Pour le chilien, Le Troisième Reich est un bon début je pense. On a toutes les bases de son esthétique sans que ce soit forcément son projet narratif le plus radical et c'est un très bon livre. Sinon ses recueils de nouvelles sont excellents, notamment les Appels Téléphoniques.
Pour Giono je dirais que c'est bien de taper en premier un de ses bons classiques, typiquement Le Grand Troupeau, Le Hussard ou Un roi sans divertissement. Mais c'est pas un romancier que j'ai énormément creusé je dois dire, je connais ses grands textes.
Très bien merci. Ils sont placés dans quelle branche littéraire ? (Surtout pour Bolano). Ils abordent quelles thématiques ? Je n'ai pas une grande culture littéraire et ai donc quelques difficultés avec certains genres. Merci encore
j'irai à ma bibliothèque.
J'ai emprunté le premier tome de La Règle du jeu à la BU. Je n'ai pas énormément lu mais j'aime beaucoup, et je n'avais pas remarqué la beauté de son style dans L'Âge d'homme, donc je suis vraiment content.
Bolano c'est totalement inclassable pour moi. Il a quelques proximités avec le réalisme magique mais c'est un écrivain qui vient après le boom, après les borges, les garcia marquez, les cortazar et cie, il est beaucoup plus moderne et viscéral dans son approche. Il est venu à la prose relativement tardivement et l'univers de la poésie avant-gardiste, qui a plutôt fourni sa formation littéraire, est ultra transversal dans ses fictions. Si on devait résumer Bolano, faudrait dire à mon avis que c'est un écrivain qui pense absolument tout le monde à travers le prisme de la poésie, ce qui l'empêche pas par contre d'être extrêmement incarné, même dans les réalités basses et triviales de la vie.
Son grand thème dans les romans, c'est la fascination pour la poésie du mal : on tourne presque toujours autour de la recherche par un narrateur poète, à différents degrés, du dévoilement d'une figure mystérieuse et inquiétante mais qui échappe toujours à la rencontre, tout en se laissant approcher par des signes à décrypter sur le chemin. On a toujours une pseudo-structure de l'enquête qui parcourt ses récits mais dont les indices sont des images étranges qu'il est difficile de décoder. C'est assez difficile à expliquer, il faut le lire pour s'en rendre compte mais on est toujours dans ses romans face à la sensation d'être sur le point de comprendre un arrière-plan qui se dérobe tout de même, c'est extrêmement suggestif.
Dans Le Troisième Reich, par exemple, le personnage principal est un amateur de wargames - de plateau - allemand qui passe des vacances en Espagne et qui au fur et à mesure qu'il se perd dans l'obsession pour son jeu - il rejoue des campagnes de l'armée allemande - devient inexplicablement attiré par la figure d'un plagiste au visage brûlé qui a l'air de cacher une histoire assez noire. On a une ambiance oppressante de fin de vacances dans un hôtel qui s'évide et des figures mystérieuses entrent et sortent autour de la dualité qui se noue entre le héros et le brûlé - on a le patron de l'hôtel, malade, qui n'apparaît jamais, la patronne de l'hôtel qui attire le héros l'ayant connue plus jeune, des touristes excessifs, des locaux espagnols assez étranges qui traînent en profitant des touristes etc etc.
Mais en tentant de décrire sommairement comme ça je lui rends pas justice, faut vraiment essayer de le lire. C'est une littérature unique.
Giono il a un côté assez typique je trouve de toute cette littérature du milieu du XXe qui a eu pour objectif de réconcilier la modernité avec une forme de permanence de l'inspiration antique, ce sont de vrais esthètes qui voient le monde comme une réactualisation différente mais ouverte sur l'universelle du mythe, un peu comme Anouilh en théâtre dans une certaine mesure, ce sont des écrivains assez surplombant qui s'emparent des questions de l'homme face au monde mais toujours à travers un vieux prisme classique d'éducation à l'ancienne. Faudrait raffiner mais je suis pas mal à la bourre là et j'ai pas envie d'écrire trop de platitudes sur Giono que j'aime beaucoup ces derniers temps mais que j'ai pas encore lu assez en profondeur. Pour l'instant je retiens surtout le fait que c'est un bon exemple de ce que j'aime dans son siècle.
Le 13 mars 2019 à 14:13:02 PrinceArkadi a écrit :
J'ai emprunté le premier tome de La Règle du jeu à la BU. Je n'ai pas énormément lu mais j'aime beaucoup, et je n'avais pas remarqué la beauté de son style dans L'Âge d'homme, donc je suis vraiment content.
J'adore chez Leiris la matière qu'il a de penser le monde à travers la matérialité de productions culturelles de toute sorte. Il a un style assez simple en apparence mais très travaillé sur l'élégance et la sonorité, c'est le genre de mecs que j'adore lire pour les écouter décrire des endroits et des choses, c'est un très chouette passeur culturel.
Je trouve énormément de douceur et de modestie dans son projet. C'est un gars qui s'est beaucoup auto-martyrisé dans ses écrits, dès la première page de l'âge d'homme, et il a une manière de se mettre au second plan paradoxalement en racontant les effets produits par les "oeuvres" au sens très large sur lui-même, c'est très chouette.
C'est un vrai esthète pour le coup.
Bon bon bon merci à toi pour ces mises en bouche ! Je reste perplexe pour Bolano, je ne sais pas si le fond me conviendra. Mais je vais essayer et tenter de me procurer son recueil de nouvelles
. Quant à Giono mon approche est un peu différente, quoique similaire pour mes réticences à son égard ; j'ai beaucoup de mal avec le XXe S français généralement, le style me rebute sans cesse et suis souvent déçu de l'emberlificotage que la fond prend singulièrement et me laisse habituellement pantois et transparent. Mais j'ai pas lu grand chose ! Je prends ton conseil à cœur pour Giono, et j'essayerai de me réconcilier avec ce siècle que j'ai si injustement balayé sans réellement l'avoir approfondi, ni même esquissé.
De Giono il y a deux périodes très différentes. Avant et après la Guerre (39-45). Les romans d’avant-guerre sont plus ancrés dans le rapport pur à la terre et son rapport aux hommes.
En 1939, Giono découvre Faulkner, est enfermé pour pacifisme, puis enfermé en 1945 pour collaboration (écrits dans un journal pro-Petain).
C’est très important dans sa vie. La deuxième partie de son œuvre donc (à partir de Un Roi sans divertissement, un des sommets de la littérature universelle) est plus sombre. Les individus sont entourés par la mort en permanence.
Pour la première partie de sa vie, je conseille Regain et Le Chant du Monde.
Pour la deuxième, Un Roi sans divertissement (que je mets aisément dans mes 10 romans préférés toutes époques et pays confondus) et Le Hussard sur le toit.
A savoir qu’on retrouve régulièrement une dimension philosophique très sombre, parfois Sisyphéenne dans son œuvre d'après-guerre (le meurtre comme ultime loisir, nettoyer les cadavres pour se sentir exister).
Très grand auteur, grand style mais assez inégal tout de même, surtout sur la première partie de sa carrière, où on sent poindre une sorte de Ramuz provençal amoureux de sa terre.
Ca reste mon avis.
J'aimerai savoir écrire comme vous, vous avez du vocabulaire ![]()
Le Parc Jurassique terminé, je me lance dans le septième tome de la Tour Sombre de Stephen King. Voyons ce que cela donne
Je viens de commencer la trilogie de A la croisée des mondes ![]()
Je l'avais déjà lue au collège comme ca, j'avais vraiment bcp aimé, et hier ma prof de grec a commencé à en parler parce que les daemons sont une représentation des démons de l'âge d'or d'Hesiode, ca m'a donné envie de relire ![]()
Je parcours un peu Zibaldone ces jours, assez dingue comme œuvre
J'ai commencé "Regain" de Jean Giono. J'aime beaucoup la montée progressive de la tension, dans ce décor de campagne isolée en proie au déclin, où la mort et le vide se côtoient partout.
Bon Giono s'avère être un immense troll, il m'a bien surpris le bougre le roman prend une tournure toute autre que ce à quoi il laissait supposer autour des chapitres 3 à 5.
Le 14 mars 2019 à 18:01:25 Julien-Gracq6 a écrit :
Bon Giono s'avère être un immense troll, il m'a bien surpris le bougre le roman prend une tournure toute autre que ce à quoi il laissait supposer autour des chapitres 3 à 5.
Il était encore plein d’espoir en 1930.
Un Roi sans divertissement, c’est un autre projet.
La croisière du dazzle de Jack London.
Pour l'instant c'est pas transcendant mais bon c'est son premier livre et je le lis après Martin Eden donc j'essaie de rester indulgent ![]()
Marc aurèle "pensées pour moi-même"
Le 14 mars 2019 à 18:53:00 CharlesMarlow a écrit :
Le 14 mars 2019 à 18:01:25 Julien-Gracq6 a écrit :
Bon Giono s'avère être un immense troll, il m'a bien surpris le bougre le roman prend une tournure toute autre que ce à quoi il laissait supposer autour des chapitres 3 à 5.Il était encore plein d’espoir en 1930.
Un Roi sans divertissement, c’est un autre projet.
Là je suis parti sur du Mauriac, je poursuivrai l'oeuvre de Giono une prochaine fois.
Il décrit toute une campagne en proie à la mort, avec un Panturle qui tend à s'ensauvager dans sa solitude. On pense tout du longs de la première partie qu'il va faire une horreur... Et au final non, en plein exode rural, la campagne renaît d'un coup. Il suffit de bons grains du coin, et d'une femme habile pour faire revivre les terres. C'est assez déroutant ce revirement.
Le 16 mars 2019 à 00:04:24 hydraphy a écrit :
Marc aurèle "pensées pour moi-même"
J'ai acheté hier "Pensées pour soi". Mais en bon aspirant stoïcien ce n'est pas une lecture mais un guide ![]()
"Redrum 1 : Alexia quand nous étions morts" de Francesc Miralles