Le 23 juillet 2017 à 09:53:13 MorganePretre a écrit :
mais la pérégrination, alpine ou pas, vaguement flegmatique, du Suisse qui parcourt le monde avec son regard neutre et désengagé ça me
Bouvier t'évoque aussi ça? T'as des récits de voyage qui s'éloignent de ce format?
Blade Runner de Philip K Dick
Le 24 juillet 2017 à 09:54:52 E-180 a écrit :
Le 23 juillet 2017 à 09:53:13 MorganePretre a écrit :
mais la pérégrination, alpine ou pas, vaguement flegmatique, du Suisse qui parcourt le monde avec son regard neutre et désengagé ça me
Bouvier t'évoque aussi ça? T'as des récits de voyage qui s'éloignent de ce format?
Bouvier c'est que ça franchement. Même quand il s'essaie à un peu d'ironie sur la politique iranienne des années 50 il est d'une distanciation à faire vomir Brecht
Et j'exagère à peine.
A la limite j'aimais mieux le bon vieux voyage du noble, poète ou prosateur mais toujours lettré, qui venait faire l'expérience du monde en le décrivant comme un exotisme d'intérêt, typiquement chez Jean Potocki c'est ça. Mais en germe y a les mêmes défauts - tout du moins, les mêmes artifices rhétoriques que personnellement je considère comme tels - et de toute façon c'est un rapport à l'espace qui n'est plus possible.
De toute façon je doute de la pertinence du récit de voyage, un genre intimement descriptif et donc pour une bonne part graphique, à l'heure du règne de l'image où le principe même de terra incognita est à peu près inopérant.
C'est vrai que Bouvier a un regard très neutre dans L'Usage du monde, mais ça ne me dérange pas plus que ça. Ce qui peut m'irriter c'est plus l'absence totale de style ou de vision poétique qui transforme le récit en fade description (tu vis peut-être Bouvier comme ça) là où pour moi l'auteur devrait s'approprier les lieux qu'il visite et communiquer les résonances qu'éveillent ses expériences.
Par exemple Le voyage du Condottière de André Suarès n'est que description et intériorité esthétique (je viens d'inventer) sans que ce soit chiant. Bon tu le ranges peut-être dans la catégorie du lettré en recherche d'exotisme (comme Stendhal?) même si c'est différent vu qu'il explore à mon sens le passé et pas une terre inconnue.
En ce qui concerne la limite du descriptif et le rapport à l'espace je te rejoins. Il me semble que Lévi-Strauss le pressentait déjà dans Tristes Tropiques.
Je trouve qu'il y a du style chez Bouvier, mais ce qui pèche, pour moi, dans le récit de voyage c'est qu'il n'y a aucune composition, parce qu'il n'y a pas de fil, de finalité.
C'est un catalogue de petits faits dont on s'efforce perversement à montrer constamment qu'ils ne disent rien et qu'ils n'ont place ni ne font sens dans aucun ordre qui viendrait les harmoniser, autre que celui très vague de la chronologie qui ne porte aucune valeur en lui-même.
Bon tu le ranges peut-être dans la catégorie du lettré en recherche d'exotisme
Je l'ai surtout jamais lu, pour être honnête. Chez Stendhal ça arrive encore à capter mon intérêt pour la réflexion sur l'histoire et sur l'esthétique qui disputent à la géographie une raison donnée au voyage, mais c'est pas franchement ma lecture de prédilection non plus.
C'est-à-dire que je n'exige pas forcément de la littérature qu'elle dise quelque chose, au sens de pousser une proposition idéologique, mais j'attends tout de même qu'elle aille quelque part, qu'elle organise la somme de ses visions transfigurant les objets du monde en un projet qui dépasse cette étape préalable. Le style ne me suffit plus comme ça a pu être ma préoccupation réellement primordiale à un moment, j'attends de la composition, parce que c'est pas mal ça qui sépare la littérature - plus que la fiction - de ce que j'appellerais le document.
J'attends d'elle qu'elle soit holiste au fond.
C'est un catalogue de petits faits dont on s'efforce perversement à montrer constamment qu'ils ne disent rien et qu'ils n'ont place ni ne font sens dans aucun ordre qui viendrait les harmoniser, autre que celui très vague de la chronologie qui ne porte aucune valeur en lui-même.
C'est-à-dire que je n'exige pas forcément de la littérature qu'elle dise quelque chose, au sens de pousser une proposition idéologique, mais j'attends tout de même qu'elle aille quelque part, qu'elle organise la somme de ses visions transfigurant les objets du monde en un projet qui dépasse cette étape préalable. Le style ne me suffit plus comme ça a pu être ma préoccupation réellement primordiale à un moment, j'attends de la composition, parce que c'est pas mal ça qui sépare la littérature - plus que la fiction - de ce que j'appellerais le document.
J'attends d'elle qu'elle soit holiste au fond.
D'accord, intéressant. Du coup on peut envisager un récit de voyage qui n'en serait pas vraiment un. Si l'auteur construit son récit comme une unité qui ne tomberait pas dans le catalogage et la simple narration "épisodes" successifs, ce serait autre chose.
Rien qu'à écrire ces conditions d'écriture je me rends compte qu'effectivement l'esprit du récit de voyage serait tronqué. Et ça correspond assez à ma vision qui voit l'écriture du RV comme une aventure hasardeuse (dans le sens d'aléatoire).
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Le 17 mai 2017 à 00:39:06 _LePacha a écrit :
T'enchaînes pipe à eau !
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