Au risque d'être décevant, je vais sûrement faire plus court cette fois-ci parce que je n'ai pas grand chose à répondre à ta réflexion, avec laquelle je suis partiellement en accord. J'ai surtout le sentiment qu'on ne s'entend pas trop sur la barrière de l'âge en réalité, et c'est sans doute en partie explicable aussi parce que t'as l'habitude de bosser avec des plus petits (ou parce que t'es père d'enfants encore jeunes) tandis que j'ai moi l'habitude de tafer avec des adolescents - et plutôt bruts de décoffrage en prime.
Juste une chose par rapport à ce contexte de la consommation dont tu parles : si l'élève en question lit ça dans ta classe au milieu de tout le monde, au vu et au su de tous, est-ce que ça ne neutralise pas justement le côté problématique que tu parais voir à la lecture "secrète" de l'œuvre ?
D'un point de vue vraiment très pragmatique (et je ne suis pas spécialiste non plus de la psychologie de l'adolescent, comme toi je me renseigne, je lis un peu de socio, et je fais aussi avec l'empirisme du taf), on sait qu'à douze ans il y a une proportion non négligeable d'adolescents qui ont déjà connu une forme d'éveil sexuel ou autre - sans même rentrer dans la question de la pornographie forcément. Vouloir éviter ou étouffer le sujet (par exemple en interdisant énergiquement ou pas une oeuvre pouvant potentiellement nourrir cet éveil au fantasme), est-ce que ça ne renforce pas par contrecoup la tendance de l'élève à vouloir s'isoler et se cacher avec la chose ?
Je pense qu'il faut mettre les questions à la lumière crûment quand elles surviennent. Ton élève est déjà lectrice apparemment de ce type de littérature, donc qu'on considère cela comme un mal ou non, il est déjà là.
Je me rends compte que ce que j'écris peut paraître contradictoire avec la posture que je présentais plus haut de "laisser-aller". Mais tout ça participe de cette même posture de mollesse apparente que je préconise. Je pense qu'aller à l'encontre frontal de la volonté d'un adolescent, c'est la meilleure manière de le pousser par contrariété à faire ce que tu cherches à éviter. Il faut les prendre comme au judo en utilisant leur force pour décaler leur barycentre (j'ai une note de rade de cent balles dans la gueule, ça me rend lyrique).
L'enjeu du collège de toute façon c'est qu'il faut réussir à les mettre dans cette transition entre l'enfance et l'adolescence, où on est amené petit à petit à relâcher la bride en la gardant à portée de main. C'est pas facile de se positionner efficacement face à ça, s'il y avait une formule magique ça se saurait.
Mais je trouve incompréhensible cette idée que les adultes ne doivent absolument pas se mêler, ni s'intéresser, ne serait-ce qu'au contenu des œuvres érotiques que consomment leurs enfants, ou leurs élèves dans une moindre mesure
S'y intéresser oui, il faut s'intéresser à tout ce que fait son gamin (et ses élèves quand on peut) même si on trouve ça parfaitement con ou incompréhensible. Mais il faut s'y intéresser pour être capable d'en débattre avec eux je crois, plus que pour être dans une position de contrôleur qui vérifie et qui dispense le bon usage correctif le cas échéant.
Je me souviens avec émotion de mon daron à cet égard, qui est décédé assez récemment (deux ans environ) et qui une fois au camping avait lu un Werber à l'époque où j'aimais encore relativement et m'avait sévèrement clashé en me disant que c'était de la grosse merde. Il était mécano, il était sans ambages et sans détours de fac de littérature dans ses avis
Et que ce soit les comics, l'horlogerie, le handball, la littérature, il a toujours soutenu à fond mes passions. Il avait pas mal de mépris pour les gens qui n'ont pas de sujet qui les accroche particulièrement, et quand il me lâchait pour que je retourne chez ma mère ou au collège il me disait tout le temps "travaille bien et joue bien". Bref.
Ce qui est sûr, par contre, c'est que je ne suis pas à l'aise avec le fait que mes élèves lisent ce genre de trucs dans ma classe : ça ne correspond pas du tout à l'atmosphère que j'ai envie de ménager dans ma classe
Ca pour le coup c'est autre chose, ça fait partie du cadre que tu souhaites créer en tant qu'enseignant et ce sera (presque) toujours légitime. Personnellement quand j'organise des clubs de lecture dans mes classes, j'interdis certains formats pour d'autres raisons. Je ne suis même pas contre les collègues qui instaurent une vision assez patrimoniale et élitiste de la littérature (je ne dis pas que c'est ce que tu fais) d'ailleurs. Personnellement, je m'essaie à un très inconfortable numéro d'équilibriste consistant à présenter de la littérature difficile et exigeante tout en l'amenant aux habitudes langagières et culturelles de mes bicraveurs. Pas évident.
PS : j'ai pas fait court en fait.
Au fond je suis assez d'accord avec toi, notamment sur ce point :
il faut s'intéresser à tout ce que fait son gamin (et ses élèves quand on peut) même si on trouve ça parfaitement con ou incompréhensible. Mais il faut s'y intéresser pour être capable d'en débattre avec eux je crois, plus que pour être dans une position de contrôleur qui vérifie et qui dispense le bon usage correctif le cas échéant.
La vertu de cette discussion, pour être dans la réflexivité
, c'est surtout d'avoir pu formuler les enjeux d'un problème que j'ai initialement traité avec beaucoup de mépris. De fait, je ne crois pas être un censeur ni un lecteur élitiste, même si j'ai pu donner à cette élève (ou à d'autres élèves témoins), cette impression. C'est une posture dans laquelle je me complais d'ailleurs en classe, avec certain humour, dans cette espèce de personnage qu'on se fabrique et qui ne reflète pas toujours son véritable centre spirituel. Le tout, c'est d'être attentif à ce qu'on transmet, et savoir repérer les situations qui présentent de vrais enjeux pédagogiques, même après coup, ne serait-ce que pour éviter de merder à nouveau.
Bon c'est mièvre comme conclusion, mais c'est celle qui s'impose pour moi.
Je devrais pouvoir être capable de leur proposer un regard sur les textes qu'ils ont entre les mains, quitte à formuler une réserve dans certains cas, mais toujours pour activer chez eux une lecture active et critique. C'est du reste ce que j'essaie de faire avec eux devant les textes du programme, et j'avoue trouver très peu d'occasions de le faire ailleurs.
Jamais lu Nabokov, j'hésite à me lancer
Lolita est vraiment un roman à lire ( et à relire ).
Feu Pâle aussi, pour les lettrés qui se font un peu trop Kinbote.
Je viens de finir Le Mage du Kremlin qui vient de sortir en poche. Il n'aurait vraiment pas volé son Goncourt face à Vivre Vite en 2022
je viens de commencer
La conquête du pain de Kropotkine
Je commence l'année avec Warlock, mon premier Western. Visuellement c'est conforme à ce qu'on peut imaginer à partir des films, et ça laisse une place intéressante à la psychologie individuelle et collective. Pour l'instant c'est bien construit et bien écrit, avec des personnages ambivalents des deux côtés opposés (y-compris la figure centrale). Apparemment c'est partiellement tiré d'une des plus célèbres tueries au six-coups (le gunfight au O.K. Corral).
Je viens d'acheter mon premier houellbecq plateform
et jai commander un pierre michon les deux beunes 
J'ai commencé "La troisième main" d'Arthur Dreyfuss et je trouve ça à peu près nul pour le moment. Le style est simpliste avec des mots un peu étudiés pour faire "d'époque" (le personnage principal est un gamin qui a 16 ans en 1915, donc on essaie de montrer son éducation IIIe République je suppose) et surtout j'ai l'impression qu'il n'y a aucun chapitre qui excède les 2 pages. Ça crée un sentiment de gêne assez tenace chez moi, je ne sais pas trop si c'est le but recherché. Et l'histoire a l'air nawak mais soyons honnêtes, c'est le postulat de départ assez concon qui m'avait fait m'intéresser au livre en premier lieu.
Ce soir, j'entame Débâcle (Lize Spit). Couverture provocante.
Finito Le Train 17, un roman vaguement réaliste, vaguement psychologue, vaguement romantique, de 1877, représentatif de son siècle en tout et génial en rien, d'une misogynie très lassante et d'une teneur homo-érotique je l'espère involontaire.
De la merde en somme mais qui a eu le mérite de me rappeler pourquoi je n'aimais plus le roman, ainsi que de me rendre compte que la Bête humaine était encore plus du plagiat que je ne le soupçonnais déjà.
Limonov, d'Emmanuel Carrère. Un livre passionnant pour comprendre l'histoire russe de 1960 à 2010. Ca permet aussi de comprendre ce qui se passe en Ukraine.
Le 06 janvier 2024 à 22:02:18 :
Je viens de finir Le Mage du Kremlin qui vient de sortir en poche. Il n'aurait vraiment pas volé son Goncourt face à Vivre Vite en 2022
Oui! Un livre passionnant!
Finito Phèdre !, un monologue comique qui se lit en une heure à peu près et dont le principe consiste en le fait de faire raconter la pièce avec ce qui est censé être des vannes par un conférencier loufoque, pour tous ces débiles de pauvres, de jeunes, de banlieusards qui seront de toute façon bien incapables de lire Racine directement, ces boeufs-humains.
On dirait ce que fait Astier à la musique.
Toute cette génération de pseudo-vulgarisateurs qui transforment tout en bouffonneries m'emmerdent profondément maintenant, ils me font presque retomber dans la réaction parfois parce que je peine à voir derrière la démarche autre chose qu'un mépris de classe dont la condescendance est à peine voilée.
Est-ce que c'est mieux de ne jamais lire Phèdre une fois dans sa vie ou d'avoir de vagues notions sur l'intrigue en ultra résumé sur fond de vannes du type "thésée taisez-vous", "c'est pas piqué des vers - ou plutôt des alexandrins", "mon U c'est du poulet" ?
Je sais pas.
Les fourmis de Boris Vian.
J'ai du Dan Fante, c'est à mi-chemin entre le père John et Bukowski.
Commencé les Vernon Sullivan de Vian, Et on tuera tous les affreux est un nanar mais ça se lit bien
Plus que 15 page du Comte de monté Cristo… C'était incroyable !!!
Je vais lire Vingt Mille Lieues sous les mers et Rumpelstiltskin
J'ai terminé Ravage de Barjavel et Les Hauts-de-Hurlevent d'Emily Brontë. J'ai bien entamé Le Complot contre l'Amérique de Roth.