Fort aimable.
J'ai lu le Pérec, j'ai beaucoup aimé.
Comme souvent on a affaire à un bouquin à concept, le but ici c'est de prendre une situation en apparence très banale - un conscrit, dans les années 50, cherche à se faire péter les bras par les potes de son sergent pour éviter d'aller faire l'Algérie - et de la surcharger de toutes les figures de rhétorique possibles, listées avec comique et ridicule dans un index à la fin du bouquin.
Le but derrière c'est de faire jouer tout un système de représentation - l'épopée et sa surcharge de figures topiques, des deux cent cinquante types d'anaphores différentes à toutes les amplifications imaginables - pour esquisser par contrecoup le ridicule grotesque et un peu inquiétant de ce qu'a été une guerre coloniale non assumée.
C'est très amusant en soi, dans le genre petit fascicule d'argot à jeux de mots dérapants traversé par des plagiats nombreux (ça fait marrer le lecteur érudit de tomber dessus quand il les débusque), mais c'est loin d'être vain comme on peut le penser de prime abord si on a pas bien capté la dimension critique qu'il y a à jouer sur ce genre et ces figures-là. On sait combien l'Etat et la société français ont été réticents à traiter ces événements comme la guerre coloniale qu'elle était, et forcer le code de la représentation de la guerre avec ces figures sur un événement dérisoire et décevant est très offensif.
Même réussite que sur l'excellentissime Un cabinet d'amateur, une longue ekphrasis mais avec une réflexion sur ce que c'est de monétiser l'art à l'ère capitaliste importante.
Globalement, un de mes grands plaisirs depuis un an ou deux ça aura été de comprendre à quel point les Oulipiens ou les Butor étaient pas des farfelus qui faisaient joujou.