hommes pour le front et ne les rend pas, ou mutilés, au rythme des trains qui s’en vont et reviennent. Le maire, en faisant la tournée des maisons pour annoncer les “disparitions”, n’est plus qu’un messager de la mort, secrétaire débordé. Des parents impuissants sont éprouvés par la perte d’un fils. C’est l’espace routinier de la pression sociale, orchestrée par des Nabucet. Alors que la guerre est une sorte de lointain proche, en arrière-plan, on a l’impression que cette petite ville de province lui sert de coulisses, que ses acteurs principaux y sont réunis, les soldats envoyés au front n’étant que de la chair à canon secondaire. Il y a cependant des personnages qui sauvent la situation, à travers des accès d’honneur ou l’attachement sincère qu’ils portent à Cripure, comme Maïa ou d’anciens élèves.
Au-dessus de la mêlée, du massacre collectif et des rues étroites s’échappent quelques lignes de fuite, parfois rompues ou avortées – mutineries, poèmes favorables à l’insurrection, foi en l’humanité, espoir d’une Révolution. Elles s’incarnent en Lucien ou en Simone et dans l’espace multilocalisé, quasi abstrait, de l’échappatoire, de la désertion, de l’exil. Le roman s’achève sur l’évocation de la mer, lieu de départ et de commencement (Lucien) ou de fin (Turnier), mais de libération.
En une sorte d’idéal romantique qui fait pendant au massacre de masse, le souvenir de Turnier et de son amour pour Mercédès surplombe la ville et hante le roman, se ranimant en certains personnages : Cripure bien sûr, dont le destin rejoint celui de Turnier, mais aussi Mme de Villaplane, figure touchante qui incarne la Mercédès de la thèse et dont le destin fait écho à celui de Cripure ; contrairement à lui, voulant jouer contre le temps qui passe et a passé, et vivre ce qu’il y a à vivre, elle réclame de partir avec Kaminsky, infructueusement. Là où elle échoue, Simone, de son côté, réussit à se trouver une échappatoire avec duplicité.Le roman couvre vingt-quatre heures, et j’apprécie généralement de voir comment l’auteur se débrouille avec un temps diégétique limité ; ici, cela accentue l’effet dramatique du geste charnière de la gifle, point de bascule de la fatalité dans le quotidien. L’écriture, à côté de très beaux passages, m’a semblé avoir une part de “raideur” (mais mes derniers pavés étaient plus modernistes quoique moins récents, cela a dû jouer sur ma perception), et le tout manquer de souffle, même si cela collait bien à l’affaire, je n'en ferais pas vraiment le reproche. J’ai peut-être perdu l’habitude d’un découpage en chapitres nombreux et souvent courts, mais ce découpage m’a semblé parfois briser le rythme ou s’avérer peu utile. Même si certaines scènes un peu surréalistes / étranges (les rêves, les apparitions du Cloporte et de la Bossue, le dialogue avec lui-même…) ajoutent une dimension dramatique, je les ai trouvées parfois un peu mal traitées. Les apparitions et retours de certains personnages me semblaient parfois peut-être un peu hasardeux ou avortés, même s’ils avaient plus ou moins de sens dans le discours général qu’ils enrichissent. Il y a de beaux passages, notamment descriptifs, et aussi des passages théoriquement émouvants qui laissent un peu froid (ou je n’étais pas d’humeur). J’ai trouvé bons les derniers chapitres, et le final, avec les personnages rassemblés autour du mourant.
Avis remarquable de précision, on trouve presque tout le roman repris. J'avais découvert le Sang Noir par le biais de mon prof à la fac qui l'avait cité 2 secondes. Pour employer un terme de fdp, la claque a été réelle, en particulier parce que je n'attendais rien. Cripure est un personnage tellement fascinant dans son écriture qu'il m'arrive souvent dans la vie d'en repérer des traits chez certaines personnes, ça m'amuse et me fait toujours une peu de peine à chaque fois, car ce type a vraiment raté sa vie comme on peut aisément la rater, en passant bêtement à côté. Dès lors toute son existence n'est qu'un empilement de frustrations et de plaies mal-refermées, ses failles ne sont pas différentes des autres, mais son attitude fait qu'elles ont petit à petit parasité l'ensemble de sa vie, à la fin il ne reste qu'une coque percée de partout dont la gifle précipite le naufrage. J'y pense souvent avec affection avant que l'odeur générale du livre (les chiens, le cloporte, Maïa, Nabucet en train de pousser de la fonte avec un air ridicule, la peau de bique, etc.) ne me rattrape.
C'est un livre qui m'accompagne depuis deux ans maintenant, je pense qu'il le fera encore longtemps.
L'Homme sans qualités. Il faut s'accrocher car c'est une lecture exigeante qui demande de relire plusieurs fois pour bien comprendre le sens et les implications vu que la lecture est parsemée de réflexions sur le monde et des notions plus ou moins abstraites. Par contre à lire c'est fascinant, la description de la société tout autant que les personnages qui sont étudiés dans les moindre détails.
J'aime beaucoup le personnage de Ulric le héros.
Petite relecture des Fleurs du mal de Baudelaire. 
Le Rivage des Syrtes