Je viens de finir Les Inconsolés de Minh Tran Huy une tragédie sur une histoire d'amour plutôt toxique entre deux personnages d'un milieu social complètement opposé, plusieurs histoires en réalité qui s'entrecroisent. A la lisière du mélo sans y tomber. Entre le conte de fée, la réalité dure du monde social, sur l'incompréhension dans le couple. Je me suis laissé prendre et enflammé moi-aussi.
Je finis un prince d'Ambre et Bruge la morte m'attend.
J'ai fini L'Anneau du pêcheur de Jean Raspail et c'était franchement moyen.
Autant j'avais beaucoup aimé quand, dans Qui se souvient des hommes, il avait réussi à redonner une voix pleine de dignité au peuple des Alakufs et à nous rendre intelligible la tragédie qu'a été pour eux leur entrée dans l'histoire, autant dans ce livre le fait qu'il se frotte au déclin de sa propre culture catholique rend le ton de son roman aigri et méchamment ironique.
Je me suis même surpris à remarquerons peu trop de facilités d'écritures alors que ce n'est pas vraiment mon habitude d'y prêter attention.
De même le développement du thème de l'ascétisme et de l'espérance autour du personnage principal m'ont laissé d'une impression de superficialité facile.
Reste que les anecdotes historiques sur la période des antipapes sont intéressantes.
Faut dire qu'il n'a pas eu de chance de passer après Mauriac non plus.
J'ai lu Une affinité véritable de Bellow cette semaine et je l'ai trouvé plutôt décevant. Du même auteur j'avais bien apprécié Au jour le jour (Seize the day).
Le sujet en soi m’intéresse : le destin d’un amour / d'une sympathie qui perdure entre deux êtres éloignés, la sincérité des confidences finales, et je trouve toujours plus ou moins poignants ces tableaux d’une existence qui se manque (même si ici ça se termine bien entre les deux).
Cette “affinité véritable” est surtout traitée en creux en même temps qu’une petite société de personnages qui m’ont été plus ou moins antipathiques ou ennuyeux. Et justement, j’aurais pu apprécier cette manière de traitement, qui dessine un contraste entre les faux-semblants, l’avidité, la concupiscence, et le “véritable”, mais ça n’a pas pris. Il manquait peut-être un peu plus de substance à l’esquisse de la relation entre le protagoniste et l’objet de ses pensées pour que l'ensemble puisse dépasser le côté exposé qui manque d’âme.
J’attendais aussi plus de mordant, je n’ai pas trouvé le comique annoncé, et la tendresse mélancolique associée – ou que j'associe – à ce genre d'histoire était en fait difficilement palpable.
Il reste que la prise en charge sans mépris de ce genre de mésaventure humaine m’a permis de m’accrocher à la lecture quand bien même j'ai trouvé certains passages un peu ennuyeux et certaines justifications bancales ou mal amenées, ce qui fait son poids dans un roman de cette brièveté.
Je suis en train de lire les œuvres de George Orwell. Je viens de terminer La Ferme des Animaux et je passe à 1984.
Je viens de finir Hadji Mourat de Tolstoi.
Je suis toujours aussi impressionné par la beauté du style d’écriture de l’auteur, de ses descriptions divers et variés, de sa maturité et profonde sagesse qui s’illustre parfaitement au travers du recul qu’il prend concernant les tribus du Caucase. Il prend bien le temps de mettre en place un contexte, et plus on avance dans l’oeuvre, et plus le conflit fait sens. Comment une guerre pareille peut se terminer avec des montagnards si emprunt de valeurs et de traditions ?
La plus grande qualité du livre reste selon moi les personnages, qui ont tous une personnalité et un rôle à jouer, aussi minime soit il. En partent du petit soldat russe étant partis de son plein gré à la guerre, jusqu’à l’empereur lui même, c’est avec une précision chirurgicale et des détails riches en information que Tolstoi nous peint le Caucase et la Russie déchirées du milieu du 19 eme siècle.
Je recommande. ![]()
Le 01 juillet 2022 à 12:07:06 :
Je viens de finir Hadji Mourat de Tolstoi.
Je suis toujours aussi impressionné par la beauté du style d’écriture de l’auteur, de ses descriptions divers et variés, de sa maturité et profonde sagesse qui s’illustre parfaitement au travers du recul qu’il prend concernant les tribus du Caucase. Il prend bien le temps de mettre en place un contexte, et plus on avance dans l’oeuvre, et plus le conflit fait sens. Comment une guerre pareille peut se terminer avec des montagnards si emprunt de valeurs et de traditions ?La plus grande qualité du livre reste selon moi les personnages, qui ont tous une personnalité et un rôle à jouer, aussi minime soit il. En partent du petit soldat russe étant partis de son plein gré à la guerre, jusqu’à l’empereur lui même, c’est avec une précision chirurgicale et des détails riches en information que Tolstoi nous peint le Caucase et la Russie déchirées du milieu du 19 eme siècle.
Je recommande.
Ca donne envie, merci !
Quant à moi, j'ai terminé Cyrano de Bergerac, j'ai beaucoup aimé. J'ai enchaîné sur "Un barrage contre le Pacifique" de Duras et j'ai apprécié l'ambiance, le dénuement, la dureté des personnages et de leur relation. J'ai trouvé certaines scènes géniales, mais notamment au début du roman.
J'ai continué La Compagnie Noire sinon et je pense que je finirai "Petit Pays" de Gaël Faye ce soir ou demain.
Salut tout le monde !
Je vais bientôt à l'anniversaire d'une amie et je ne sais évidemment pas quoi lui offrir. ![]()
On a fait L ensemble et je sais qu'elle lit de temps en temps donc je vais lui prendre des livres vu que je n'offre pratiquement plus que des livres. ![]()
J'ai déjà prévu de lui offrir Bonjour Tristesse de Sagan et La Promesse de l'aube de Gary, deux livres que j'apprécie mais qui ne sont pas trop difficiles d'accès.
Je voudrais lui offrir également de la poésie. J'ai pensé à Capitale de la douleur d'Eluard que j'adore mais je ne sais pas si ça conviendra. Faut dire qu'on a étudié Les Mains libres en Terminale donc ça peut aider...
Et si jamais vous avez d'autres idées de livres, je suis preneur.
D'ailleurs si vous avez des idées de cadeaux plus générales je prends aussi !
Gorgias, mon premier Platon
Et après j'ai prévu de lire l'Énéide, mais je sais pas quelle édition/traduction privilégier. Si quelqu'un saurait me conseiller
@PrinceArkadi
C'est assez difficile sans connaître ses goûts, mais offrir un livre qui t'as plu semble une bonne idée. Tu as déjà deux beaux livres avec Bonjour Tristesse et La Promesse de l'aube. En poésie je ne saurais t'éclairer, n'étant pas particulièrement amateur du genre. Mais si je devais te donner un nom, je dirais Louise Labé, une des seules que j'ai lu, mais que j'ai bien apprécié
Les Cahiers de Douai, c'est léger.
Le 02 juillet 2022 à 21:35:27 :
Et après j'ai prévu de lire l'Énéide, mais je sais pas quelle édition/traduction privilégier. Si quelqu'un saurait me conseiller
Paul Veyne
La barbarie intérieure de Jean-François Mattéi.
J'en suis au premier chapitre, et je vois ça :
La guerre de Troie nous fait assister moins à la lutte entre la civilisation et la barbarie qu’au choc entre deux civilisations, celle de l’Europe et celle de l’Asie, qui font toutes deux dans la bataille assauts de la même « barbarie ». Pourtant, dominant cette barbarie, Homère montre que la grandeur des deux civilisations est également partagée, comme l’atteste l’admirable épisode de Diomède et de Glaucos. Au moment de s’affronter, en pleine bataille, Diomède le Danaen et Glaucos le Troyen se reconnaissent l’un l’autre comme deux « hôtes héréditaires » et cessent aussitôt le combat pour engager leur foi. Ils sont les descendants d’Œnée et de Bellérophon qui, par le passé, échangèrent des présents et transmirent à leurs enfants les marques de cette amitié entre deux familles issues de deux peuples engagés dans une lutte à mort.
Cet "admirable" épisode de l'Iliade où Diomède mitonne à Glaucos une histoire d'amitié séculaire entre leurs deux familles, qui se seraient échangé mutuellement des biens précieux, pour lui soutirer des richesses (Diomède est beaucoup moins riche que Glaucos, l'échange de biens est inégal). Je n'invente rien, c'est la chute qu'a voulu Homère :
[...] ils sautèrent de leur char, se prirent la main et se jurèrent fidélité. Et là aussi à Glaucos Zeus, fils de Cronos, ôta le sens, car il échangea avec le fils de Tydée, Diomède, ses armes, or contre bronze, et cent bœufs contre neuf.
Diomède dépeint comme un prédateur jusque dans le domaine des affaires, Glaucos comme un gros bêta d'aristocrate qui se fait embobiner par un flatteur. Il n'y a rien de grand là-dessous, Homère veut amuser la galerie. Mais Mattéi qui feuilletait un peu trop vite (à la recherche de quelque chose à grappiller pour son papier) a compris tout l'inverse, et il ne peut plus s'arrêter :
La rencontre de Diomède et de Glaucos qui, à l’instant même où ils se reconnaissent, déposent leurs armes, est le symbole de la civilisation qui se transmet d’âge en âge, en dépit des guerres, et met un terme à la violence. Le signe de reconnaissance initial (sumbolon) est celui de la parole partagée et celui de la parole tenue, en un mot de la foi mutuelle de l’homme pour l’homme qui est, par sa seule manifestation, le dépassement de la barbarie et l’avènement de la civilisation. Cet épisode bouleversant de l’Iliade au cours duquel, dans le massacre général, deux guerriers ennemis se prennent les mains pour rester fidèles à des serments que leurs pères ont échangés autrefois, est le plus pur symbole de la continuité de la civilisation affrontée aux ruptures brutales de la barbarie. En d’autres termes, c’est la parole de reconnaissance et la parole de poésie – mais toute poésie n’est-elle pas reconnaissance ? – qui marquent la frontière de la civilisation. Et la reconnaissance est toujours la reconnaissance de l’autre par lequel je suis dans l’obligation de passer si je veux me connaître moi-même et devenir, selon le mot de Pindare, ce que je suis.
Et on apprend un peu plus loin qu'il s'inspire de Simone Weil :
Tel est le plus haut enseignement de l’Iliade, ce « poème de la force » selon Simone Weil, qui montre comment une civilisation naît sur les ruines d’une autre civilisation, comme si la violence des Cariens, passée dans le génocide des Danaens, avait été en même temps transfigurée par la paix du poème. La civilisation européenne s’est ainsi apparue à elle-même dans le miroir de l’épopée sous le double visage d’une insondable cruauté et d’une infinie tendresse. Homère nous offre, sur les décombres de Troie, ce que Simone Weil appelait ces « moments brefs et divins où les hommes ont une âme » ; contre la pétrification de la force, de tels moments, dans l’Iliade, sont ceux « où ils aiment », qu’il s’agisse de l’amitié qui monte au cœur de Diomède et de Glaucos ou des larmes qui montent aux yeux d’Hector et d’Andromaque. Notre civilisation est bien née dans un poème de mort ; mais les Danaens vainqueurs, devenus des Grecs par le génie de la poésie, de l’histoire, du théâtre et de la philosophie, feront de leur barbarie la civilisation elle-même, à la suite d’une conversion dans laquelle Simone Weil voyait « une chose miraculeuse ». Car si, dans ce poème du génocide chanté par un grec aveugle, les Troyens conservèrent jusque dans la mort leur dignité, les Cariens barbares, pour être des hommes auxquels Homère donna, si peu que ce soit, la parole, n’étaient pas des créateurs de civilisation.
Les Cariens n'étaient pas des "créateurs de civilisation" parce qu'ils ne savaient pas parler de manière intelligible : "La « barbarie » de leur langage ne tient pas à son infériorité par rapport à la langue des Grecs, et donc à son altérité ethnique, mais bien à la difficulté d’articulation des Cariens, hommes rudes et grossiers, qui prononcent mal leur propre langue." Une grossièreté de paysan qui devait les empêcher d'utiliser la parole pour par exemple extorquer des fonds ou, dans un registre similaire, écrire cette resucée de "philosophie" allemande (déjà bien imbuvable) dont nous sert abondamment l'auteur. Il est culotté à faire un sermon sur la raison occidentale repliée sur elle-même et tournant à vide, alors qu'il en est un reflet vivant ...
@PrinceArkadi
C'est assez difficile sans connaître ses goûts, mais offrir un livre qui t'as plu semble une bonne idée. Tu as déjà deux beaux livres avec Bonjour Tristesse et La Promesse de l'aube. En poésie je ne saurais t'éclairer, n'étant pas particulièrement amateur du genre. Mais si je devais te donner un nom, je dirais Louise Labé, une des seules que j'ai lu, mais que j'ai bien apprécié
Merci beaucoup ! Pour le coup je pense que Louise Labé ce n'est pas assez "sexy" pour quelqu'un qui lit peu, donc je vais plutôt privilégier quelqu'un du XXème au moins.
GrandGaffiot/Stoe
Je ne sais pas si ta suggestion est sérieuse.
Je ne sais pas si Rimbaud est très accessible, mais je connais très mal Le Cahier de Douai donc je ne suis pas catégorique.
Le Rimbaud des "petits" poèmes il est très accessible oui. C'est de la perception sensorielle, la simplicité des expériences banales du quotidien, l'exaltation de la jeunesse et du voyage, le sentiment de la liberté ascétique. L'impertinence aussi évidemment de surjouer la persona du petit con.
C'est très facile même s'il y a des richesses internes sympa à analyser.
Le 03 juillet 2022 à 21:25:09 :
Je vais lire Lumière d'août après avoir fini la grisaille des Groseilles de Novembre et puis...et puis...j'aurai fini ma liste.Je dois avouer que je suis (encore une fois) déçu de moi-même après ces quelques années de lecture.
Pourquoi déçu de toi-même ?
Le 03 juillet 2022 à 21:50:09 :
Pourquoi déçu de toi-même ?
J'étais un mauvais lecteur, je le suis resté.
Comment ça un "mauvais lecteur"?
Putain je suis en train de regarder la captation de Tchekhov sur Fr4 du portos qui dirige Avignon maintenant, c'est indignant à quel point c'est de la merde, ça me fout un seum de cochon.
Ils feraient mieux d'en rester à la carrosserie ces salauds.
Le 03 juillet 2022 à 21:25:09 :
Je vais lire Lumière d'août après avoir fini la grisaille des Groseilles de Novembre et puis...et puis...j'aurai fini ma liste.Je dois avouer que je suis (encore une fois) déçu de moi-même après ces quelques années de lecture.
Qu'elle était la liste ?
Mon Dieu, j'ai perdu mon rythme de lecture à cause de mes études, et j'ai l'impression de plus pouvoir rester intrigué comme avant.
C'est-à-dire que je pouvais lire un bouquin entier en trois jours, et là je mets une heure à lire une vingtaine à la rigueur trentaine de pages.
Déjà arrivé à quelqu'un ? ![]()
Le 03 juillet 2022 à 21:56:04 :
Putain je suis en train de regarder la captation de Tchekhov sur Fr4 du portos qui dirige Avignon maintenant, c'est indignant à quel point c'est de la merde, ça me fout un seum de cochon.Ils feraient mieux d'en rester à la carrosserie ces salauds.
Le gugusse dans le public qui tousse et racle de la gorge sans arrêt
Le 04 juillet 2022 à 07:31:49 :
Mon Dieu, j'ai perdu mon rythme de lecture à cause de mes études, et j'ai l'impression de plus pouvoir rester intrigué comme avant.C'est-à-dire que je pouvais lire un bouquin entier en trois jours, et là je mets une heure à lire une vingtaine à la rigueur trentaine de pages.
Déjà arrivé à quelqu'un ?
Ca m'arrive tout le temps, je vois pas le problème. La fatigue, l'ouvrage qui demande de la concentration, ou l'envie de faire autre chose. On n'est pas des machines + le souci de la performance c'est à l'école ou au travail pour faire plaisir aux kapos, pas chez toi peinard.
Le 04 juillet 2022 à 10:04:30 :
Le 03 juillet 2022 à 21:56:04 :
Putain je suis en train de regarder la captation de Tchekhov sur Fr4 du portos qui dirige Avignon maintenant, c'est indignant à quel point c'est de la merde, ça me fout un seum de cochon.Ils feraient mieux d'en rester à la carrosserie ces salauds.
Le gugusse dans le public qui tousse et racle de la gorge sans arrêt
Le 04 juillet 2022 à 07:31:49 :
Mon Dieu, j'ai perdu mon rythme de lecture à cause de mes études, et j'ai l'impression de plus pouvoir rester intrigué comme avant.C'est-à-dire que je pouvais lire un bouquin entier en trois jours, et là je mets une heure à lire une vingtaine à la rigueur trentaine de pages.
Déjà arrivé à quelqu'un ?
Ca m'arrive tout le temps, je vois pas le problème. La fatigue, l'ouvrage qui demande de la concentration, ou l'envie de faire autre chose. On n'est pas des machines + le souci de la performance c'est à l'école ou au travail pour faire plaisir aux kapos, pas chez toi peinard.
Ça me rassure, je me dis que c'est un loisir avant tout, mais mes capacités de concentration me perturbaient vis-à-vis de ça. ![]()