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Quel livre êtes-vous en train de lire ?

--G--
--G--
Niveau 34
21 décembre 2021 à 21:49:07

Le 21 décembre 2021 à 21:48:19 :
c'est quoi ta pp

Lucio Fontana

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 21 décembre 2021 à 22:28:52

En ce moment je suis sur le livre ' Stèles " de Yang Jisheng.
Pour tout dire c'est la couverture qui avait attiré mon regard.
C'est une enquête historique sur une famine en Chine qui a eu lieu entre 1958 et 1961 et qui a fait plus de 30 millions de morts.
J'ai déjà lu un tiers du livre et l'auteur à vraiment réalisé une enquête très minutieuse, d'ailleurs il y a énormément de chiffres de données.

Par contre il a aussi recueillis beaucoup de témoignages de gens de l'époque ainsi que de responsables.

Bref d'habitude je ne lis pas ce style de livre ou devrais-je dire de rapports d'enquêtes sauf que là, j'ai accroché.

L'auteur démontre bien que cette famine aurait pu être très largement évité ou au moins considérablement amoindrie , s'il n'y avait pas eu des décisions catastrophique prise par plusieurs personnes clés au moment où cela c'est produit.

BennyProfane
BennyProfane
Niveau 17
22 décembre 2021 à 13:35:28

Le 21 décembre 2021 à 23:34:05 :

wallah je suis triste, on m'a vendu du rêve, j'ai acheté un exercice de style d'un étudiant en lettres

C'est un peu vrai, mais avoue que certains moments passés en sa compagnie n'étaient pas déplaisants ? L'idée globale derrière le roman est un peu creuse, mais la surface pas dégueulasse, si ?

ça ne suffit pas pour faire un bon livre
effectivement quand je l'ai démarré j'ai trouvé certains passages intéressants, sa plume intéressante, un certain symbolisme, mais passé le début tu te rends compte que ça devient globalement répétitif, sa plume est juste un enrobage, son propos est juste nul en fin de compte

Aurevilly
Aurevilly
Niveau 10
22 décembre 2021 à 13:43:02

Fini Arcadia, une pièce contemporaine de Tom Stoppard.

On suit, dans une maison de campagne anglaise, les rencontres scientifiques et amoureuses de deux groupes de personnages occupant la même pièce mais à des temporalités séparées et alternées, en 1809 et à notre époque.

Autour de la visite qu'aurait fait Byron de cette maison avant son départ précipité au Portugal, l'idée de la pièce est de faire réfléchir à la façon dont le désir intellectuel prolonge ou s'oppose, suivant les paramètres, au désir physique, les deux ayant pour point commun fondamental de constituer une mise en contact dangereuse de l'individu avec le monde, avec l'extérieur.

Philosophiquement, c'est pas à chier une pendule mais la petite réflexion dualiste que ça veut mettre en scène est bien livrée, sait être réellement émouvante sur la fin, et l'exercice de style witty à la Wilde du début est maîtrisé dans les codes.

Je préfère la manière qu'ont les romanciers XIXe de traiter de cette question de l'énergie et de ses formes comme moteurs de l'individu mais c'est une bonne lecture.

Pogo25
Pogo25
Niveau 6
22 décembre 2021 à 15:20:30

Septentrion de Calaferte. On parle toujours du style de Céline, celui de Calaferte est argotique également, je trouve certains passages magnifiquement bien écrits au point de relire plusieurs fois la même page.

E-180
E-180
Niveau 31
23 décembre 2021 à 09:20:09

Le 17 décembre 2021 à 08:23:18 :
Fini les notes sur l'affaire Dominici de Giono. Je m'attendais à un truc nazouillet comme l'équivalent qui existe chez Gide mais c'est très intéressant en réalité.

Il y a notamment une réflexion sur le langage et la façon dont la justice est essentiellement discours plus que loi qui est interpellante.

J'ai découvert cette affaire dans Mythologies de Barthes récemment. Assez fou le retentissement que ça a eu à l'époque, Orson Welles en a fait un documentaire, il y a aussi un film avec Gabin.

Ca parle de Strindberg plus haut, j'ai lu son Inferno il y a 2 semaines, assez déçu. C'est un texte autobiographique (écrit en français) sur la crise schizophrénique/mystique/persécutoire qu'a vécu Strindberg pendant quelques années. Il aurait composé le texte à partir de ses notes d'époque, on sent l'énorme processus de lissage et d'agencement de cette folie qui se transforme en voyage symbolique cohérent et compréhensible donc assez plat et chiant. Le type trafique les événements, toute son expérience pue l'artificiel, il a voulu éviter le pathétique brut de la maladie, mais n'ose pas non plus en faire un vrai trip halluciné et apocalyptique contrairement à ce que laisse envisager le titre. Pas trop d'intérêt du coup.

Là je suis sur Je m'en vais de Echenoz. Sa prose est plaisante, très bien rythmée, ça se lit agréablement, mais il ne raconte rien. J'ai l'impression qu'il refuse le sens, l'importance de son sujet, ça n'a aucun intérêt. On connaît ces textes parfois un peu branleurs qui explorent leur propre vacuité, là c'est le stade au-dessus, il y a même plus cette réflexivité. C'est presque drôle en soi, comme quand ton pote au lycée fait une présentation complètement HS avec grand sérieux, mais au-delà de cet aspect blague je vois pas trop le projet. Bon je suis qu'à la moitié, peut-être que ça changera.

Message édité le 23 décembre 2021 à 09:23:15 par E-180
TaynChaoticOrb
TaynChaoticOrb
Niveau 8
23 décembre 2021 à 10:55:03

J'ai temporairement mis en pause le seigneur des porcheries. Un peu long et j'accroche pas tellement, trait un peu trop forcé et brut de décoffrage, je finirai tout de même une autre fois. Par contre j'ai commencé le Jardin des Supplices de Mirbeau mamamia cette plume, ces personnages, c'est d'une délicatesse. Puis l'ambiance du roman c'est quelque chose.

[-El_Maestro-]
[-El_Maestro-]
Niveau 26
23 décembre 2021 à 11:16:31

--G--
21 décembre 2021 à 21:46:48
Alerte
Le 21 décembre 2021 à 21:11:24 :
TaynChaoticOrb
20 décembre 2021 à 15:28:48
Alerte
J'ai abandonné l'Homme sans qualités (trop long, trop essai et pas assez roman, légère fatigue de tout relire x fois pour bien comprendre) pour commencer le Seigneur des Porcheries

Arf dommage : ( j’aimerais tellement plus d’avis sur ce livre mais très peu l’ont lu, ici ou ou ailleurs .. :(

Je suis en train de le relire, entre autres.

Avec plaisir si tu peux nous faire un retour régulier en tout cas !

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 23 décembre 2021 à 15:45:25

J'ai bien entamé le Loup des Steppes de Hesse. J'aime beaucoup, même si la première partie se veut plutôt lente pour décrire la complexité du protagoniste. Comme je l'ai déjà lu sur le forum, je pense que tout le monde peut se sentir concerné par au moins un aspect du livre, c'est une lecture à conseiller :noel:

J'ai déjà lu Siddhartha du même auteur, j'accroche beaucoup à son style roman philosophique, parmi ce que j'ai lu, c'est sûrement Voltaire qui se rapproche le plus de son style, bien qu'il soit plus simple [[sticker:p/1kkr]]

HacheTague00
HacheTague00
Niveau 30
23 décembre 2021 à 16:51:16

J'en suis aux deux tiers du Temps Retrouvé de Proust, pour l'instant je pense le meilleur tome de la Recherche.

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 23 décembre 2021 à 19:47:25

Le 22 décembre 2021 à 15:20:30 :
Septentrion de Calaferte. On parle toujours du style de Céline, celui de Calaferte est argotique également, je trouve certains passages magnifiquement bien écrits au point de relire plusieurs fois la même page.

Excellent roman, je le lisais quand je bossais encore en usine, ça m'a vraiment aidé à l'époque.

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 23 décembre 2021 à 21:52:43

Le 23 décembre 2021 à 09:20:09 :

Le 17 décembre 2021 à 08:23:18 :
Fini les notes sur l'affaire Dominici de Giono. Je m'attendais à un truc nazouillet comme l'équivalent qui existe chez Gide mais c'est très intéressant en réalité.

Il y a notamment une réflexion sur le langage et la façon dont la justice est essentiellement discours plus que loi qui est interpellante.

Ca parle de Strindberg plus haut, j'ai lu son Inferno il y a 2 semaines, assez déçu. C'est un texte autobiographique (écrit en français) sur la crise schizophrénique/mystique/persécutoire qu'a vécu Strindberg pendant quelques années. Il aurait composé le texte à partir de ses notes d'époque, on sent l'énorme processus de lissage et d'agencement de cette folie qui se transforme en voyage symbolique cohérent et compréhensible donc assez plat et chiant. Le type trafique les événements, toute son expérience pue l'artificiel, il a voulu éviter le pathétique brut de la maladie, mais n'ose pas non plus en faire un vrai trip halluciné et apocalyptique contrairement à ce que laisse envisager le titre. Pas trop d'intérêt du coup.

Je partage complètement ton constat, du moins je le partageais lors de ma première lecture. Depuis j'ai pu lire l'essai que le philosophe (également psychiatre) Karl Jaspers consacre à l'étude de ce livre en particulier et des psychopathologies de Strindberg en général. Grâce à Jaspers j'ai pu comprendre que les schizophrènes pouvaient être à la fois conscients de leur "folie" tout en cédant à leurs délires. Autrement dit, ils ont - comme Strindberg - une sorte d'hyperacuité qui ne les empêchent pourtant pas de basculer parfois dans des états où la peur du complot est permanente. Dans cet essai, Jaspers décrypte pourquoi Strindberg réarrange ses notes après coup pour accoucher d'Inferno. Il faut savoir que Strindberg était littéralement obsédé par la peur de se faire interner, il voulait écrire à propos de sa folie mais avait peur qu'une publication telle quelle lui vaille un internement d'office.

Message édité le 23 décembre 2021 à 21:53:47 par Pseudo supprimé
blinkr
blinkr
Niveau 25
23 décembre 2021 à 23:17:19

Le 23 décembre 2021 à 16:51:16 :
J'en suis aux deux tiers du Temps Retrouvé de Proust, pour l'instant je pense le meilleur tome de la Recherche.

La Prisonnière reste mon préféré mais c'est sûr qu'on est toujours à un niveau monumental

HacheTague00
HacheTague00
Niveau 30
23 décembre 2021 à 23:59:56

Le 23 décembre 2021 à 23:17:19 :

Le 23 décembre 2021 à 16:51:16 :
J'en suis aux deux tiers du Temps Retrouvé de Proust, pour l'instant je pense le meilleur tome de la Recherche.

La Prisonnière reste mon préféré mais c'est sûr qu'on est toujours à un niveau monumental

C'est marrant parce que c'est celui qui m'a le plus déplu :hap: .

blinkr
blinkr
Niveau 25
24 décembre 2021 à 01:25:23

Le 23 décembre 2021 à 23:59:56 :

Le 23 décembre 2021 à 23:17:19 :

Le 23 décembre 2021 à 16:51:16 :
J'en suis aux deux tiers du Temps Retrouvé de Proust, pour l'instant je pense le meilleur tome de la Recherche.

La Prisonnière reste mon préféré mais c'est sûr qu'on est toujours à un niveau monumental

C'est marrant parce que c'est celui qui m'a le plus déplu :hap: .

Il y a quelque chose de magnifique dans son combat contre Albertine. C'est durant la période douloureuse de sa vie, où ses éternelles procrastinations sont enfin réellement justifiées, qu'il va pourtant faire le plus de progrès sur son œuvre. Les réfléxions sur Balzac et Wagner, la sonate de Vinteuil (le plus beau et le plus important passage de La Recherche pour moi, qui démontre explicitement tout le potentiel de l'Art, celui transcende la réalité, plus particulièrement le Temps, évidemment), les discussions littéraires avec Albertine, la mort de Bergotte, la publication de son article dans Le Figrao, etc. Le contraste est d'autant plus puissant qu'il y a un réel danger ici, s'il cède à la tentation du mariage avec Albertine, il répète l'erreur de Swann et termine probablement aussi misérable que lui, à la nuance encore plus tragique qu'il n'aura personne pour sauver sa mémoire. Loin des complications mondaines ou des innombrables intrigues amoureuses des premiers tomes, La Prisonnière est d'une radicalité déconcertante : pure opposition entre deux extrêmes : l'Art, l'extase, l'élevation et l'immortalité ou l'amour, la souffrance, la médiocrité et la mort. Même si le dîner Verdurin prend une bonne partie du tome, il fait plus office de parenthèse qu'autre chose, il n'influe pas sur le dilemme de La Prisonnière. C'est un point de pivot énrome dans La Recherche, et on peut se demander si le narrateur n'aurait pas reproduit l'erreur de Swann si Albertine ne s'était pas planté dans un arbre.

HacheTague00
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Niveau 30
24 décembre 2021 à 02:37:32

Le 24 décembre 2021 à 01:25:23 :

Le 23 décembre 2021 à 23:59:56 :

Le 23 décembre 2021 à 23:17:19 :

Le 23 décembre 2021 à 16:51:16 :
J'en suis aux deux tiers du Temps Retrouvé de Proust, pour l'instant je pense le meilleur tome de la Recherche.

La Prisonnière reste mon préféré mais c'est sûr qu'on est toujours à un niveau monumental

C'est marrant parce que c'est celui qui m'a le plus déplu :hap: .

Il y a quelque chose de magnifique dans son combat contre Albertine. C'est durant la période douloureuse de sa vie, où ses éternelles procrastinations sont enfin réellement justifiées, qu'il va pourtant faire le plus de progrès sur son œuvre. Les réfléxions sur Balzac et Wagner, la sonate de Vinteuil (le plus beau et le plus important passage de La Recherche pour moi, qui démontre explicitement tout le potentiel de l'Art, celui transcende la réalité, plus particulièrement le Temps, évidemment), les discussions littéraires avec Albertine, la mort de Bergotte, la publication de son article dans Le Figrao, etc. Le contraste est d'autant plus puissant qu'il y a un réel danger ici, s'il cède à la tentation du mariage avec Albertine, il répète l'erreur de Swann et termine probablement aussi misérable que lui, à la nuance encore plus tragique qu'il n'aura personne pour sauver sa mémoire. Loin des complications mondaines ou des innombrables intrigues amoureuses des premiers tomes, La Prisonnière est d'une radicalité déconcertante : pure opposition entre deux extrêmes : l'Art, l'extase, l'élevation et l'immortalité ou l'amour, la souffrance, la médiocrité et la mort. Même si le dîner Verdurin prend une bonne partie du tome, il fait plus office de parenthèse qu'autre chose, il n'influe pas sur le dilemme de La Prisonnière. C'est un point de pivot énrome dans La Recherche, et on peut se demander si le narrateur n'aurait pas reproduit l'erreur de Swann si Albertine ne s'était pas planté dans un arbre.

Je rejoins ton commentaire mais j'ai trouvé que les réflexions autour de la jalousie à l'égar d'Albertine empesait sérieusement le récit par des propos circulaires, qui n'apportait rien de nouveau dans le fond, ni dans le style.

Je viens de finir Le Temps Retrouvé. Pour moi l'un sinon le meilleur tome de La Recherche. En tout cas ce fut une belle odyssée, très intéressante et très belle, pleine de profondeur et bon sens, d'amour pour l'art mais ironiquement relativement peu pour les êtres humains à mon sens. Je ne rejoins pas toutes les pensées de Proust mais je pense que la plupart des gens doivent se retrouver dans ses paroles, si tant est qu'ils possèdent l'honnêté ou au moins la clairvoyance de s'y voir. En partie le commentaire de son futur ouvrage qui clos l'oeuvre permet de mesurer sa volonté au résultat.

Petite note par contre, on entend souvent parler de la madeleine de Proust en sous entendant un motif particulièrement pregnant de La Recherche, mais je trouve d'autres éléments bien plus important au final. Ironiquement je pense que c'est devenu un lieu commun parce que beaucoup n'ont pas du s'embêter à dépasser le premier tome :hap: .

blinkr
blinkr
Niveau 25
24 décembre 2021 à 02:50:30

Le 24 décembre 2021 à 02:37:32 :

Le 24 décembre 2021 à 01:25:23 :

Le 23 décembre 2021 à 23:59:56 :

Le 23 décembre 2021 à 23:17:19 :

Le 23 décembre 2021 à 16:51:16 :
J'en suis aux deux tiers du Temps Retrouvé de Proust, pour l'instant je pense le meilleur tome de la Recherche.

La Prisonnière reste mon préféré mais c'est sûr qu'on est toujours à un niveau monumental

C'est marrant parce que c'est celui qui m'a le plus déplu :hap: .

Il y a quelque chose de magnifique dans son combat contre Albertine. C'est durant la période douloureuse de sa vie, où ses éternelles procrastinations sont enfin réellement justifiées, qu'il va pourtant faire le plus de progrès sur son œuvre. Les réfléxions sur Balzac et Wagner, la sonate de Vinteuil (le plus beau et le plus important passage de La Recherche pour moi, qui démontre explicitement tout le potentiel de l'Art, celui transcende la réalité, plus particulièrement le Temps, évidemment), les discussions littéraires avec Albertine, la mort de Bergotte, la publication de son article dans Le Figrao, etc. Le contraste est d'autant plus puissant qu'il y a un réel danger ici, s'il cède à la tentation du mariage avec Albertine, il répète l'erreur de Swann et termine probablement aussi misérable que lui, à la nuance encore plus tragique qu'il n'aura personne pour sauver sa mémoire. Loin des complications mondaines ou des innombrables intrigues amoureuses des premiers tomes, La Prisonnière est d'une radicalité déconcertante : pure opposition entre deux extrêmes : l'Art, l'extase, l'élevation et l'immortalité ou l'amour, la souffrance, la médiocrité et la mort. Même si le dîner Verdurin prend une bonne partie du tome, il fait plus office de parenthèse qu'autre chose, il n'influe pas sur le dilemme de La Prisonnière. C'est un point de pivot énrome dans La Recherche, et on peut se demander si le narrateur n'aurait pas reproduit l'erreur de Swann si Albertine ne s'était pas planté dans un arbre.

Je rejoins ton commentaire mais j'ai trouvé que les réflexions autour de la jalousie à l'égar d'Albertine empesait sérieusement le récit par des propos circulaires, qui n'apportait rien de nouveau dans le fond, ni dans le style.

Je viens de finir Le Temps Retrouvé. Pour moi l'un sinon le meilleur tome de La Recherche. En tout cas ce fut une belle odyssée, très intéressante et très belle, pleine de profondeur et bon sens, d'amour pour l'art mais ironiquement relativement peu pour les êtres humains à mon sens. Je ne rejoins pas toutes les pensées de Proust mais je pense que la plupart des gens doivent se retrouver dans ses paroles, si tant est qu'ils possèdent l'honnêté ou au moins la clairvoyance de s'y voir. En partie le commentaire de son futur ouvrage qui clos l'oeuvre permet de mesurer sa volonté au résultat.

Petite note par contre, on entend souvent parler de la madeleine de Proust en sous entendant un motif particulièrement pregnant de La Recherche, mais je trouve d'autres éléments bien plus important au final. Ironiquement je pense que c'est devenu un lieu commun parce que beaucoup n'ont pas du s'embêter à dépasser le premier tome :hap: .

Ça reste l'exemple le plus probant de la mémoire involontaire. Je trouve aussi beaucoup plus de poésie dans la réminiscence des pavés de l'hôtel de Guermantes, peut-être justement parce qu'elle est moins parlante et universelle.

HydredeChambre
HydredeChambre
Niveau 22
24 décembre 2021 à 17:00:52

Terminé Au bord de la vaste mer de Strindberg donc.
C’est une œuvre qui selon moi aurait mérité une lecture moins entrecoupée et plus assidue que celle qui a été la mienne par manque de disponibilité, aussi je la relirai peut-être un jour. N’ayant plus le livre avec moi, je ne peux pas y revenir et mettre au point mon idée sur certaines choses.
J’ai bien aimé lire ce roman que je trouve intéressant, à l’écriture excellente. Les points sur lesquels j’émettrais des réserves me semblent en même temps participer d’une sorte de grossièreté (au sens de mal dégrossi), et non pas d’une maladresse, à mettre sur le compte de la nécessité de les décrire comme telle de la part de l’auteur.

L’histoire se situe dans l'archipel de Stockholm, où Axel Borg, jeune inspecteur des pêcheries, est amené à travailler. Se targuant d'avoir un intellect supérieur à celui de la masse, il nourrit également une conception généralisante et dépréciative des femmes, au sens où il les considère comme des êtres immatures et insidieux, formes intermédiaires entre l’homme et l’enfant et dont le destin naturel est d’être dominées. Installé au milieu d'une population non instruite, hostile, réfractaire à ses idées novatrices, il va s’éprendre d'une femme, et ainsi se retrouver doublement exposé à des forces qui lui sont contraires. Le roman décrit la façon dont il lutte ou fait en sorte de ne pas avoir à lutter, sa réussite et son échec.

Dès le commencement, on est susceptible de sentir que l'évolution qu'on pourrait attendre de la part d'un tel personnage de roman jeté dans un milieu étranger ne se fera pas, tant il semble déjà revenu de tout, hyperlucide au sujet des lois qui régissent les phénomènes naturels, humains inclus. Il porte sur le monde un œil de naturaliste, et d’ailleurs les descriptions des paysages et de la faune scandinaves semblent essentiellement le fruit de cette subjectivité, de cette sensibilité particulière. Les premiers chapitres peuvent faire l'effet d'une sorte de long prélude avant l'évènement de la rencontre avec Maria, qui participe à nous conforter dans l'idée d'un individu intellectuellement surinvesti, qui ne souffre pas de manque et ne cherche qu'à appliquer au monde le fruit de son travail.

Si face à la masse des vulgaires Axel Borg ne doute pas d'être un être supérieur et civilisateur, ce qui pourrait facilement le rendre simplement antipathique, il est également victime d’une bêtise ambiante, faite de préjugés, de superstition, d'hypocrisie, qui contribue à lui donner pratiquement une aura sacrificielle.
D’autre part, sa perception de la Femme fait de son rapport à elle une lutte pour la domination où l'on doit ruser mieux que l'autre, puisqu’elle ne reconnaît pas aussi facilement qui est le maître. Maria est un rire avant tout, elle est hors de propos. Le spectre de la vie animale qui hante le roman s’incarne dans la relation entre les sexes et pose la question de la nature de l’amour.

On pourrait dire du personnage qu’il est misogyne, au sens décrit plus haut ; et s’agacer quand il se lamente de ce qu’on ne pourra pas faire de la femme un homme, et qu’il faut faire avec ; et resignaler le pathétique de sa position d’être désirant un être jugé inférieur (un peu comme si on pleurnichait d’avoir à prendre sur soi pour coucher avec un singe ou un chien). Mais à mon avis ce terme aurait tendance à évacuer trop facilement ce qu’il peut y avoir d’ambiguïté et de souffrance réelle, de pathologique à prendre en compte. Il faut certes éviter de tomber dans l’analyse psy d’un personnage (et le confondre par trop avec un être de chair, l’auteur en l’occurrence), mais c’était un peu difficile ici ; j’ai trouvé que l’oeuvre était pétrie d’une authenticité qui la sauvait au delà des apparences et d’un possible jugement superficiel du personnage (mais facilement évitable de toute façon je pense).

Il y a effectivement d’énormes facilités, dans la dichotomie grossière entre l'individu et la masse, entre l’homme et la femme, ici représentée comme puérile et volage ; ces antagonistes agissent comme des repoussoirs servant le discours mental du protagoniste, facilement valorisé en de telles circonstances. Cela touche parfois à la caricature grotesque, mais on peut aussi le percevoir comme une scène déformée par les angoisses et les fantasmes d’un homme, ce qui donne à l'œuvre son authenticité et une forte cohérence. Ces gros traits de pinceau sont cependant l’occasion d’analyses plus fines et intelligentes, même si biaisées.

Ce ne sera pas un roman de formation parce que tous les ingrédients d’un tel roman ne dépasseront pas leur caractère d’obstacle, de problème insoluble ; la résolution finale est une fuite en avant, en réponse à la menace d’une déformation, à la maladie d’un Moi privé d’un réceptacle et qui en même temps redoute la concession, le pur don de soi au delà du fantasme d’un jeu de pouvoir et de supériorité.
Ce qui m’a plu essentiellement dans cette œuvre, c’est le discours transparent dans son trouble, et le parcours impossible hormis dans sa solitude, d’un individu piégé dans le problème du rapport non seulement à la femme mais à autrui en général. Ce qui donne à l'œuvre une rudesse particulière ; comme je le disais ailleurs on s’écarte du schéma (ou plutôt de la conception) habituel de la rencontre amoureuse. C’est le “témoignage” franc, au delà des artifices de la fiction dont le narrateur / auteur reste maître, de ce dont peut souffrir un Moi qui se sent constamment menacé, obligé d’avoir à se préserver (le mot “Moi” revient dans l'œuvre comme une résistance au milieu d’une population réclamant un rabaissement insoutenable, une île au milieu d’une mer menaçant de dissolution).

C’est donc une oeuvre que j’apprécie également au delà d’elle-même, dans les questions qui se posent sur sa raison d’être, un peu comme dans un tout autre registre j’ai pu (ne pas trop) apprécier Le Désespéré de Bloy par exemple, que j’ai trouvé trop bâtard, entre roman et pamphlet, mais dont la tonalité rageuse me signalait justement une nécessité d’expression.

Le 23 décembre 2021 à 21:52:43 :

Le 23 décembre 2021 à 09:20:09 :

Le 17 décembre 2021 à 08:23:18 :
Fini les notes sur l'affaire Dominici de Giono. Je m'attendais à un truc nazouillet comme l'équivalent qui existe chez Gide mais c'est très intéressant en réalité.

Il y a notamment une réflexion sur le langage et la façon dont la justice est essentiellement discours plus que loi qui est interpellante.

Ca parle de Strindberg plus haut, j'ai lu son Inferno il y a 2 semaines, assez déçu. C'est un texte autobiographique (écrit en français) sur la crise schizophrénique/mystique/persécutoire qu'a vécu Strindberg pendant quelques années. Il aurait composé le texte à partir de ses notes d'époque, on sent l'énorme processus de lissage et d'agencement de cette folie qui se transforme en voyage symbolique cohérent et compréhensible donc assez plat et chiant. Le type trafique les événements, toute son expérience pue l'artificiel, il a voulu éviter le pathétique brut de la maladie, mais n'ose pas non plus en faire un vrai trip halluciné et apocalyptique contrairement à ce que laisse envisager le titre. Pas trop d'intérêt du coup.

Je partage complètement ton constat, du moins je le partageais lors de ma première lecture. Depuis j'ai pu lire l'essai que le philosophe (également psychiatre) Karl Jaspers consacre à l'étude de ce livre en particulier et des psychopathologies de Strindberg en général. Grâce à Jaspers j'ai pu comprendre que les schizophrènes pouvaient être à la fois conscients de leur "folie" tout en cédant à leurs délires. Autrement dit, ils ont - comme Strindberg - une sorte d'hyperacuité qui ne les empêchent pourtant pas de basculer parfois dans des états où la peur du complot est permanente. Dans cet essai, Jaspers décrypte pourquoi Strindberg réarrange ses notes après coup pour accoucher d'Inferno. Il faut savoir que Strindberg était littéralement obsédé par la peur de se faire interner, il voulait écrire à propos de sa folie mais avait peur qu'une publication telle quelle lui vaille un internement d'office.

Merci pour vos avis et précisions, je penserai à lire Inferno à l'occasion, si cela peut aussi me permettre de mieux comprendre l'auteur. Les difficultés et la possible retenue liées à la retranscription d'une expérience psychique extrême sont intéressantes à découvrir. Au bord de la vaste mer propose une forme classique, bien chapitrée, mais dans laquelle les personnages secondaires semblent n'exister que comme les marionnettes du protagoniste, manquer de consistance propre, comme si finalement toute la construction fictive proprette autour de cette voix première n'y était que pour mettre en scène une démonstration victimaire, et que l'ensemble n'aurait pu être qu'un discours de colère rentrée contre la perfidie des uns et des autres.

E-180
E-180
Niveau 31
24 décembre 2021 à 17:26:31

Le 23 décembre 2021 à 21:52:43 :

Le 23 décembre 2021 à 09:20:09 :

Le 17 décembre 2021 à 08:23:18 :
Fini les notes sur l'affaire Dominici de Giono. Je m'attendais à un truc nazouillet comme l'équivalent qui existe chez Gide mais c'est très intéressant en réalité.

Il y a notamment une réflexion sur le langage et la façon dont la justice est essentiellement discours plus que loi qui est interpellante.

Ca parle de Strindberg plus haut, j'ai lu son Inferno il y a 2 semaines, assez déçu. C'est un texte autobiographique (écrit en français) sur la crise schizophrénique/mystique/persécutoire qu'a vécu Strindberg pendant quelques années. Il aurait composé le texte à partir de ses notes d'époque, on sent l'énorme processus de lissage et d'agencement de cette folie qui se transforme en voyage symbolique cohérent et compréhensible donc assez plat et chiant. Le type trafique les événements, toute son expérience pue l'artificiel, il a voulu éviter le pathétique brut de la maladie, mais n'ose pas non plus en faire un vrai trip halluciné et apocalyptique contrairement à ce que laisse envisager le titre. Pas trop d'intérêt du coup.

Je partage complètement ton constat, du moins je le partageais lors de ma première lecture. Depuis j'ai pu lire l'essai que le philosophe (également psychiatre) Karl Jaspers consacre à l'étude de ce livre en particulier et des psychopathologies de Strindberg en général. Grâce à Jaspers j'ai pu comprendre que les schizophrènes pouvaient être à la fois conscients de leur "folie" tout en cédant à leurs délires. Autrement dit, ils ont - comme Strindberg - une sorte d'hyperacuité qui ne les empêchent pourtant pas de basculer parfois dans des états où la peur du complot est permanente. Dans cet essai, Jaspers décrypte pourquoi Strindberg réarrange ses notes après coup pour accoucher d'Inferno. Il faut savoir que Strindberg était littéralement obsédé par la peur de se faire interner, il voulait écrire à propos de sa folie mais avait peur qu'une publication telle quelle lui vaille un internement d'office.

Merci pour ces précisions, je te crois volontiers, et d'ailleurs il y a une grosse ambiguïté dans le texte. On remarque que Strindberg écrit rétrospectivement après les événements, pourtant il n'y a que peu de regard critique du genre "à cette époque je n'arrivais plus à distinguer fantasmes et réalités". Il reste très flou sur ses délires, comme s'il continuait à y croire malgré le léger recul dont il arrive à faire preuve.

Ce n'est pas forcément ce caractère ambigu que je reproche au livre, mais plutôt la triste monotonie de cette folie retravaillée qui n'a pas la flamboyance d'un écrit outrancier et halluciné pris sur le vif, mais pas non plus la distance critique du "guéri" qui chercherait à expliquer et transmettre ses émotions à ce moment-là. Ce louvoiement aboutit à cette tiédeur d'une écriture froide et ordonnée décrivant des processus irrationnels, ça ne colle pas et je trouve la forme ratée.

Message édité le 24 décembre 2021 à 17:29:39 par E-180
Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 24 décembre 2021 à 17:34:14

Oui, de manière générale ce n'est ni son plus abouti ni son mieux tourné ; de base je l'avais surtout lu car j'étais curieux de voir ce que donnait Strindberg écrivant directement dans notre langue :hap:

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