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ProfesseurMINOS
ProfesseurMINOS
Niveau 7
07 mars 2024 à 12:14:08

Je connais plus de mangeurs de grecs je t'avoue que de gens qui font les fins gastronomes. Les moeurs de la haute moi j'ai appris ça dans La Bruyère, je les ai jamais observées de bien près. L'ex de ma daronne à la limite, ou les oenologues amateurs ont un peu ce style.

Sekiguchi, dans le court essai que j'ai lu d'elle, a pas du tout d'aspect normatif effectivement, par contre initiatique je trouve que oui clairement puisque le bouquin en question a comme grand objectif d'expliquer aux Français un mot intraduisible tel quel - mais dans le sens peut se cristalliser dans la bouffe.

Elle s'y montre légère mais d'une légèreté qui est très aristocratique parce que c'est cette légèreté de celui qui affecte de s'en foutre des contingences matérielles, précisément parce qu'il en est pas victime. HS mais j'ai appris y a pas longtemps chez Leiris que snob a priori ça venait de la contraction de sine nobilis, une mention pour désigner les roturiers dans les écoles anglaises de la haute (qui précisément singeaient les habitudes de leurs condisciples). Proust rapporte ça également, c'est marrant. Vous le savez probablement mais moi je l'ignorais jusqu'à récemment.

C'est pas tant elle qui est snob en elle-même - c'est sans doute une femme charmante comme individu - que la classe de gens à laquelle elle appartient, et les gens qui ont le temps de disserter sur la bouffe pendant plusieurs livres a minima, c'est une classe de gens particulière. On y appartient au plus bas échelon, je crache pas dans la soupe littéraire, mais je sais pas des fois j'ai un côté prolo qui revient et ça me dérange. C'est assez personnel, c'est aussi dû à une forme de lassitude de vie en ce moment (et paradoxalement j'ai repris un rythme de lecture assez élevé).

Après, les résidences d'artistes, c'est un vrai truc de salopard objectivement par contre. C'est un scam total, c'est du pognon public qui sert à engraisser des gens qui se cooptent entre eux pour prendre des années sabbatiques de luxe où ils ne branlent rien à part vaguement "créer" dans des conditions matérielles obscènes, c'est la pire dégueulasserie du milieu et je ne comprends pas que ça ne soit pas plus dénoncé.

ProfesseurMINOS
ProfesseurMINOS
Niveau 7
07 mars 2024 à 12:23:07

Précisons bien encore une fois que le problème est méta. J'ai parfaitement conscience en décrivant ce qui me gène de ce point de vue d'être dans la même démarche, parce que disserter sur le fait de disserter c'est la même branlette des mêmes classes, le serpent se mord la queue à l'infini lui-même à travers le trou noir de son univers parallèle.

Simplement de temps en temps j'ai des crises de foi sur l'art en général comme domaine parasité par les plus ou moins petits bourgeois, et en ce moment je suis en plein dedans.

Nabokov parle de ce paradoxe de manière intéressantes dans ses cours de littérature quand il évoque Flaubert et Bovary.

Être coincé dans ce cycle où le bourgeois critique le bourgeois auprès d'un lecteur bourgeois c'est une angoisse très fin XIXe et comme c'est ce que j'ai le plus pratiqué, c'est logique aussi que j'en sois frappé.

Fin bref vous voyez l'idée.

HydredeChambre
HydredeChambre
Niveau 22
08 mars 2024 à 17:32:21

J'ai commencé Sous le soleil de Satan de Bernanos.
J'avais autrefois voulu lire son Journal d'un curé de campagne, sans réussir à dépasser les toutes premières pages, tant j'avais du mal à "m'accorder" avec son écriture, à en prendre le pli (hors de toute considération sur sa qualité...). C'était à la fois curieux et intéressant. Je savais que je retenterais à un autre moment, et c'est finalement en passant par un autre livre du même auteur. J'ai retrouvé la même sensation qu'alors devant son écriture, mais ou bien je lis dans de meilleures dispositions pour pouvoir l'apprécier, ou bien cette œuvre est plus abordable ; je continue sans mal et avec le plaisir de découvrir un style assez différent de ce que j'ai pu lire dernièrement en littérature française.

blinkr
blinkr
Niveau 25
08 mars 2024 à 20:15:54

Le 07 mars 2024 à 12:23:07 :
Précisons bien encore une fois que le problème est méta. J'ai parfaitement conscience en décrivant ce qui me gène de ce point de vue d'être dans la même démarche, parce que disserter sur le fait de disserter c'est la même branlette des mêmes classes, le serpent se mord la queue à l'infini lui-même à travers le trou noir de son univers parallèle.

Simplement de temps en temps j'ai des crises de foi sur l'art en général comme domaine parasité par les plus ou moins petits bourgeois, et en ce moment je suis en plein dedans.

Nabokov parle de ce paradoxe de manière intéressantes dans ses cours de littérature quand il évoque Flaubert et Bovary.

Être coincé dans ce cycle où le bourgeois critique le bourgeois auprès d'un lecteur bourgeois c'est une angoisse très fin XIXe et comme c'est ce que j'ai le plus pratiqué, c'est logique aussi que j'en sois frappé.

Fin bref vous voyez l'idée.

T'as des titres en tête quand t'évoques cette période/problématique ? Ça me parle assez.

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 09 mars 2024 à 15:16:43

J'ai retrouvé goût à la lecture et je suis en train de paginer Étoiles, Garde à vous! / Starship Troopers (j'ai déjà vu le film après le succès de Helldivers 2).

Message édité le 09 mars 2024 à 15:17:07 par Pseudo supprimé
ProfesseurMINOS
ProfesseurMINOS
Niveau 7
09 mars 2024 à 15:51:24

Le 08 mars 2024 à 20:15:54 :

Le 07 mars 2024 à 12:23:07 :
Précisons bien encore une fois que le problème est méta. J'ai parfaitement conscience en décrivant ce qui me gène de ce point de vue d'être dans la même démarche, parce que disserter sur le fait de disserter c'est la même branlette des mêmes classes, le serpent se mord la queue à l'infini lui-même à travers le trou noir de son univers parallèle.

Simplement de temps en temps j'ai des crises de foi sur l'art en général comme domaine parasité par les plus ou moins petits bourgeois, et en ce moment je suis en plein dedans.

Nabokov parle de ce paradoxe de manière intéressantes dans ses cours de littérature quand il évoque Flaubert et Bovary.

Être coincé dans ce cycle où le bourgeois critique le bourgeois auprès d'un lecteur bourgeois c'est une angoisse très fin XIXe et comme c'est ce que j'ai le plus pratiqué, c'est logique aussi que j'en sois frappé.

Fin bref vous voyez l'idée.

T'as des titres en tête quand t'évoques cette période/problématique ? Ça me parle assez.

J'ai un peu envie de sortir encore l'enquête de Jules Huret mais j'ai l'impression d'être un vieux prestidigitateur fauché qui sort toujours la même colombe morte et séchée de son chapeau écrasé.

Mais je sais pas, je vois ça dans L'Education, je vois beaucoup ça dans Vallès milieu de cycle, je vois beaucoup ça dans la manière qu'a Murger de tenter de fixer la bohême, mais je pensais plus à une réflexion critique de littérature secondaire que dans les oeuvres en elles-mêmes.

Flaubert typiquement va pas dire qu'il est un bourgeois qui critique les bourgeois à destination des bourgeois. Mais sa correspondance et son journal (+ la recherche effectuée dessus) permet guère de douter que c'est le cas.

--G--
--G--
Niveau 34
09 mars 2024 à 18:22:50

Je suis plus gonflé par les bourgeois qui vont retrouver leurs racines et en faire quelque chose d'une carte postale un peu naze, comme Colette avec son Sang de la vigne / Sido.

SaintLui
SaintLui
Niveau 9
10 mars 2024 à 00:16:44

Je te rejoins sur ce malaise assez vertigineux et décourageant par moment. On sent bien que l'art a vocation (et prétention) à sortir de cette boucle qui tourne à vide, cette espèce d'écosystème complètement absurde mais profondément installé. A tel point qu'on trouve rarement plus dégueulasse que les œuvres qui tentent d'apostropher le prolo. Ça sonne le mépris de classe tout de suite, ou alors c'est le malaise.

Après comme tu le dis, la bonne nouvelle c'est que le problème n'est que méta. Le discours de l'art ne commande pas la sociologie de sa pratique ou de sa consommation. Et même si le bouillonnement de l'art est bourgeois, il déborde quand même largement et faut être capable de le voir et s'en réjouir.

Et puisque tout le monde en est à évoquer ce qui le gonfle, pour moi c'est les artistes engagés qui s'adressent nécessairement à des congénères déjà acquis. Les vernissages d'expos collectives qui déconstruisent le racisme ou le patriarcat, c'est incroyable ça. Là-dedans pour le coup y a de la vanité.

zahbout
zahbout
Niveau 18
10 mars 2024 à 14:25:17

Dieu ? Le philosophe & le rabbin (Michel Onfray, Michaël Azoulay).

ProfesseurMINOS
ProfesseurMINOS
Niveau 7
10 mars 2024 à 20:38:21

Finito Ségurant, malheureusement la version poche un peu nulle des Belles Lettres qu'il faut éviter.

On en a brassé de l'air médiatique - enfin pour les trente pouilleux qui s'intéressent à la littérature médiévale - avec cette prétendue redécouverte philologique du millénaire. Marketing également.

Reste un texte recollé à la glue qui détone tout de même dans l'ensemble courtois - il l'est à peine au sens qu'on donne au mot -.

Ses qualités et ses défauts se joignent pas mal, et ne sont probablement pas imputables qu'au travail de Frankestein de l'éditeur. C'est un roman arthurien qui a la particularité d'être totalement dépourvu, hors interpolations, de motivation amoureuse. Ce qui est bien. C'est également un roman arthurien qui est répétitif à souhait, même selon les standards de l'époque qui apprécient les formules-types, et qui a tellement de combat no-brain et identiques que ça en devient vite franchement lassant.

Reste la quête intéressante du personnage puisque c'est une quête fausse, inachevée, presque virtuelle, et qui a vocation à l'être...mais au milieu de tant de versions des échecs du Graal, est-ce si étonnant au fond que Ségurant soit pris dans la poursuite obsessionnelle d'un monstre qui n'existe même pas ?

Si on est un obsédé de ce corpus - chacun ses kinks je juge aps - il faut acheter les deux tomes chez Honoré Champion. Le gars qui a pondu l'édition m'a beau l'air d'avoir très fort envie de se faire pé-pom, ça reste un taf impressionnant. Sinon, on peut se dispenser de la lecture en poche.

blinkr
blinkr
Niveau 25
11 mars 2024 à 01:17:06

Le 09 mars 2024 à 15:51:24 :

Le 08 mars 2024 à 20:15:54 :

Le 07 mars 2024 à 12:23:07 :
Précisons bien encore une fois que le problème est méta. J'ai parfaitement conscience en décrivant ce qui me gène de ce point de vue d'être dans la même démarche, parce que disserter sur le fait de disserter c'est la même branlette des mêmes classes, le serpent se mord la queue à l'infini lui-même à travers le trou noir de son univers parallèle.

Simplement de temps en temps j'ai des crises de foi sur l'art en général comme domaine parasité par les plus ou moins petits bourgeois, et en ce moment je suis en plein dedans.

Nabokov parle de ce paradoxe de manière intéressantes dans ses cours de littérature quand il évoque Flaubert et Bovary.

Être coincé dans ce cycle où le bourgeois critique le bourgeois auprès d'un lecteur bourgeois c'est une angoisse très fin XIXe et comme c'est ce que j'ai le plus pratiqué, c'est logique aussi que j'en sois frappé.

Fin bref vous voyez l'idée.

T'as des titres en tête quand t'évoques cette période/problématique ? Ça me parle assez.

J'ai un peu envie de sortir encore l'enquête de Jules Huret mais j'ai l'impression d'être un vieux prestidigitateur fauché qui sort toujours la même colombe morte et séchée de son chapeau écrasé.

Mais je sais pas, je vois ça dans L'Education, je vois beaucoup ça dans Vallès milieu de cycle, je vois beaucoup ça dans la manière qu'a Murger de tenter de fixer la bohême, mais je pensais plus à une réflexion critique de littérature secondaire que dans les oeuvres en elles-mêmes.

Flaubert typiquement va pas dire qu'il est un bourgeois qui critique les bourgeois à destination des bourgeois. Mais sa correspondance et son journal (+ la recherche effectuée dessus) permet guère de douter que c'est le cas.

Vallès traite pas vraiment cette question sous cet angle paradoxal, j'y vois plus le rejet d'un héritage littéraire formolisé et sans vitalité, quitte à ce que lui-même deviennent encombrant pour la postérité : il écrit, comme Proust, en grande partie pour lui. Il a aussi la garantie des chroniqueurs et autres mémorialistes, en ce qu'il n'écrit pas exclusivement pour la littérature et peut facilement invoquer une portée historiographique pour briser la boucle ; quoiqu'il en soit, il ne s'accomplit pas par la littérature, elle est subordonnée (bien qu'importante) à quelque chose de plus grand, comme chez Bloy. J'ai trouvé le rapprochement, assez évident a posteriori, chez Daudet fils dans son Stupide XIXe siècle :

La force se réfugie dans la demi-insanité, chez deux hommes, armés de leurs plumes, que je n’assortis point ici par goût du rapprochement des contraires, mais qui ont en commun leur hérissement, leur savoureuse rage, et un bel emportement verbal : Vallès et Bloy. Vallès est quinteux, Bloy vaticinateur ; Vallès est mauvais, rancunier ; Bloy criard et bonhomme au fond. Ce qui les apparente et les rend sympathiques, c’est qu’au lieu de subir, en railleurs ou en esclaves, le déversement d’insanités politiques, philosophiques et littéraires, qui dégoulinent le long des parois du siècle, ils s’insurgent contre elles, parfois en y participant et (pour Vallès) en les amplifiant. Avec eux, par eux, le lecteur échappe à la fadeur, à la moisissure, au remugle, issus de l’avalanche romantique et du dépotoir naturaliste, sur lesquels flottent la contention douloureuse pour rien, de Flaubert et le rictus béat de Renan. Leurs livres forcenés n’acceptent pas ; ils crient, ils tempêtent, ils menacent et vitupèrent. On leur en est reconnaissant. Ils tranchent sur cette littérature de chambre de malade, de bric-à-brac, ou de charnier, qui fait les délices des passants, sur cette littérature d’ouvroir, d’antichambre, ou d’office riche, qui fait les délices de l’Académie. Largement méconnus, pillés, imités, engueulés, se fichant du tiers et du quart, et ne craignant ni leur propre pensée, ni les termes dans lesquels ils l’exprimaient, Vallès et Bloy (au même titre que Veuillot et Drumont, et avec une allure plus débridée) auraient pu rendre un immense service au regaillardissement de l’esprit national, s’ils eussent été moins privés de sens commun. Car l’un comme l’autre croyait que le sens commun fait partie des vices bourgeois, ou qu’il est l’apanage du juste milieu. Or, Rabelais, Molière (pour ne citer que ces deux-là) ont prouvé que le sens commun peut être extrême et passionné, qu’il a droit à sa haute fièvre comme son contraire, qu’il peut prendre le mors aux dents. Il était bien d’un siècle parlementaire de croire que le sens commun siège au centre !

Bon on pourrait discuter des dernières phrases, mais la puissance qu'exalte Daudet tient beaucoup de ce lien de subordination. Chez des auteurs pour qui la littérature est une fin en soi, comme Flaubert ou Proust, on a un ton qui est quasiement l'opposé de la rage de ces deux clochards.

Flaubert je connais trop peu (pas lu l'Éducation) mais j'ai l'impression qu'il assume pleinement cette posture. Je suis étonné de te voir citer Murger, je pensais que c'était juste du romantisme attardé, faudra que je le lise. Mais forcément c'est un sujet difficile à traiter en faisant de la littérature, et qui fournit pas forcément un grand élan créatif.

Il est bon de temps en temps de prendre un peu de recul, et de se dire qu'on lit simplement parce qu'on kiffe ça, qu'on s'intéresse à des problématiques absconses et un peu futiles parce que c'est une passion au même titre que la pêche ou la moto. La culture c'est qu'un moyen parmi beaucoup d'autres de faire un type intéressant, et on conviendra sans peine que c'est pas un moyen infaillible. Je me retrouve de plus en plus en accord avec des mecs comme Artaud ou Rousseau qui brûleraient les bibliothèques, parce qu'on fait n'importe quoi de notre littérature en la panthéonisant. Bon c'est un recul plus facile à prendre pour un religieux que pour quelqu'un qui aurait mis toute sa foi en la littérature.

ProfesseurMINOS
ProfesseurMINOS
Niveau 7
11 mars 2024 à 08:18:13

Vallès traite pas vraiment cette question sous cet angle paradoxal, j'y vois plus le rejet d'un héritage littéraire formolisé et sans vitalité, quitte à ce que lui-même deviennent encombrant pour la postérité

Je suis pas tellement d'accord avec ça. Evidemment il y a une critique des institutions scolaires sclérosées, et il l'a voulue dès les exergues sarcastiques de ses grands tomes, mais quand tu lis la manière qu'il a de rapporter la façon dont se comportent les étudiants qui ont de l'argent - et je pense pas qu'au bachelier mais aussi à des hypotextes comme ses journaux / mémoires plus ou moins bien édités -, tu vois qu'il touche à un manque de sens qui ne saurait, pour moi, se limiter à une espèce de critique de gauche (pour simplifier) des institutions.

D'ailleurs est-ce que c'est si mutuellement exclusif que ça ? La critique des institutions bourgeoises se fait par ceux qui les traversent, et Vallès a le mérite de montrer tout le ridicule qu'il y a en contraste quand il essaie de devenir ouvrier et que ses manières l'en empêchent. Il ne sera jamais des leurs.

L'angoisse dont je parle passe aussi parce phénomène, par celui du déclassement, et il me semble aussi porté à droite de manière pas très finaude par des Barrès ou des Bourget.

Il est bon de temps en temps de prendre un peu de recul, et de se dire qu'on lit simplement parce qu'on kiffe ça, qu'on s'intéresse à des problématiques absconses et un peu futiles parce que c'est une passion au même titre que la pêche ou la moto

J'entends, et quelque part je peux même donner de la valeur à l'idée ; mais si je mentionnais la problématique religieuse, c'est bien parce qu'il est religieusement pas valorisé de laisser autant de place dans sa vie (logistiquement dans mon logis, économiquement dans mes finances, et surtout dans mon temps) à quelque chose qui s'assimile à de la distraction. Donc quelque part, il est immoral de consacrer énormément de temps à la littérature si on décide que ce n'est qu'un passe-temps. C'est un peu la situation du jeune riche de Matthieu 19.

Et quand je parlais de "foi en la littérature" dans mon message précédent, c'était une hyperbole, une boutade par rapport à tout ça.

blinkr
blinkr
Niveau 25
11 mars 2024 à 10:27:03

Je trouve pas que ça soit une expression débile, on accepte quand même tout un credo (la sincérité de l'auteur, la pureté de sa démarche, la fidélité du texte à une réalité, etc.) sur la seule base de nos expériences de littérature.

AbymeClapotis
AbymeClapotis
Niveau 6
11 mars 2024 à 16:14:33

Un avis sur les romans de Tanguy Viel ?

RungeKutta
RungeKutta
Niveau 78
11 mars 2024 à 18:22:38

Le troisième tome de La mer de la fertilité de Mishima c'est le naufrage
La première moitié c'est juste des divagations sur la réincarnation et l'histoire ne va nulle part (mais avec le style de Mishima on reste toujours sous le charme)

La deuxième moitié ayaaa, Honda le personnage le plus droit des 2 précédents livres qui devient papi pervers dont le rêve est de voir une ado de 17 ans nue et qui observe à travers un trou dans son mur ses invités baiser

Remarque si c'est sa vision de la décadence du japon on comprend pourquoi il a fini sa vie d'une manière aussi brutale https://image.noelshack.com/fichiers/2018/27/4/1530827992-jesusreup.png

ça fait peur pour le dernier tome de la tétralogie ....

Message édité le 11 mars 2024 à 18:25:31 par RungeKutta
zahbout
zahbout
Niveau 18
12 mars 2024 à 12:42:09

Commence ce soir le dernier Bret Easton Ellis en date : Les éclats.

Lionelleboss
Lionelleboss
Niveau 65
13 mars 2024 à 14:31:59

Le 05 mars 2024 à 10:21:11 :
Alors certes ça n'a rien de très nouveau pour qui a trempé ses pattes dans les années 50, dans toute l'Europe on aime à ressortir depuis les années 30 ces figures mythiques et les utiliser pour discuter une forme d'impuissance qui point dans le discours et les comportements d'intellectuels, d'artistes dépassés.

Tu penses à quoi, qui a une approche similaire ?

ProfesseurMINOS
ProfesseurMINOS
Niveau 7
13 mars 2024 à 15:07:52

Je pense aux dramaturges beaucoup, les Cocteau, les Anouilh, les Giraudoux, mais ça s'est vu en roman aussi, chez Delteil (même si c'est plus de la poésie), sous une forme prosaïque bizarre chez Artaud et j'en passe des surréalistes et cie.

Toute cette génération qui a besoin de réinvestir les mythes pour essayer, sans y parvenir, de donner du sens à leur expérience.

Même Gracq finalement quand il a approché le théâtre il en est passé par là.

Ce besoin de spectacle, d'habiller nos mythes fondateurs sous des oripeaux neufs. Je parle même pas de ce qui a commencé à se faire vers cette époque niveau mise en scène et des zinzolax complètement méta bizarre perdus.

Lionelleboss
Lionelleboss
Niveau 65
13 mars 2024 à 16:05:34

Ha ok mais chez Moravia c'est un peu différend quand même non ? Ça commente cette mouvance plus que ça s'inscrit dedans je trouve. C'est même presque critique vis a vis de ça tout en s'en servant. Ça l'épouse quand même mais en gardant un pied a l'extérieur et en l'observant. (Si j'ai bien compris de quoi il s'agissait, des cités j'ai lu seulement Annouilh et Giraudoux).

Vous recommandez quoi pour Delteil ? Je connaissais pas ça donne envie.

ProfesseurMINOS
ProfesseurMINOS
Niveau 7
13 mars 2024 à 17:12:23

Ben chez Moravia c'est ça l'intérêt je trouve (et c'est pour ça que ça vient après), ça commente en méta cette tendance mais de fait le héros est un Ulysse. Il y a des scènes qui mettent assez clairement le producteur en situation de Polyphème etc.

Donc il y prend pas aussi, et les hallucinations dans la grotte à la fin typiquement ça relève pleinement de la réécriture pour moi et ce n'est plus seulement traité thématique par le fait que certes c'est un scénariste qui doit refaire une Oydssée.

Jésus II c'est intéressant chez Delteil. Mais spécial.

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