J'ai terminé Trilogie New-Yorkaise et Léviathan de Paul Auster. J'ai aussi Moon Palace d'Auster et Outremonde de Don DeLillo à lire dès que j'aurai terminé Vente à la criée du lot 49 de Pynchon.
Pour Auster, j'ai l'étrange sensation d'être tombé sur la proposition littéraire qui me parle le plus, jusque-là en tout cas.
Relecture de Ringolevio, d Emmett Grogan, en attendant ma commande des "Sept piliers de la sagesse" de Lawrence. J'ai fais 3 librairies cette semaine, aucune ne l'avait, j'ai trouvé ça bizarre, du coup je l'ai commandé dans une librairie indépendante.
Fini En salle de Claire Baglin, un premier roman d'une jeune autrice de chez Minuit sorti cette année, histoire de continuer ma résolution de taper encore régulièrement dans le contemporain.
Les ingrédients habituels de cette littérature sont là, c'est testimonial, c'est sec et blanc, c'est volontairement agrammatical, et c'est plutôt pessimiste sur l'existence sans grand misérabilisme, plutôt avec inertie, en faisant le portrait croisé d'un été à McDonald de la narratrice et de la vie ouvrière et usante de son père culminant vers l'accident, toujours sur le mode très mécanique et haché d'un paragraphe sur deux.
La fibre sociale qu'il y a dedans me parle forcément - j'ai grandi pareil, à m'emmerder sur une banquette le long de putains d'été en camping, ce mode de vacance du démon -, mais littérairement c'est du déjà vu mille fois.
C'est honnête.
Je croyais que t'aimais plus Minuit car c'était aujourd'hui que des pâles copies de ce qui a fait leur renommée (sic à deux mots près)
Intéressant, je retiens et je le lirai si l'occasion se présente
Oui c'est vrai et c'est le cas de celui-là aussi.
C'est de l'espèce de littérature super-matérialiste, "objectuelle", mais sans la radicalité des projets des années 60.
Mais bon faut bien laisser sa chance au contempo' régulièrement.
Dans le même genre j'ai commencé La vie mode d'emploi. C'est bien plus radical ici
Bonjour je lance cette bouteille à la mer, qui aurait lu enfant 44 de tom rob smith ? Vous me sauveriez.
Bonne soirée
Fini Jude l'obscur de Thomas Hardy.
J'ai beaucoup aimé. Roman qui traite de la destinée malheureuse d’un jeune homme, pris entre ses aspirations à une vie intellectuelle qui lui est difficilement accessible et son amour pour sa cousine elle-même en proie à des tourments moraux qui participeront aussi à rendre impossible un éventuel bonheur commun.
La nature, sa nature propre, et les lois religieuses et les considérations sociales, entrent en opposition, à travers notamment l'opposition entre l'amour libre et l'institution du mariage, ici malmenée. De même, en soi les désirs, charnel, amoureux, intellectuel, se livrent bataille et se freinent.
C'est une œuvre foncièrement pessimiste et souvent méchamment ironique (par exemple c'est Jude qui présentera Sue à son ancien professeur, contribuant par là à sa propre infortune). Elle évoque le déterminisme, la fatalité, d'où qu'elle vienne, en montrant du doigt deux personnages qui ne peuvent pas être heureux et semblant regarder toujours sur le côté de leur vie, par manque, par incomplétude.
J'ai trouvé le personnage de Sue très intéressant, très parlant, et selon moi il éclipsait presque celui de Jude. L'état des lieux de sa conscience déchirée est donné dans sa complexité, et il y a cette authenticité qui se retrouve même dans son revirement moral, à la fois étonnant et non, qui suit le drame familial.
A ce propos j'ai trouvé cet événement un peu improbable, en pensant que dans une telle œuvre le regain du malheur aurait pu survenir de manière plus subtile, plus sournoise, ici c'est presque trop gros mais en même temps ça fait survenir une autre dimension dans la complexité morale de Sue (avec l'idée d'avoir fauté au regard de Dieu) et confère quelque chose de mythique à la destinée du couple, avec cette image qui nous vient de Chronos dévorant les enfants de la faute, qui n'auraient pas dû naître. Le presque trop étrange personnage du petit Père le Temps donne l'impression d'un poids qui concentre toute la mélancolie, la fatalité, la menace qui pèsent sur les vies, et c'était une sorte de bizarrerie appréciable et cohérente avec le ton général.
C'est un tableau romanesque qui dans son ensemble peut sembler assez pratiqué et commun en littérature mais qui m'a semblé exacerbé et approfondi par la lucidité, la franchise et le pessimisme. J'en lirai d'autres de Thomas Hardy.
Pas lu Jude the Obscure mais apparemment il se démarquerait du reste de son oeuvre par sa noirceur et son fatalisme. Cela dit je suspecte que tous les Hardy sont super.
Perso je ne lis pas grand chose. J'avance dans Antologia de la literature fantastica (Borges - Ocampo - Bioy Casares) et j'ai lu le très court L'analphabète d'Agota Kristof.
Par contre j'ai commandé plein de choses, on va dire que c'est pour Noël.
Au risque de fâcher certains, je suis pas un grand fan de Balzac mais ça se lit mais le début d'Illusions Perdues me semble tellement chiant...
Le 23 novembre 2022 à 08:02:01 :
Au risque de fâcher certains, je suis pas un grand fan de Balzac mais ça se lit mais le début d'Illusions Perdues me semble tellement chiant...
Oui il est hyper chiant ce livre. J'ai arrêté assez rapidement, d'ailleurs.
Perso je le relirai, Illusions Perdues, j'avais bien aimé, et pour me remémorer la chose avant Splendeurs et misères des courtisanes.
Ici je voulais lire quelque chose de plus court, parmi les trucs que j'ai à dispo il y a le recueil de Maupassant Le Rosier de Madame Husson, ça fait longtemps que je n'ai pas lu de ses nouvelles, ça me dit bien, et La Mort de près de Genevoix.
Le 22 novembre 2022 à 21:48:10 :
Pas lu Jude the Obscure mais apparemment il se démarquerait du reste de son oeuvre par sa noirceur et son fatalisme. Cela dit je suspecte que tous les Hardy sont super.
Oui c'est plutôt noir, mais sans se vautrer dans la description racoleuse. J'ai bien apprécié le ton général et le regard un peu distancié du narrateur. Mon prochain Hardy sera peut-être Tess.
Ah oui bordel faudra que je démarre Tess. Pour revoir le film de Polanski (oui c'est un des plus grands réalisateurs de l'Histoire pour moi, vous allez faire quoi ?)
Illusions perdues est pourtant un chef d'œuvre absolu.
Le tout qu'il forme avec Splendeurs et misères des courtisanes (le Père Goriot dans une moindre mesure également) est l'une de mes meilleures expériences littéraires
Je suis en plein dans Varsovie de Schalom Asch, le tome 2 de la série sur le début de la révolution russe. C'est très enrichissant on y apprend beaucoup de choses parfois étonnantes sur les milieux juifs les plus pauvres de Pologne ou les sionistes sont moqués ou soit l'on est pour les Lumières soit pour le communisme. Il y a des passages assez fous sur la religion. On suite un jeune bourgeois idéaliste qui cherche un sens à sa vie et abandonne ses revenus pour comprendre les plus pauvres. C'est une fresque sociale qui permet de bien comprendre les mouvements intellectuels de cette époque.
Lu un thriller japonais, La Leçon du mal, dont il a bien fallu s'enfiler les quelques cinq cent pages quand même parce que je l'ai payé et qu'il se trouve que là je suis à découvert à cause de la drogue et de l'alcool et des restaurants.
C'est de la merde, je comprends pas comment on peut aimer les thrillers, c'est toujours le même bail écrit avec le cul d'un super-assassin parfait aux caractéristiques de demi-dieu.
Je capte juste pas le délire, je comprends pas comment on peut trouver ça sensationnel horriblement rythmé dans un bouquin alors qu'on peut se confronter à de la vraie horreur épouvantable en deux clics.
Le 23 novembre 2022 à 20:17:07 :
Ah oui bordel faudra que je démarre Tess. Pour revoir le film de Polanski (oui c'est un des plus grands réalisateurs de l'Histoire pour moi, vous allez faire quoi ?)
Réalisateur moyen, mais j'aime bien Tess (et aussi son Oliver Twist d'ailleurs, de mémoire c'est pas mal).
Le 24 novembre 2022 à 22:04:09 :
Le 23 novembre 2022 à 20:17:07 :
Ah oui bordel faudra que je démarre Tess. Pour revoir le film de Polanski (oui c'est un des plus grands réalisateurs de l'Histoire pour moi, vous allez faire quoi ?)Réalisateur moyen, mais j'aime bien Tess (et aussi son Oliver Twist d'ailleurs, de mémoire c'est pas mal).
Ouais le mec qui a fait Le Couteau dans l'eau, Répulsion, Cul-de-sac, Le Bal des Vampires, Rosemary's Baby, Chinatown, Le Locataire, Tess et Le Pianiste était à son prime avec Oliver Twist.
Je connaissais les semi-andouilles qui considèrent Le Fleuve comme le meilleur Renoir mais là ça va loin. Bientôt La Sagesse dans le sang meilleur Huston, Juliette des esprits meilleur Fellini, Le lâche meilleur Ray, Wes Craven génie visionnaire, Wim Wenders légende du settièmare, Charlie Watts meilleur batteur de l'Histoire et... ah ouais non ça existe déjà un peu tout ça.
Je sais pas si c'est parce que les gens refusent tellement d'être normatifs qu'ils en deviennent tordus, si c'est un agrégat d'arguments d'autorité bidon (Le Fleuve, cf plus haut) ou s'ils ne comprennent même pas pourquoi ils aiment ce qu'ils mettent en avant, mais y a eu une table rase des valeurs esthétiques et intellectuelles assez effrayante depuis une dizaine d'années. Je suis plus du tout là. C'est même pire que la connerie scolastique des goûts et des couleurs. Au moins c'était pas prétentieux.
Wes Craven génie visionnaire
C'est quoi le problème encore avec Craven.
Le 25 novembre 2022 à 11:44:05 :
Wes Craven génie visionnaire
C'est quoi le problème encore avec Craven.
En soi aucun, comme pour Argento.
Le problème est juste que pour citer Michel Ciment, on a dû attendre 30 ans après la mort de John Huston pour faire une rétrospective à la Cinémathèque Française. Pour Wes Craven, le corps était encore chaud que le tout Paris néo-cinéphile était en ébullition, quasiment avec des fourches et des torches.