Bolano c'est totalement inclassable pour moi. Il a quelques proximités avec le réalisme magique mais c'est un écrivain qui vient après le boom, après les borges, les garcia marquez, les cortazar et cie, il est beaucoup plus moderne et viscéral dans son approche. Il est venu à la prose relativement tardivement et l'univers de la poésie avant-gardiste, qui a plutôt fourni sa formation littéraire, est ultra transversal dans ses fictions. Si on devait résumer Bolano, faudrait dire à mon avis que c'est un écrivain qui pense absolument tout le monde à travers le prisme de la poésie, ce qui l'empêche pas par contre d'être extrêmement incarné, même dans les réalités basses et triviales de la vie.
Son grand thème dans les romans, c'est la fascination pour la poésie du mal : on tourne presque toujours autour de la recherche par un narrateur poète, à différents degrés, du dévoilement d'une figure mystérieuse et inquiétante mais qui échappe toujours à la rencontre, tout en se laissant approcher par des signes à décrypter sur le chemin. On a toujours une pseudo-structure de l'enquête qui parcourt ses récits mais dont les indices sont des images étranges qu'il est difficile de décoder. C'est assez difficile à expliquer, il faut le lire pour s'en rendre compte mais on est toujours dans ses romans face à la sensation d'être sur le point de comprendre un arrière-plan qui se dérobe tout de même, c'est extrêmement suggestif.
Dans Le Troisième Reich, par exemple, le personnage principal est un amateur de wargames - de plateau - allemand qui passe des vacances en Espagne et qui au fur et à mesure qu'il se perd dans l'obsession pour son jeu - il rejoue des campagnes de l'armée allemande - devient inexplicablement attiré par la figure d'un plagiste au visage brûlé qui a l'air de cacher une histoire assez noire. On a une ambiance oppressante de fin de vacances dans un hôtel qui s'évide et des figures mystérieuses entrent et sortent autour de la dualité qui se noue entre le héros et le brûlé - on a le patron de l'hôtel, malade, qui n'apparaît jamais, la patronne de l'hôtel qui attire le héros l'ayant connue plus jeune, des touristes excessifs, des locaux espagnols assez étranges qui traînent en profitant des touristes etc etc.
Mais en tentant de décrire sommairement comme ça je lui rends pas justice, faut vraiment essayer de le lire. C'est une littérature unique.