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Quel livre êtes-vous en train de lire ?

KobeSmul
KobeSmul
Niveau 75
12 février 2024 à 23:18:29

Je lis des portraits d'André Suares, Âmes et Visages chez Gallimard, c'est superbe. Des portraits de perso historiques concis et qui s'affranchissent de la neutralité historique pour parler de l'élan créateur, des sentiments et les facettes successives des artistes. Il y aussi une préface instructive de Michel Drouin sur le mystère autour de cet auteur à découvrir

MannyCalatrava
MannyCalatrava
Niveau 20
16 février 2024 à 08:04:48

Finito Maître Zacharius de Jules Verne, une nouvelle fantastique entre Poe et Hoffmann à relent moraliste certain. Je l'avais acheté il y a une paie mais j'avoue que j'ai lu ça simplement par passion mongolisante pour les montres qui sont au coeur de l'intrigue.

Comme d'hab avec Jules Verne, c'est plutôt chiant et plat, sans génie dans la composition, mais c'est intéressant de voir l'un des pères de tout un imaginaire techniciste rédiger un texte aussi frontalement anti-science en l'opposant explicitement à une soumission aux lois naturelles de Dieu, sur fond de texte au catholicisme un peu gluant.

Everlasting
Everlasting
Niveau 22
17 février 2024 à 11:00:59

Je suis sur Samuel Johnson is Indignant (Lydia Davis), le troisième recueil de ses Complete Stories. Cette collection traînait dans ma bibliothèque depuis 5-10 ans, au début ça m'avait laissé assez froid. J'ai repris l'année passé et ça m'a beaucoup plus intrigué. Désormais j'enchaine et plus je lis, plus je trouve ça drôle. Il faut imaginer Kafka comme professeure d'université américaine quadragénaire et un peu déprimée dans les années 80-90. Et qui aurait trouvé sa veine dans la micro-fiction: ça va d'une ligne à quelques pages.

C'est bourré d'auto-dérision qui passe par son regard observateur et assez cru sur les hommes (son compagnon, ou son ex-mari Paul Auster peut-être) qui finit par la plonger dans une introspection tout aussi sévère. Et malgré tout ce n'est pas grinçant, c'est plutôt un excès de lucidité ou de franchise qui noircit le tableau comme sans le vouloir. Cela dit, son objet va clairement au-delà d'elle-même - je ne prononcerai pas les mots de condition féminine ou de féminisme parce que c'est une catégorisation, et c'est aussi un peu réducteur. Elle joue aussi beaucoup avec la langue (elle est aussi traductrice), c'est assez expérimental, construit, mais sa voix est naturelle et c'est fluide. Bref, j'aime de plus en plus.

Message édité le 17 février 2024 à 11:04:31 par Everlasting
ProfesseurMINOS
ProfesseurMINOS
Niveau 7
17 février 2024 à 23:30:03

J'ai relu Paranoid Park, dont j'avais gardé l'image d'un bouquin médiocre, fasciné que j'étais par la première découverte que j'en avais eue à travers le prisme de Gus Van Sant dont j'étais accro à l'époque.

Ca se tient bien mieux que dans mes souvenirs en réalité. Il y a de la simplicité dans la construction mais la manière de traiter la façon dont le traumatisme anesthésie le sentiment entre des crises d'allégresse et d'anxiété presque simultanées est assez fine et constitue une vraie bonne étude psychologique de cas, réhaussée par un choix pertinent de l'épistolaire.

Il y a beaucoup de simplicité et de suggestivité qui sait en demeurer au non-dit (comme le personnage pris d'un mutisme du sentiment, incapable d'assumer son meurtre).

C'est rigolo d'ailleurs que le roman choisisse de mettre un extrait de Crime et Châtiment en exergue tant il en prend le contrepied presque total.

SaintLui
SaintLui
Niveau 9
18 février 2024 à 19:55:07

Lu Portnoy et son complexe, que beaucoup doivent avoir lu ici aussi. J'ai beaucoup aimé même si le bouquin a l'air de tourner à vide à partir de sa moitié (mais y a une vraie fin, donc il s'agit de tenir). Je suis assez fan d'oralité dans la narration quand elle est réussie (c'est le cas ici), combinée à l'humour juif de Roth c'est vraiment un plaisir à lire. Au-delà de la verve complètement débridée, y a pas mal de thèmes qui me parlent dans Roth (le recours à la psychanalyse, la tension entre la norme sociale et la sexualité, l'Amérique...) et ils les traitent avec beaucoup de pertinence je trouve déjà ici. Son texte peut pas sortir du discours introspectif de Portnoy qui est effectivement un pervers sexuel mais qui est aussi capable de fulgurances. Le plus difficile dans ce roman c'est sans doute de s'avaler une logorrhée pornographique la lassitude installée.

ProfesseurMINOS
ProfesseurMINOS
Niveau 7
19 février 2024 à 07:38:58

Je l'ai sans doute testé trop jeune personnellement - aux alentours de la quinzaine, il était dans la biblio de ma mère - et j'avais détesté pour les raisons que tu décris.

Globalement Roth ça m'intéresse sur le papier, je vois une cohérence d'ensemble des romans qui pourrait me causer mais la rencontre livre en main s'est jamais faite réellement.

Dommage.

SaintLui
SaintLui
Niveau 9
19 février 2024 à 08:26:39

C'est drôle parce que ça nous ramène un peu, avec d'autres enjeux, à la discussion qu'on a eue sur l'âge et la lecture à propos d'une élève qui lisait du YA dans ma classe.

Pour tenter un commentaire très simple, Portnoy c'est surtout un adulte (la trentaine passée) qui tente de prendre du recul sur son érotomanie et ses perversions. Je comprends tout à fait qu'un ado de 15 ans puisse ne pas se sentir concerné par le projet.

ProfesseurMINOS
ProfesseurMINOS
Niveau 7
19 février 2024 à 09:29:36

Après je dois bien avouer que même aujourd'hui ça me parlerait sans doute pas des masses question thématique.

Je suis plutôt mollasson de la libido et les cachetons de l'épilepsie aident pas. Ou c'est peut-être la drogue je sais pas.

SaintLui
SaintLui
Niveau 9
19 février 2024 à 10:46:43

Ah merde t'es si chargé ?

Et si tu trouves le temps, tu penses quoi de Sous le volcan ? Le personnage du consul m'a semblé à moi très éloigné de ma trajectoire, ce pourquoi (je pense) j'ai galéré à le terminer. C'est la tyrannie de son prestige qui m'a un peu forcé. J'ai du mal à le défendre ce roman.

Message édité le 19 février 2024 à 10:47:10 par SaintLui
ProfesseurMINOS
ProfesseurMINOS
Niveau 7
19 février 2024 à 11:20:10

Y a un truc que je suis censé prendre trois fois par jour pour éviter de refaire une crise d'épilepsie il arrache la gueule de ouf. Je dois limite taper une sieste après chaque prise.

Le Volcan je l'ai toujours pas tapé c'est dans mes grosses lacunes. Y a plein de gens qui m'ont chauffé dessus depuis des années mais j'ai jamais lancé. Donc aucun avis dsl.

ProfesseurMINOS
ProfesseurMINOS
Niveau 7
20 février 2024 à 23:29:27

Finito Un de Baumugnes, un roman de jeunesse de Giono qui fait partie de la première phase régionaliste de sa carrière.

Le narrateur, un vieil ouvrier agricole nommé Amédée, va se mettre en quête d'aider un de ses compagnons, l'Albin, originaire, du mystérieux village montagnard de Baumugnes, pour sauver la femme qu'il aime disparue après avoir été séduite et / ou violée / enlevée par un petit maquereau marseillais.

Le roman s'ouvre comme une histoire de vengeance paysanne, âpre et noire, ce qui m'a énormément emballé d'abord, et s'achève dans sa seconde partie comme un conte, ce qui m'a sensiblement déçu bien qu'on y retrouve déjà en germe cette approche très terrienne, un peu païenne, de la vie que j'aime beaucoup chez Giono. "Vous me direz : ils s'aimaient comme des bêtes...et je vous redirai : oui...et après ?..."

Le travail stylistique sur l'oralité brutale et incorrecte du langage blindée de jargon provençal et paysan des années 20 est génial. Le livre est blindé, déjà là encore, de ces métaphores simples mais géniales qui font toujours de Giono un auteur quasi animiste : il est toujours question de l'âme et de la couleur des sentiments qui ne se comprennent que comme le résultat symbolique et concret à la fois d'une odeur de feuille ou d'une opération de fauchage.

Je suis simplement déçu, donc, de l'orientation de la structure du bouquin sur le global. Mais c'est d'un style tout à fait intéressant et ça me fait regarder avec plus de bienveillance cette première phase du taf de Giono.

baignoired
baignoired
Niveau 36
21 février 2024 à 15:52:31

Je suis en train de lire "Le chemin des âmes" de Joseph Boyden
Le retour au pays d'un amerindien qui a combattu en France avec le contingent canadien pendant la 1ere guerre mondiale

SaintLui
SaintLui
Niveau 9
21 février 2024 à 18:11:08

C'est marrant j'ai lu Un de Baumugnes le mois dernier et il m'avait pas mal plu aussi. Je souscris un peu à tout ce que tu en dis, à ceci près que le tour pastoral que ça prend ne m'a pas gêné plus que ça. Au contraire, je l'ai trouvé assez logique. Albin et Angèle (onomastique éloquente) ici sont comme des prototypes d'innocents, d'anges païens, victimes de la méchanceté des uns, de l'orgueil des autres... J'imaginais mal les voir anéantis à la fin.

SaintLui
SaintLui
Niveau 9
21 février 2024 à 18:14:16

En fait c'est cet aspect prototypique des personnages qui m'a empêché d'aborder le texte comme "une histoire de paysans", mais justement comme quelque chose qui tendait vers le conte comme tu dis.

Au tout début si je me souviens bien, le narrateur est frappé par la bonté d'Albin (un peu comme Bardamu devant Alcide dans le Voyage). Il a ce quelque chose qui fait qu'on devine que c'est quelqu'un de spécial.

ProfesseurMINOS
ProfesseurMINOS
Niveau 7
21 février 2024 à 19:58:02

Je suis d'accord avec ce que tu dis, ça se montre vite sous ce visage-là de toute façon et quand on connaît un peu Giono on sait qu'il a cette approche-là, un peu edenique, de sa région. Je le reproche pas au livre, c'est cohérent.

Simplement je trouve que lors de la rencontre avec Albin, du chapitre introductif, de toute cette thématique de l'espèce de boue noire qui bloque la gorge dans l'amertume, d'Amédée qui parle des couteaux et qui se demande s'il va réussir à faire ce qu'il doit, des métaphores récurrentes de la fauche et du besoin de finir le travail etc, on crée une espèce d'ambiance qui laisse espérer une affaire de mœurs sombre, un peu sordide, dans l'arrière cour d'une ferme misérable. Je sais pas j'imaginais un truc dans ce goût-là au début qui aurait pu coller. Mais je regrette pas la lecture.

--G--
--G--
Niveau 34
21 février 2024 à 20:21:39

Bon pour citer Giono, "Il n'y a pas une seule cigale dans mon œuvre" donc voilà pour le terme "provençal" (il en avait marre de Pagnol qui plaçait ses adaptations en Provence. Giono c'est un montagnard)

ProfesseurMINOS
ProfesseurMINOS
Niveau 7
21 février 2024 à 21:07:33

Tout ça c'est la même merde qui pue la lavande. Le jacobinisme est la seule bonne chose apportée par la république, ils nous emmerdent les crotteux avec leur particularisme comme si un lopin d'excrément ressemblait pas comme deux gouttes de brun à un lopin d'excrément.

ProfesseurMINOS
ProfesseurMINOS
Niveau 7
21 février 2024 à 21:10:05

Mais sinon pour le terme provençal - qui est pas le plus intéressant de l'affaire je pense - je l'évoque dans mon post initial en termes linguistiques plus que géographiques.

Après si ça aurait déplu à Giono, j'avoue que je m'en branle.

--G--
--G--
Niveau 34
21 février 2024 à 21:19:59

https://image.noelshack.com/fichiers/2024/08/3/1708546780-rn.jpg

HydredeChambre
HydredeChambre
Niveau 22
22 février 2024 à 19:40:49

Fini La Conscience de Zeno, roman qui se présente essentiellement comme une sorte de journal autobiographique et introspectif entamé par le personnage de Zeno dans le cadre d’une psychanalyse. Y seront particulièrement décrits les rapports affectifs qu’il entretient avec une poignée d'autres figures, et la place qu’il gagne ou perd à leurs côtés.

Erratique, velléitaire, hypocondriaque, Zeno m'a semblé fait d’une inconsistance, d’une concavité qui pourront donner l’impression qu’il est moins un personnage qu’une sorte de loupe braquée sur les circonstances, une conscience harcelée par les possibilités entrevues pour lui dans son entourage immédiat, quitte à ce qu’il se rabatte sur le choix par défaut pour ensuite trouver à s’en contenter. Désemparé par nature, il semble cependant se sortir quasi indemne des effondrements successifs qui frappent le petit monde de prime abord solide autour duquel il gravite comme un satellite incertain.

Alors que, sans connaître l'œuvre plus avant que son titre, je m’attendais à un contenu plutôt tourmenté et sombre, c’est en fait surtout un roman qui prend le parti du comique. Ce registre marque quasiment toute la narration, à travers le langage ou les situations ; il est subtilement distillé ou explose soudain dans une remarque grossière ou maladroite lancée par Zeno ou partagée avec le narrataire. C'est très réussi à mon goût.

Tour à tour ridicule, méprisable ou touchant, Zeno semble l’objet d’une auto-dissection qui nous laisse entrevoir l’hétérogénéité et la duplicité d’un être humain, qui a l'air de chercher toujours à s’arranger avec sa conscience. Rapidement la tournure des événements m'est devenue moins intéressante que la façon dont le narrateur rendrait compte de son comportement, signifierait sa naïveté ou sa ruse.

Il reste que l’honnêteté présumée du récit autobiographique peut sembler attaquée par une certaine façon de présenter les choses, et l’on croit parfois déceler un indice de mauvaise foi dans une tournure de phrase, ou bien un non-dit grave que la loquacité et la franchise servent d'autre part à dissimuler -- ce qui amène à s’interroger sur la validité de cette narration. Le ton plus neutre de la dernière partie contrebalance l’espèce de naïveté cocasse qui est réservée aux écrits destinés à être lus par le psychanalyste ; on a l’impression d’une tombée de masque, comme si l’humour qui précédait avait été celui d’un personnage narrateur se jouant de son docteur.

Si bien qu’à la fin de ma lecture, j’ai eu le sentiment de passer à côté du propos total de l'œuvre, que je ne peux pas qualifier de simplement / seulement drôle. Et d’un autre côté j’ai pu trouver que le contexte de la cure manquait de poids, ou par exemple que la réaction vengeresse improbable du docteur ne permettait pas de le prendre très au sérieux. Ce qui me fait hésiter sur le propos fondamental du roman, à savoir s’il compose dans son ensemble une sorte de satire contre les prétentions psychanalytiques (ici à guérir le patient, à pouvoir appliquer systématiquement la théorie œdipienne sur sa vie, etc), ou bien s’il se moque (aussi) des prétentions du narrateur à raconter n’importe quoi n’importe comment sans qu’on puisse y trouver un sens, sens qu’il dévoilerait cependant malgré lui.

Bref, je bute un peu contre ce problème, je ne sais pas vraiment comment faire fonctionner ensemble les remémorations de Zeno avec le contexte qui les a amenées, qui en tous les cas nous pousse à porter sur cette parole autobiographique un autre regard, plus suspicieux.

Lecture un peu flou à ce niveau-là donc, mais lecture intéressante, voire surprenante, et très agréable. Je connais peu d'œuvres romanesques qui réussissent leurs effets comiques.

D’ailleurs comme j’ai enchaîné deux œuvres drôles je vais sans doute opter pour quelque chose de plus “grave” pour mon prochain roman. Entre-temps je termine et re-feuillette Éloges de Saint-John Perse, que j’avais entamé il y a un certain temps quand le moment s’y prêtait bien.

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