"FV : En 1995, lors de la vague d'attentats, Jean-Louis Debré, le ministre de l'Intérieur, avait suggéré que les services algériens instrumentalisaient leur collaboration avec les Français pour que ces derniers éliminent des opposants au régime.
JF : Je n'ai pas vécu cela dans la mesure où je suis parti fin 1993 ; mais nous ressentions clairement l'insistance des demandes algériennes de coopération ; effectivement, ils nous reprochaient de ne pas agir suffisamment, en France, contre les gens du FIS présentés comme des opposants très dangereux. De fait, les relations se révélaient parfois quelque peu ambiguës et se doublaient de relations personnelles entre membres des services, Raymond Nart et Jean-François Clair en particulier, ou moi-même avec les dirigeants. Nous parlions la même langue, facteur extrêmement important ; par ailleurs, nous connaissions à peu près les mêmes sujets - j'évoquais précédemment Carlos, le terrorisme, etc. De fait, le discours induit s'approchait de : "Aidez-nous un peu plus, si vous souhaitez que nous vous aidions aussi." C'était vrai des deux côtés.
Par exemple, j'ai initié, avec Raymond Nart et Jean-François Clair, une surveillance de jeunes Français d'origine maghrébine qui réalisaient leur service militaire en Algérie puis revenaient en France. Pour eux, il s'agissait sans doute d'un choix un peu mythologique mais, pour cent jeunes déçus de n'avoir pas retrouvé ce qu'ils voulaient, il y en avait bien un ou deux qui revenaient avec des connaissances en matière de maniement d'armes, d'explosifs, etc. et qui auraient pu avoir la tentation de les mettre à profit sur notre territoire si un réseau terroriste les avait recrutés." 
Pages 445 et 446.
in Jean Pierre Bat, Jean Marc Le Page, Floran Vadillo, Les espions français parlent
Archives et témoignages inédits des services secrets français, Paris, Nouveau Monde éditions, 2011, 620 pages.