L'éveil d'Endymion, dernier volet Des cantos d'Hypérion, de Dan Simmons au niveau SF.
Et Emile ou de l'Education de Rousseau au niveau Philosophie.
Aeternia de Gabriel Katz, c'est très bien pour l'instant
La confession d'un enfant du siècle de Musset
Les liaisons dangereuses, Chodernos de Laclos.
Le diptyque sur la guerre c'est vraiment l'apogée unanimiste de l'oeuvre, "la crête de l'onde" comme l'appelle Romains ; et un gros point de rupture. Passé ce point la tension retombe, on n'a plus ce mouvement de plus en plus précipité vers le conflit, l'unité temporelle est fragmentée (plusieurs années s'écoulent entre chaque tome, mais ça se resserre sur la fin pour marquer le début d'une nouvelle onde), et l'aspect unanime s'efface un peu (plusieurs personnages disparaissent totalement dont Gurau et Mionnet:snif: ) pour donner la part belle à Jallez et Jerphanion.
Je crois que des deux moitiés du roman c'est celle que je préfère. L'apparition de Françoise, la bande des protofascistes, le voyage en URSS, le petit Xavier, Jallez à Nice et Jerphanion au Puy, et bien sûr le magnifique dernier chapitre du 7 Octobre, t'as encore pas mal de belles choses devant toi.
Des bouquins encore édités, y en a peu vu que Romains est tombé dans un oubli quasi-total. Le truc le plus accessible aujourd'hui c'est encore l'intro d'Olivier Rony dans l'édition Bouquins (qui a d'ailleurs un dossier final très pratique avec index des perso, chronologie comparée et tout, je te dis ça uniquement parce que c'est pas celle-là que tu possèdes hap: ). Le travail de référence le plus récent c'est la thèse d'Aude Leblond sur la poétique du roman-fleuve ( https://tel.archives-ouveertes.fr/tel-00714342/document ) mais c'est assez général. Pour le reste y a deux trois ouvrages qui m'ont l'air potentiellement intéressants, mais pour l'instant à part la thèse j'ai vraiment lu que deux biographies, Jules Romains ou l'appel du monde d'Olivier Rony justement et Connaissance de Jules Romans d'André Bourin, beaucoup moins complète que la première mais qui a l'avantage d'être commentée chapitre par chapitre par Romains lui-même ; mais elles s'intéressent plutôt au contexte de création de l'oeuvre, y a pas vraiment de travail d'analyse.
Pour l'instant j'explore d'abord les écrits du mec et il en a pondu le salaud, j'en ai ma claque de devoir découper manuellement toutes les pages de ces vieilles éditions. D'ailleurs quand y en a plus y en a encore : quand tu auras fini Le 7 octobre, tu n'oublieras pas cette espèce d'épilogue bizarre et pessimiste au possible écrit dix après : Le Fils de Jerphanion. Mais à la limite fais une pause entre les deux, parce qu'à la fin du 7 octobre j'étais complètement euphorique et cet épilogue est tellement sale que j'avais gardé un sale goût en bouche.
On recroise Bastide à deux ou trois reprises seulement, mais sa dernière apparition est vraiment cool.
Je repense à ce que tu dis du style, c'est pas exactement qu'il n'y a aucune recherche, c'est plutôt que Romains est en oscillation constante entre l'intellectuel et le romancier, et pour lui je crois qu'il y a un temps et un lieu clairement circonscrits pour écrire "beau", avec plusieurs moments de bravoure (comme celui que tu cites disposés à des endroits précis), et d'autre où écrire "bien", avec par exemple ces conversations qui s'étalent sur des dizaines de pages et sont passionnantes mais fonctionnelles, ou les quelques chapitres de regard globale sur la situation parisienne / française / européenne qui sont plus proches du traité que du roman.
En revanche je suis fasciné par la construction (et la fragmentation) du machin. En fait le roman est tellement vaste qu'il faut déplacer le regard : les tomes sont des chapitres, les chapitres sont des phrases.
Cette dichotomie intellectuel / écrivain c'est quelque chose qui lui a été parfois reproché et je pense que ça a joué pas mal sur l'oubli dans lequel il est tombé. Oubli dont la rapidité et le caractère quasi-absolu ne cesse de me surprendre, parce qu'à une époque le mec a été l'un des 3 dramaturges européens les plus joués dans le monde, sur la fin c'était une personnalité assez publique qui tenait régulièrement des chroniques dans la presse, et pendant un petit moment t'avais Bastide et son cerceau dans les manuels scolaires. Comme quoi hein, la postérité. ![]()
Enfin le plus drôle c'est surtout l'écart entre cet anonymat d'aujourd'hui et la vision qu'il avait de lui-même, il avait un côté mégalo et se prenait un peu pour le Hugo du XXème siècle.
Parce que c'est pas la taille qui compte mon bon slash.
Augustin ou le maître est là c'est gros et pourtant tout le monde s'en bat les couilles.
Romains lui-même n'a pas vraiment écrit sur l'unanimisme dont il est pourtant le principal (les mauvaises langues diront le seul, ou en tout cas le premier et le dernier
) représentant. La doctrine s'incarne directement dans les œuvres
: d'abord dans sa poésie, avec La Vie unanime, le recueil qui l'a propulsé sur le devant de la scène littéraire, ou Europe pour rester du côté des HDBV ; et pour le plaisir on citera L'Homme blanc, car oui Romains était raciste ![]()
- ensuite et surtout dans ses récits : Mort de quelqu'un, sur un mec dont tout le monde se foutait de son vivant mais dont le décès va entraîner la formation d'un "groupe", Puissances de Paris qui se situe dans la lignée des scènes de rue parisiennes des HDBV, et surtout Les Copains (et sa suite Le Vin blanc de la Villette), sur une bande de joyeux lurons qui vont tenter de "réveiller" par leurs canulars des villes entières (Ambert et Issoire, Auvergne über alles)
- et même dans son théâtre, genre le docteur Knock qui le soir fantasme en pensant que par son action individuelle tous ses patients vont s'enfoncer un thermomètre dans le cul en même temps
Mais bon j'ai pas encore eu le temps d'explorer le théâtre, et c'est bizarrement la partie de son oeuvre qui a été la moins rééditée.
Sinon vers la fin de sa vie il a écrit un essai qui s'appelle Ai-je fait ce que j'ai voulu ? où il parle des HDBV (un gros passage est cité dans le Bouquins) et doit sûrement aborder l'unanimisme, mais je l'ai pas encore trouvé.
Le diptyque Prélude à Verdun / Verdun c'est un cas assez à part ( qui a parfois été republié ou étudié indépendamment du reste), c'est à la fois un roman de guerre et un roman sur l'impossibilité du roman de guerre (Romains fait dire à un de ses personnages "Il ne peut y avoir là-dessus que mauvaise littérature").
Il présente une succession de points de vue qui interrogent chacun à leur tour les différentes représentations possibles de l’événement, et il en fait relativement dépourvu de véritable action, à part à la toute fin de Verdun, et même là, à peine on entre dans la mêlée que... mais ne spoilons pas.
Y a ptet une sorte de mouvement propre à ces deux tomes qui partirait de la vue la plus générale et objectivée et finirait sur l'expérience la plus personnelle qui soit.
Perso je me tâte de plus en plus à faire une thèse dessus, mais ça c'est quand j'aurai eu l'agreg.
Le 22 août 2017 à 19:02:38 Crazy-Dingo a écrit :
Parce que c'est pas la taille qui compte mon bon slash.Augustin ou le maître est là c'est gros et pourtant tout le monde s'en bat les couilles.
Même la taille de l'article wiki encourage pas à la lecture
Dès qu'un écrivain parle de son oeuvre c'est toujours potentiellement intéressant j'ai envie de dire, mais oui ça l'est bien. Je viens de vérifier et en fait c'est pas juste un petit extrait c'est tout le chapitre consacré aux HDBV, une vingtaine de pages (chez Bouquins tu visualises les 40 lignes par page avec une taille de police 2,5), il décrit le projet en profondeur. Bon il s'auto-suce pas mal sur la réception, mais c'est la Romains touch, on finit par s'habituer.
Je sais pas en quelle année tu es mais si tu entres en master en septembre faudra que tu songes à finir vite fait les douze derniers volumes du coup. ![]()
Ah non non au contraire, à l'époque de la parution ça a été un très grand succès public et critique qui ne s'est pas démenti par la suite (pour une parution étalée sur une quinzaine d'années c'est déjà une réussite), ça lui a permis de toucher un lectorat international (entre autres aux Etats-Unis où Verdun a été un best-seller) et à terme ça lui a offert une place à l'Académie.
A la limite la réception du dernier tiers est particulière en France parce qu'après la parution de La Douceur de la vie en 49 il s'est barré aux States (où il écrit et publie toute la fin) et ne revient à Paris qu'en 45, où pour rattraper le temps perdu et par peur que le public en ait vite plus rien à foutre de l'entre-deux guerres après le traumatisme de la WWII son éditeur décide de publier les 9 derniers tomes en deux ans, bim. Du coup les critiques assommés par le pavé se sont souvent contentés d'une appréciation générale de cette dernière partie, sans rentrer dans le détail comme ils avaient pu le faire pour les premiers tomes.
Quand je dis qu'il s'auto-suce c'est qu'il hésite pas à montrer à quel point il a réussit son coup en citant les compliments qu'il a reçus ici ou là, genre dans le chapitre en question il cite un prélat italien qui le félicitait d'avoir si bien dépeint le milieu dans Mission à Rome, ou un général d'armée qui lui disait obliger chaque nouvel officier à lire son diptyque sur Verdun. ![]()
Ah oui en un an ça se fait.
Là je suis une préparation à l'agrégation (pour la deuxième fois
), j'avais fait mon M2 en 2015-2016.
J'ai bossé que de l'extrait en cours malheureusement.
L'édition propre qui est sortie existait pas je crois quand j'ai vu le bouquin, elle doit dater de 2014, 2015 par là.
Le 22 août 2017 à 21:19:48 SlashBerry a écrit :
Merci pour toutes ces informations ! Comment connais-tu tout ça ?
Quelle question, j'ai acheté l'édition Bouquins, comme tous les alpha
Nan la réception c'est plus la bio de Rony qui en parle. Je crois qu'il y a un dossier assez fouillé sur la réception des HDBV étalé sur les différents numéros des Cahiers Jules Romains, j'y jetterai un œil à l'occasion pour entrer plus dans le détail.
Je suis pas formel du coup mais ouais j'ai plutôt eu l'impression.
les différents numéros des Cahiers Jules Romains
Ah ils ont eu de quoi en faire plusieurs cahiers tout de même ![]()
Huit numéros tout beaux tout chauds.
Et encore je t'ai pas parlé des quatre numéros des Cahiers des HDBV. ![]()
Mais ton guignolos est-ce qu'il a bénéficié d'un numéro aux cahiers de l'Herne ? Hum ? ![]()
(Les clash sur l'édition de chénier entre monsieur labitte et monsieur de latouche j'en peux plus, du lourd mais on se sent édition savante)
C'était prévu mais tous les spécialiste bossaient déjà sur le numéro de Roman 20-50
Pendant ce temps la revue Europe va mourir. Enfin.