Je relis Le Maître et Marguerite. Je ne me rappelais pas de la mise en abîme avec la révélation que c'est le Maître qui écrit l'histoire de Ponce Pilate. Sinon, que dire ? Quel mélange de style, quel ambitieux collage. Charmant, tragicomique, absurdiste et piquant dans le commentaire. La pléthore de personnages et l'aise de Boulgakov à les portraitiser renforce le côté humain face aux fantastiques diableries - qui empruntent au folklore Faustien le charisme, la farce et la filouterie, une vraie philosophie de la corruption, le diable comme miroir et produit de la vanité des hommes. Avec les deux personnages principaux, on revient au thème éternel de l'innocence qui seul peut casser ce dilemme faustien. Rien de nouveau sous le soleil, mais quand c'est aussi divertissant, fluide, et bien amené, on est forcé d'applaudir. Une des toutes grandes fables modernes.
Evite de spoiler. C'est un truc que je ne supporte pas.
la semaine prochaine, j''attaque Catherine Fradier 'La face caché des miroirs'
J’ai fini « la vérité à deux visages » de Michael Connelly. Autant il est meilleur que « l’oiseau des ténèbres », autant « le dernier coyote » reste meilleur. Je m’attaque maintenant à « retrouve moi » de Lisa Gardner
Le 23 janvier 2024 à 10:39:55 :
Finito le Palais de glace de Tarjei Vesaas, un romancier / poète norvégien qui a développé à la fin de sa carrière littéraire dans les années 50 60 un style symboliste très intéressant.Dans une aréférentialité volontaire de conte, on ne sait ni trop où ni trop quand se déroule le roman, à part qu'il prend place dans un cadre plutôt rural. La protagoniste, Siss, est une jeune fille qui va s'éprendre de sa nouvelle voisine, Unn, mais celle-ci va disparaître au cours d'un voyage dans le "palais de glace", une sorte d'ensemble de cavités gelées formé par la glaciation d'une grande cascade durant l'hiver.
Le roman va, en cent cinquante pages à peu près, traiter des effets de cette disparition sur la psyché de l'héroïne qui est fascinée par l'inconnaissable bizarre de la grotte de glace.
C'est excellent, encore un bouquin que j'ai acheté voilà des années d'occase chez book off durant mes années à paname et que je n'avais pas touché. La manière dont le mystère s'épaissit tout le long de la lecture en construisant une fascination qui a quelque d'incompréhensible et de frustrant par là est passionnante.
Les descriptions du palais qui donne son titre à l'ouvrage, sorte de frontière vers un autre-monde infigurable situé en plein milieu d'une rivière jamais tant vivante que lorsqu'elle gèle sont exceptionnelles.
C'est un peu la rencontre entre les Villes de Calvino, la poésie symboliste et le film Morse. Un zeste de Dhôtel ou de Daumal dans le délire mais en plus sombre, froid et polaire ou polarisant.
C'est un auteur que je compte bien continuer d'explorer cette année.
ça m'interesse grandement je viens de le commander ![]()
Un truc marrant c'est que Vesaas en fait je l'avais déjà lu mais j'avais oublié que c'était lui.
https://www.jeuxvideo.com.com/forums/message/1109377699
Et ce coup-ci la rencontre ne s'était pas faite, mais je trouvais déjà des effets et des parentés similaires.
J'ai une amie qui es sur la Maison dans les ténèbres elle accroche pas trop. À voir. L'examen du cas Vesaas ce sera un but de mon année.
"Et alors je déposerai mon cor et mon bâton de porcher, je prendrai l'épée et le bouclier de l'homme libre, et je suivrai mon jeune maitre jusqu'à la mort, sans cacher mon visage ni mon nom". (Ivanhoé)
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Le Palais de glace est tentant, je le retiens.
Terminé Les Arpenteurs du monde de Daniel Kehlmann ; trouvé par hasard en librairie, je me rappelais d'un extrait vu rapidement en cours d'allemand il y a des années et qui avait retenu mon attention.
Le roman s'attache aux figures historiques de Carl Friedrich Gauss et Alexander von Humboldt, deux savants nés au 18ème siècle dont la vie et le caractère forment le matériau de base de la fiction, qui va mêler faits réels et inventions de l'auteur. Leurs trajectoires vont un jour se croiser, mais les deux hommes ne sembleront réellement se rencontrer que lorsqu'ils s'éloigneront de nouveau l'un de l'autre.
Il s'agit d'un roman assez curieux, voire surprenant, une sorte de petit bazar qui ne développe rien. Il ne faut en attendre rien de très consistant, ni biographiquement, ni scientifiquement parlant ; on pourrait même se demander si le choix de traiter des deux hommes conjointement, sous le signe de la mesure du monde, n'est pas trop hasardeux, dommageable.
En fait l'auteur prend le parti de l'humour en optant pour un roman obstinément cocasse, et la narration est marquée du début à la fin par un comique que j'ai trouvé très efficace.
Ces caractéristiques donnent à l'œuvre un côté "vaste blague" qui peut rebuter, mais cette dimension est mâtinée de rudesse et de mélancolie. On assiste finalement moins aux succès qu'aux désenchantements, aux difficultés et aux travers des deux personnages, la conscience et les effets de la vieillesse viennent peser sur leur pratique, on interroge l'apport du savant à son époque dans ce qu'il a de dérisoire.
J'ai tiré une agréable lecture de cette immersion rapide dans la vie caricaturée et stimulante de ces deux savants, le tout est bien construit, original et drôle.
Maintenant j'ai commencé La Conscience de Zeno, d'Italo Svevo.
Penser dans un monde mauvais (Geoffroy de Lagasnerie).
Quelqu'un ici connaît un bon bouquin/article qui questionne les notions de "mouvement", "école", "courant" littéraires, qui en proposerait notamment une analyse sociologique et transversale ?
La Cité des nuages et des oiseaux (Anthony Doerr). Prix Pulitzer en 2015.
Le 03 février 2024 à 19:21:20 :
J'ai une amie qui es sur la Maison dans les ténèbres elle accroche pas trop. À voir. L'examen du cas Vesaas ce sera un but de mon année.
je viens de finir (d'une traite ) Le Palais De Glace et je n'ai pas été déçu . C'est d'une délicatesse sans égal , la condition est de se mettre à la place d'un enfant face au deuil , à la solitude , à la depression dans cet univers mysterieux et onirique représenté par le palais de glace .
J'ai pris l'édition Babel et j'ai un doute sur la qualité de traduction ( quelques fautes de syntaxe notamment )
j'aimerais continuer avec vent du nord et les oiseaux
Le 09 février 2024 à 12:09:02 :
Quelqu'un ici connaît un bon bouquin/article qui questionne les notions de "mouvement", "école", "courant" littéraires, qui en proposerait notamment une analyse sociologique et transversale ?
Non mais je pense que la tendance à créer des écoles est un principe très dixneuvièmisant, avec l'apparition de la critique "professionnelle" et l'abandon de la notion vague des belles lettres, des beaux arts pour penser la littérature et le littérare comme quelque chose de spécifique.
D'où le besoin de créer une typologie qui va inventer les écoles et les mouvements bien a posteriori. Pareil pour l'histoire de l'esthétique globalement. Enfin l'historiographie.
Donc j'imagine qu'il va falloir fouiller plutôt dans les revues / publication qui tournent autour de l'étude de ces périodes.
Tchikitak
yes tant mieux si t'as accroché. Pour l'instant moi je suis à 50/50 sur l'auteur, il va me falloir une troisième lecture pour faire le break. Mais pas tout de suite, j'ai toujours besoin de changer.
Le 10 février 2024 à 08:09:16 :
Le 09 février 2024 à 12:09:02 :
Donc j'imagine qu'il va falloir fouiller plutôt dans les revues / publication qui tournent autour de l'étude de ces périodes.
Ok merci pour ta remarque. Je vais orienter mes investigations là-dedans et on verra.
1er tome des Mémoires de PetitPaul
Guignol's Band II de Céline
Franchement c'est un joyeux barda j'ai l'impression de lire une sorte de Dostoievski à la française, beaucoup de sang, de sexe, d'histoires sans queues ni têtes, mais curieusement l'originalité des personnages est agréable à lire.
Lu Au-dessous du volcan de Malcolm Lowry. J'avoue que ça m'a été pénible. J'ai trouvé ça verbeux à plein d'endroits, à patauger, à ne pas avancer, plein d'élucubrations érudites. Y a quand même souvent de très belles pages, des saillies fascinantes qui permettent de tenir, de trouver un vrai intérêt même.
A lire la préface et la postface, j'ai compris qu'il y avait une sorte de secte puriste qui gravitait autour de ce texte, et je trouve le phénomène assez suspect. L'idée que ce serait un genre de necronomicon d'initiés, dont on ne pourrait pas sauter une seule ligne sans passer à côté, qui en même temps proposerait un jeu de piste à travers une structure ultra serrée avec des renvois et des références précises notamment à la mystique juive, me semble ultra prétentieux, et j'ai du mal à croire que ce bouquin peut se permettre d'avoir des prétentions aussi aristocratiques, pour pas dire snob.
Des vulcanistes ici ?
Bientôt fini de lire le 3e et dernier opus du Chevalier aux épines, de Jean-Philippe Jaworski
Je termine Les Annales de Brekkukot (Laxness). C'est un roman d'apprentissage, doublé d'un hommage plein d'auto-dérision aux Islandais, à leurs traditions, à leur sagesse et à leurs fêlures. On commence dans un cadre pur et idyllique de l'enfance, entre terre et mer, ça m'a fait penser un instant au Livre de l'Été. Ensuite on progresse par épisodes, chaque chapitre introduisant ou reprenant un personnage bercés de grandes illusions. Plusieurs sont drôlatiques, l'épisode des barbes par exemple. D'un autre côté, pendant longtemps on ne sait pas où il veut en venir avec l'histoire du chanteur. Il incorpore sans doute trop de choses à la fois dans sa tentative d'embrasser toute l'identité et l'histoire de l'île. Ce qui est un peu ironique vu son apologie de la simplicité. Mais malgré tout il reste une atmosphère sous le ton léger et narquois.
Et si on veut pousser un peu, il y a un syndrome post-/dé-colonial: une patrie de rudes gaillards qui ont eu à subir le joug de la couronne danoise, l'extrême dénuement, la christianisation, et qui doivent se raccrocher à un glorieux passé pour surpasser un complexe d'infériorité.