Le 16 mars 2020 à 16:21:35 Psuche a écrit :
L'Art d'aimer, d'Ovide
Les Diaboliques, de Barbey d'Aurevilly
J'ai pas répondu à ton mp dsl.
Ce que j'aime bien dans les diabo surtout c'est tout le thème du regardant caché, de l'allusif, des coulisses opaques. Barbey a développé dans celui-là sa fameuse théorie du soupirail, comme quoi le mal est plus inquiétant, plus fascinant, quand on entrevoit son action de manière parcellaire à travers une ouverture qui laisse beaucoup de caché, que quand on le voit illustré au grand jour. En ça, il lie parfaitement son thème à son genre choisi en faisant passer ça à travers la forme de la nouvelle enchâssée à narrateur interne. Le conteur chez barbey est toujours un peu duplique, il ménage son histoire, il "trompe" son auditoire en retenant des informations, il laisse du jeu.
Tout ça mis ensemble ça crée une ambiance feutrée, parfois malsaine, que j'aime beaucoup. Le Dessous de carte c'est une des meilleures nouvelles à relecture que j'ai lue de ma vie je crois, et on est même pas sûr d'ailleurs de ce qui s'est exactement passé. Ca marche de manière un peu inégale suivant les pièces - le rideau c'est weakos, même si le héros est bien campé dans ses attitudes de jeune pucelard, la fermeture c'est une espagnolade qui rend hommage au conte baroque, pas mon délire, le don juan est un poil anecdotique même si là encore il y a du doute bienvenu - mais dans le dessous de carte, le dîner d'athées, le bonheur, c'est top.
Sa singularité donc elle est là : par rapport à tous les écrivains du vice sensationnel, il a énormément de retenue, de pudeur presque, mais c'est une pudeur malicieuse parce que c'est celle qui sauve le mal en dernier ressort en lui permettant de s'esquiver. Le bouquin a été mal reçu des milieux religieux et contrairement à ce qu'il espérait Barbey a jamais réussi à être un écrivain référence pour le milieu catholique ultra de son temps. Il était trop complaisant avec la beauté du vice pour ça.