Le 04 novembre 2023 à 12:50:44 :
Agota Kristof c'est certes assez singulier dans l'ambiance - pour une certaine raison, ça m'évoque pas mal toute une phase de Monster (version anime), la partie avec l'orphelinat en Europe de l'est etc - mais je trouve quand même qu'on peut la relier à toute une tendance de la littérature contempo' de faire des intrigues dans des espaces assez conceptuels, un peu abstraits, secs, qui ont quelque chose de la dureté de l'architecture fonctionnelle dans leur construction.Je pense autant à des trucs que j'aime ou que j'aime pas comme La Maison dans laquelle, Le Rapport de Brodeck, Notre Château, Une forêt profonde et bleue, tout ce type de choses.
Pas purement du post-moderne qui va jouer sur l'horreur existentielle des espaces mais quelque chose d'approchant.
En effet, je te rejoins sur son appartenance à cette tradition de la littérature contemporaine. Je note les textes que je ne connaissais pas, merci ! Personnellement, c'est aussi la structure de la trilogie que j'ai beaucoup appréciée
Je me fais plaisir avec des ebook érotique. j'adore ces petites pépites
https://www.amazon.fr/Tentations-D%C3%A9sirs-C%C5%93ur-Ombres-Passions-ebook/dp/B0CMPRFL22/ref=mp_s_a_1_1?crid=26ZIB6VZTOZ93&keywords=tentations+et+desirs&qid=1699285222&s=books&sprefix=%2Caps%2C113&sr=1-1
Le 06 novembre 2023 à 16:41:35 :
Je me fais plaisir avec des ebook érotique. j'adore ces petites pépiteshttps://www.amazon.fr/Tentations-D%C3%A9sirs-C%C5%93ur-Ombres-Passions-ebook/dp/B0CMPRFL22/ref=mp_s_a_1_1?crid=26ZIB6VZTOZ93&keywords=tentations+et+desirs&qid=1699285222&s=books&sprefix=%2Caps%2C113&sr=1-1
sympa celui-là. je ne savais pas qu'il y avait ce genre d'ebook à bon prix
Finito l'autre jour Le Docker noir d'Ousmane Sembene, un bouquin des années 50 sur un immigré sénégalais qui vit dans la petite Afrique de Marseille dans la misère et qui se fait déposséder du livre qu'il écrit par une écrivaine parisienne, qui va mourir au cours de leur dernière entrevue.
Le livre s'ouvre sur l'enfermement et le procès du personnage, et on suit son histoire en analepse juste avant de connaître le verdict qui intervient à la fin.
Certains dialogues sont assez curieux, marquent une certaine artificialité qui peut déconcerter, et le caractère du héros narrateur est assez difficile à cerner dans ses circonvolutions, parfois un peu trop verbeux et lyrique et d'autres fois ayant l'air nettement plus bourrin détaché.
Le livre se lit assez bien comme une espèce de réponse à L'Etranger dont il observe une structure pas similaire mais approchante.
Quelques passages lyriques se détachent bien, notamment l'ouverture du bouquin sur la douleur de la mère au bord de la plage nue au pays, avec des journaux qui traitent son fils de tueur et qu'elle ne peut pas lire. Mais pour le coup ils s'accordent assez mal avec la sécheresse ailleurs de la narration.
On a une plongée très intéressante dans le milieu des premiers immigrés noirs à Marseille, collectivement considérés comme les mêmes par les Français alors qu'eux font des distinctions, des nuances précises des habitudes culturelles suivant les ethnies ou le type de géographie dont ils proviennent. Mais ce n'est pas développé et là encore quelque chose d'un peu faux a l'air de se dégager de la mise en scène.
C'est curieux. J'en ressors mi figue mi raisin alors que je vois un excellent potentiel au truc, mais dans la composition, le montage, il y a quelque chose d'un peu esquissé, qui manque de maîtrise et qui le tire vers le bas.
Je recommande tout de même à l'occasion.
J'ai dévoré "l'océan au bout du chemin" de Nail Gaiman que j'ai trouvé très bon. J'avais bien apprécié Neverwhere du même auteur, du fantastique assez loufoque, avec de très bonnes trouvailles mais des côtés quand même un peu convenus dans le dénouement (le genre de fin de film américain...), du même auteur "américan gods" m'a globalement ennuyé (je ne comprends pas trop sa très bonne réputation) , et de "bons presages" co-écrit avec Pratchett (auteur du cycle "annales du disque-monde, de la fantasy humoristique dont j'ai apprécié les quelques que j'ai lu : 3 sur la 50aine...), "de bons présages" donc je n'ai pas trouvé ça très drôle ni intéressant.
Pour dire que je ne suis pas un fan de l'auteur.
Mais celui la est très bon, le fantastique vraiment très bizarre donc inattendu.
Le point de vue de l'enfant de 7 ans est très bien fait, ça nous replonge dans notre enfance, les peurs, la vision des adultes, le rapport à la réalité. Je le recommande vivement, c'est assez court - autour de 300 pages - ça se lit vite et avec plaisir. Même pour qui n'est pas amateur de fantastique, le sujet c'est plus l'enfance.
Alors je commence un recueil de nouvelles du même auteur : "des choses fragiles" je valide la 1ère nouvelle déjà ![]()
Je trouve que c'est un écrivain épouvantable globalement et pourtant il a des idées scénaristiques sur Sandman qui sont parmi ce qui a été fait de meilleur sur le format bande dessinée dans son ensemble. Mais en fait Moore c'est pareil.
Le 08 novembre 2023 à 20:39:26 :
Je trouve que c'est un écrivain épouvantable globalement et pourtant il a des idées scénaristiques sur Sandman qui sont parmi ce qui a été fait de meilleur sur le format bande dessinée dans son ensemble. Mais en fait Moore c'est pareil.
Mais as-tu lu celui dont je parle? Je l'ai vraiment pris dans conviction et très agréablement surpris
J'ai lu coup sur coup La Classe de neige et L'Adversaire de Carrère. Je le connaissais de nom sans avoir jamais lu l'un de ses textes - j'ai une sorte de soupçon sur la littérature française contemporaine qui a tendance à glisser dans le récit de soi un peu paresseux à mon sens.
Bref, La Classe de neige, si le roman met du temps à démarrer malgré ses 170 pages, les derniers chapitres sont plutôt bons et valent les deux ou trois heures passées à le lire. En revanche, j'ai été beaucoup moins convaincu par L'Adversaire et tous ces passages où Carrère se regarde le nombril. Et puis, son travail autour de l'affaire Romand - en dehors de tout jugement moral, n'apporte pas grand chose de plus que la page Wikipédia, à l'exception peut-être d'une énonciation chronologique des faits.
Au fond, je n'arrive pas à savoir si je suis dur avec Carrère et si je passe à côté de quelque chose.
T'es trop doux.
Le 06 novembre 2023 à 23:52:25
Ouais j'ai utilisé le Minitel et tapé 3615ETAJV aussi une fois vers 1999.
Pour quel jeu ?
Je me souviens même plus, un truc Megadrive surement, j'avais que des jeux difficiles Infogrames et cie
Sinon pour Carrère oui il n'a pas de génie, même pas de talent particulier. Il choisit des sujets qui sont plus intéressants que lui et il tente des effets un peu foireux.
T'appréciais bien L'Adversaire pourtant non ?
Le 10 novembre 2023 à 16:09:09 :
T'appréciais bien L'Adversaire pourtant non ?
Oui mais c'est J-C Romand qui fait le bouquin. Comme pour Limonov. Il est très mauvais en fiction Carrère. Mais il va a l'important dans ses biographies romanesques, et il n'invente rien.
Ça reste très hétérogène comme tentatives de littérature. Tu passes un peu dessus au final
Le mouvement a l'air intéressant, de l'écrivain frustré qui tâtonne maladroitement. À lire au deuxième degré peut-être.
Un grand mensonge de la littérature, c'est cette nouvelle de Bolano, peut-être dans les Appels Téléphoniques, qui parle d'un écrivain médiocre qui accède au sublime en protégeant des artistes durant la guerre et qui transmet par là une espèce d'étrange et de paradoxale peinture méliorative de la nécessité des artistes mineurs. Mais c'est un artiste majeur qui le dit, ça nique tout.
Un peu comme Brautigan dont on réédite Pourquoi les poètes inconnus restent inconnus quand on sait ce qu'il a permis, qu'il montre déjà en germe ici et qui est favorisé rétrospectivement.
C'est un thème qui m'intéresse de plus en plus, les bouquins qui n'ont pas de grande valeur
intrinsèque mais qui gagnent une certaine puissance par le contexte de leur écriture, notamment l'intention. Aucune idée de si c'est très fertile, ou si ça l'est tout court.
Le 10 novembre 2023 à 17:29:23 :
Le mouvement a l'air intéressant, de l'écrivain frustré qui tâtonne maladroitement. À lire au deuxième degré peut-être.
Oui je recommande, au pire tu en sauras plus sur Romand ou Limonov.
Bolaño fonctionne souvent par l'épuisement / l'accumulation, par un jusqu'au-boutisme du banal ou de l'extrêmement pas-banal qui devient banal, régulier, comme logique ; dans des formes de frictions entre une tartine du petit-déjeuner et un snuff-movie regardé en grande pompe par une assemblée d'esthétes-de-veau prétentieusement cons.
C'est globalement un écrivain des dynamiques (ce qu'il doit en partie à Nicanor Parra et à ses propres goûts variés voire douteux - du punk-garage Mexicain rageux aux films de série Z en passant par des bouquins de science-fiction plutôt génériques) et non du verbe, surtout pas de l'aphorisme.
Sa petite philosophie enfle et prend une importance gigantesque au fil de la lecture de son œuvre.
Avec d'énormes réserves tout de même, puisque son œuvre est multiple, elle aussi.
2666 fonctionne comme ça, La Littérature Nazie en Amérique aussi, Étoile distante dans une certaine mesure et pas mal d'autres bricoles (nouvelles etc.)
Ce que tu dis me fais penser à un des effets que j'aime le plus dans les Détectives sauvages.
Dans ce roman, à chaque fois qu'un mec a dix minutes à attendre que son demi soit servi au zinc ou qu'il faille pisser, il écrit un poème, et ça c'est clairement le tribut que paye Bolano au mouvement Heure Zéro, bien trop peu traduit en français malheureusement, qui dans une logique surréaliste mais beaucoup plus organique intègre complètement le poème à la vie.
La poésie c'est guère plus que respirer dans cette perspective, l'indissociabilité profonde des deux gestes est incroyable. Ce qui rend les romans de Bolano fous, c'est que tous les personnages sont poètes, et la littérature nazie le montre aussi, tu peux être une comtesse facho à la con, un semi-clodo fan d'un club de foot argentin ou un aventurier en ambiguïté morale, la vie a une manière poétique d'être pour ceux qui sentent.
C'est vrai que la putain de poésie est partout tant le monde est bizarre et qu'on est là à brandir des signes pour essayer de le mettre en forme.
Et en même temps, Bolano c'est la grande histoire de l'impénétrabilité du signe.
Carlos Wieder dans Etoile serait pas si intéressant s'il était pleinement compréhensible, de même que le Troisième Reich ne vaudrait rien si on avait une idée nette du Brûlé ou du mari de Frau Else.
La poésie est tout ce qui nous meuble mais derrière la poésie, notre herméneutique (à tous d'une part, et encore plus à nous les "spécialistes" de la littérature) est à chier - et d'ailleurs, 2666 ne malmène rien tant que les critiques-profs, les journalistes, les policiers qui sont tous des décrypteurs de signe.
Quoi de plus anti-sausurrien que Bolano quelque part.