Entre autres choses j'ai récemment terminé La Tache de Philip Roth, et j'ai assez de mal à m'en faire une opinion claire ; j'ai un sentiment moins mitigé que disparate je dirais. J'y ai personnellement trouvé du (très) intéressant et du moins convaincant à mes yeux, même si objectivement parlant je le considère sans hésitations comme un très bon roman, que j'ai lu sans ennui.
Je crois que ce qui provoque essentiellement ma perplexité c'est que je n'ai pas bien adhéré à la situation de base concernant Coleman Silk. Certes son secret et son échappée interrogent la place de l'individu et de l'individualité dans la chape de sa communauté et face au regard de la société -- comme cela se fait par ailleurs concernant Faunia, Lester et la prof accusatrice -- et décuplent les enjeux (je ne dirais pas "rendent plus absurdes", pour ma part) des accusations de racisme le visant, mais j'ai eu du mal à trouver plus d'intérêt que ça au parcours du personnage, tout au moins dans le cadre de ce roman-ci, peut-être parce qu’il ne constituait pas vraiment un objet central à mon avis, contrairement à ce que j'aurais pu imaginer de prime abord, mais que cela se fond, se noie dans un tableau général foisonnant où les parcours d’autres personnages répondent à ce même désir de fuite, de déplacement, d’isolement.
Et selon moi cette espèce de décentrement constant fait une des forces de cette œuvre très nourrie. J'ai beaucoup apprécié l’honnêteté de traitement des différents personnages, leur portrait contrasté, nuancé, qui va au-delà des repères axiologiques ordinaires, et la place accordée à l’histoire (et à l’explication du comportement) de chacun ; c'est l'un des romans dont les personnages m'ont semblé les plus complexes, les plus authentiquement décrits, ce qui, à travers mon relatif "manque d'intérêt" pour l'ensemble, m'a fait poursuivre ma lecture avec curiosité et un certain appétit pour cette analyse franche, parfois impitoyable, et pleine de finesse, de ces figures et de leurs rapports entre elles, de leur drame intime et de leur mystère à chacune. J'ai par exemple bien aimé l'histoire de Lester, traumatisé du Vietnam, dont on montre, comme des autres, les différentes facettes : en souffrance et bourreau, victime et condamnable.
Et avec ça, je me suis rendu compte que j'accueillais plus facilement maintenant ce genre de style (souvent vulgaire, parlé), malgré une relative absence de plaisir esthétique lié à l'écriture, quand il sert un tableau aussi sagace et piquant.
Voilà, retour un peu vague sur ce roman-tragédie, mais lecture prenante et marquante tout de même. Curieusement, ce roman ne m'a pas forcément donné envie de lire d'autres Roth, mais de le relire lui peut-être un jour oui, histoire d'atteindre à une meilleure compréhension. Il y a des choses qui me passaient au-dessus, comme à l’arrière-plan l’affaire Clinton-Lewinsky dont je ne pense trop rien et dont je mesurais sans doute mal la signification dans le texte.
Maintenant j'ai quelques bricoles à lire à côté et je dois choisir mon prochain roman
, peut-être un ou deux plus courts avant de reprendre un pavé. Je me suis acheté quelques Molière aussi récemment, c'est toujours plaisant.