Y a quand même la littérature panoramique, Balzac, Zola, Dickens, Eugène Sue, Les Misérables, et bien d'autres globalement dans la littérature de divertissement et chez les réalistes.
Au XIXe on commence somme toute à avoir assez tôt en France la conscience d'une énergie des classes basses à mobiliser qui a un rôle dans l'histoire, ne serait-ce qu'en tant que meute, à occuper, et ça on commence à le percevoir autour des années 1830.
La Russie à la même époque reste encore attachée à une division sociale assez différente et beaucoup plus discriminante. Ce qu'il y a de marrant chez Gogol, c'est qu'il nous rappelle que dans la société russe le pécore est encore littéralement un bien meuble attaché à un domaine. La conscience de tout cela chez les russes est plus tardive, et doit passer par une agitation sociale pré-révolutionnaire que la France a connue plusieurs fois, et au moins en 1830 et en 1848 si on ne veut pas citer 1789.
Terminé récemment La Guerre et la Paix de Tolstoi, La Tache de Roth et Mars de Fritz Zorn.
La Guerre et la Paix, chef d’œuvre ahurissant de simplicité, de clarté et maîtrise, un peu trop maîtrisé par moment quand même et la dimension d'essai historique gagnerait à être un peu rabotée, le récit se suffit souvent à lui-même.
Premier contact réussi avec Roth et La Tache. Ça déborde de vie, de plaisir d'écrire et de virtuosité narrative ; qualité de vision sociologique qui va de pair avec tout ça.
Mars de Zorn, le trou noir que peut devenir un esprit qui se coupe - qu'on a coupé - de la vie. Les spirales analytiques de la dépression et la contagion de la névrose à travers les pages ; assez désespérant mais doit sonner comme un réveil.
Actuellement je lis Pylône de Faulkner. Un plaisir de retrouver la beauté extraordinaire de son écriture, dans un cadre a priori moins terrifiant que Sanctuaire.
Je viens de finir La démocratie contre les experts de Paulin Ismard. C'était plutôt intéressant, une nouvelle vision de la polis grecque qui s'oppose partiellement à la vision assez commune qui impose un parallèle entre la démocratie moderne et celle de la cité antique. En particulier le fait que les grecques aient toujours mis en abyme le savoir de la chose publique en le confiant au esclave est assez intéressant si on le met en relation avec le fonctionnaire expert de nos démocraties modernes.
Sur ce, je retourne sur Ulysses de Joyce
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Le 11 juin 2022 à 13:16:22 :
Achats du jour
(je passe à la bouquinerie tous les 8 jours, avec 8 euros en poche)
Se cultiver avec Emmaüs, partie 2 :
De quoi me tenir occupé dans ma chambre froide jusqu'à la fin de la canicule.
J'ai fini Chimères de Naguib Mahfouz, j'ai bien aimé. Maintenant je vais lire Martin Eden.
Sympathique, Le roman politique, mais quel enfer les annotations du traducteur (150 pages de notes dans ce goût-là pour 50 pages de Sterne, c'est à vous dégoûter...) : 
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Je dois avouer que j'aime beaucoup le "Sterne (l'auteur)" dans les notes du traducteur à l'intérieur du bouquin de Sterne. J'ai envie de croire que c'est par délice d'imitation et par passion pour l'absurde, mais peut-être aussi qu'il est sérieux et donc con comme un balai.
Les Miserables mais j'ai du interrompre ma lecture à cause d'un défaut d'impression...
Je viens de terminer À la Colonie pénitentiaire de Kafka, ayant été déçu par La Métamorphose et n'ayant pas apprécié Le Verdict, je m'attendais à ne pas aimer... et pourtant, ce fut tout l'inverse.
Ci-dessous, une copie de mon avis que j'ai publié sur mon compte SensCritique ( https://www.senscritique.com/liste/Mon_annee_2022_en_Livres_liste_commentee/3174853 ), ce n'est pas un avis bien ouf non plus, ne vous attendez pas à lire la meilleure critique du monde :
Kafka est vraiment quelqu'un de vicieux, il aime jouer avec moi ! Après avoir lu La Métamorphose qui, sans être mauvais (loin de là), m'avait tout de même un peu déçu, et après avoir lu Le Verdict, qui pour le coup n'est vraiment pas terrible, en plus de donner l'impression que l'auteur tourne en rond, voilà qu'il me met une putain de claque avec À la colonie pénitentiaire ! Le fait-il, tout comme l'officier de la nouvelle, par pur sadisme ? Clairement non, Kafka ne semblant clairement pas avoir été porté vers ce type de pratique.
Pourtant, il faut bien reconnaître une extrême cruauté dans ce texte, un sens du sadisme poussé jusqu'au bout, notamment à travers cet officier qui, le sourire aux lèvres, souhaite à tout prix vouloir donner la mort au condamné en place et qui, surtout, décrit avec un plaisir indescriptible le fonctionnement de la machine alors que le condamné est déjà en place. Ce même condamné qui, on l'apprend bien vite, ne connaît rien du verdict et ne connaît même rien de sa condamnation au point qu'il n'a même pas pu se défendre.
En moins d'une cinquantaine de pages (et encore, dans l'édition que j'ai, c'est écrit en gros), l'écrivain austro-hongrois parais tantôt nous faire découvrir une sorte de Judge Dredd avant l'heure, tantôt prédire avec une insoutenable justesse les barbaries que connaîtra son siècle au cours des prochaines années. Publiée en octobre 1919, la nouvelle a pourtant été écrite exactement cinq ans plus tôt, à l'époque où la Première Guerre Mondiale ne faisait que commencer.
On pourrait penser que Franz Kafka, une nouvelle fois, se place dans la position du condamné, de celui qui souffre injustement. La fin du récit (qui ne fait pas l'erreur auquel je m'attendais) ne peut toutefois que surprendre, ne peut que déstabiliser le lecteur qui s'attendait à avoir à faire à un énième poncif de la part de l'auteur (bon en vrai je dis ça surtout parce que la relation père-fils semble très/trp présente dans l'œuvre de l'auteur, peut-être que ceci n'est qu'une impression et que je me trompe).
Un texte qui, un siècle plus tard, se révèle toujours aussi insoutenable à lire et qui, pourtant, possède tout de même ce côté kafkaïen que l'on aurait pu s'attendre à ne pas retrouver dans cette lecture. À lire absolument !Quant à moi, maintenant que j'ai été happé par la manière dont Kafka parle du système judiciaire, je sens qu'il ne me reste plus qu'à lire Le Procès.
Les notes font pas partie du texte ? Parce qu'à ce niveau-là on dirait vraiment une entreprise consciente de bordel.
En tout cas elles me font rire.
En ce moment c'est Mémoires d'Hadrien que je lis, ça m'a l'air intéressant à première vue ! 
C'est intéressant à toutes les vues.
Marguerite MVP.
Shadow of the Gods, de John Gwynne
C'est de la fantasy inspirée de la mythologie scandinave, c'est un vrai phénomène aux États-Unis ![]()
C'est en anglais par contre donc j'en chie un peu ![]()
Le 16 juin 2022 à 06:43:16 :
Les notes font pas partie du texte ? Parce qu'à ce niveau-là on dirait vraiment une entreprise consciente de bordel.En tout cas elles me font rire.
Il y a un système de renvoi des notes vers un vaste appareil critique, trois fois plus long que le texte.
L'entreprise est consciente, mais une phrase telle que
"Pour l'auteur shandéique, tout pronom personnel extérieur au Je-Auteur n'existe que par l'acte d'écrire qui le désigne - acte à sens unique, contraire à tout trafic, à tout communication."
ressemble plus à un pastiche (?) de prose universitaire qu'à du Sterne.
C"est que je suis un peu sceptique sur les choix de traduction libres de Jouvet.
Exemple (les dernières lignes de Tristram) :
"L - - d ! said my mother, what is all this story about ? —
A COCK and a BULL, said Yorick — And one of the best of its kind, I ever heard."
Devient chez lui :
"Doux J--s ! fit ma mère, qu’est-ce que c’est que toute cette histoire ?
Une CHAPONNADE en trop et une RATACONNICULADE en moins, fit Yorick ; l’histoire sans queue, mais non sans tête, d’un taureau flapi du bas, d’une vache qui n’avait pas eu d’andouille après souper, et d’une femme peut-être trop tôt vannée en sa grange — et une des meilleures que j’aie jamais entendues dans le genre."
Il ne manque assurément pas d'humour, et la démarche est singulière (puisqu'on ne peut pas rendre l'ambiguïté sexuelle de "cock"/"bull", risquons le palimpseste en surenchérissant dans l'esprit de...) mais je ne trouve pas le résultat convaincant (au moins ici). C'est peut-être un cas d'école du traducteur fou.
Intéressant.
Quelque part, avec ce texte-là, ça s'impose et ça poursuit la démarche.
La traduction Jouvet est très reconnue, c'est peut-être moi qui m'égare.
La hargne contre la traduction de Mauron me semble excessive, en tout cas (j'ai découvert Tristram avec celle-ci et je m'en portais bien) :
https://www.lemonde.fr/livres/article/2006/10/05/qui-a-peur-de-tristram-shandy_820085_3260.html
("Un classique postmoderne à une époque où le modernisme n'était même pas encore né !" - on n'en finira pas de ce lieu commun sur Sterne)
C'est une question qui m'a beaucoup intéressé pour le coup. Quand on voit tout ce que la "littérature excentrique", comme elle est parfois nommée notamment par les critiques de Nodier, a produit sur le travail du collage et du méta sur la forme, est-ce que l'étiquette post-moderne a un sens autre que situer un moment chronologique ?
Déjà au Moyen-Âge ça les faisait marrer, et certainement dès l'Antiquité même si j'ai pas de texte forcément hors pseudo-traités farceurs qui me vient là. La Salade de Antoine de la Sale joue par exemple très concrètement sur la composition méta d'un recueil.
J'aime bien la formule et je ne connaissais pas la Bibliographie des fous de Nodier, j'irai lire ça.
Disons que la postmodernité, if there is such a thing, renvoie à une certaine expérience du monde (pour le dire vite) complètement étrangère à Sterne. Donc on peut se passer de cette formule, même si elle brouille les lignes (dire que Sterne est postmoderne avant le modernisme, c'est évidemment balayer ces étiquettes).
Autrement tout à fait, on n'a pas attendu Sterne pour s'amuser avec le texte !