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Noriaas
Noriaas
Niveau 3
03 juillet 2011 à 00:38:47

J'avais écrit un test de chrono cross, mais je l'ai malheureusement (pour moi) envoyé à la rédaction quelques jours après l'ami Chikotola. Et comme j'avais pas envie qu'il reste dans mon ordinateur à tout jamais, je le poste ici. C'est assez proche de celui de Chikotola d'ailleurs.

1999. En plein essor du RPG japonais, Squaresoft tente un pari assez risqué : offrir une suite à un jeu qui a marqué tous les esprits quatre ans plus tôt : Chrono Trigger. Après un mélange entre ce dernier et Radical Dreamers, jeu (ou plutôt histoire vaguement interactive) sorti sur Satellaview, plateforme de téléchargement de la Super Famicom en 1996, Square mit au monde Chrono Cross. Développé par une partie de l’équipe ayant travaillé sur le célèbre Xenogears, le titre s’offre une place toute particulière dans le cœur des joueurs, bien qu’il n’ait jamais été localisé en Europe.
Bien qu’il soit souvent considéré comme une suite de Chrono Trigger, il faut avouer que les liens entre les deux titres ne semblent pas évidents dès les premières heures de jeu. Il faudra le milieu du premier disque pour commencer à entrapercevoir des passerelles entre les deux jeux. Dans les faits, Chrono Cross ne reprend même pas la thématique du voyage dans le temps si bien exploitée dans Chrono Trigger, mais joue sur l’existence de deux dimensions parallèles. Ainsi, le joueur incarnera un jeune garçon du nom de Serge, vivant dans le petit village d’Arni dans l’archipel d’El Nino. Sa vie paisible est cependant rapidement bousculée lorsqu’il est transporté dans un univers parallèle où personne ne semble le connaître. Après quelques recherches, notre héros découvre que dans ce monde, il est en fait mort et enterré depuis une dizaine d’années. Après cet évènement pour le moins intriguant, il fera la rencontre d’une jeune fille répondant au nom étrange de Kid, et tentera de découvrir les raisons pour lesquelles il a été transporté dans cet univers. De là en découlera un scénario pas toujours simple à suivre, mais toujours extrêmement plaisant.
Dans son aventure, le héros pourra rencontrer une foule de personnages, au nombre de 44, qui l’aideront dans sa quête. Il ne sera d’ailleurs pas possible d’avoir tous ces personnages la première fois, le jeu vous demandant assez souvent d’effectuer des choix. Par exemple, pour vous infiltrer dans un château, trois choix s’offrent à vous, et par conséquent trois personnages vous proposeront leur aide. Choisirez vous de passer par la foret avec le musicien Nikki, au look d’emo gothique, de passer par la voie marine avec le magicien Guile et son masque comme tout droit sorti du carnaval de Venise, ou de rentrer par la grande porte avec l’épéiste Pierre, héros (autoproclamé) cherchant une cause valeureuse pour tester son héroïsme ? Tous ces choix influenceront partiellement le jeu, changeant parfois le scénario, et modifiant les dialogues. Ces dialogues sont d’ailleurs souvent une source d’amusement, les personnages possédant presque tous des accents différents. Ainsi, Pierre possède un accent français très prononcé, tandis que Kid est un personnage assez vulgaire parlant australien. Au delà de ces quelques traits linguistiques qui les différencient, on peut regretter toutefois que les personnages, en dehors des quelques principaux (Serge et Kid) ne soient en général ne soient pas plus exploités que cela, leur histoire étant souvent survolée.
Ces personnages, bien que nombreux, ne pourront pas tous vous accompagner, et vous ne pourrez en choisir que trois pour vos aventures à travers les deux mondes, et notamment pour les combats. Le système de combat n’a d’ailleurs pas grand chose à voir avec celui de Chrono Trigger : Les combats sont avant tout basés sur une jauge de stamina, qui descend lorsque l’on frappe avec l’un des trois coups disponibles (faible, moyen ou fort) ayant chacun des spécificités différentes. Ainsi, un coup fort demande plus de stamina et est moins précis, tandis qu’un coup faible sera rapide et touchera presque à coup sur. Le système de magie non plus n’est pas commun ; en effet, il faudra au préalable équiper à chaque personnage les magies, appelées éléments, sur une grille contenant plusieurs niveaux de puissance, de 1 à 8, chaque niveau comportant plusieurs emplacements pour les sorts. Pour lancer ces éléments en combat, il faudra tout d’abord frapper, chaque coup porté à l’adversaire vous donnant accès à un ou plusieurs niveaux de la grille. Chaque élément utilisé rebloquera de nouveau ces niveaux, et il faudra recommencer. Ainsi, s’il l’on frappe 6 fois, puis qu’on lance un sort de niveau 5, il restera un niveau disponible pour le prochain tour. De plus, chaque élément ne peut être utilisé qu’une seule fois par combat, à moins que l’on ait équipé le sort plusieurs fois dans la grille. Cela donne une dimension assez tactique au gameplay, puisqu’il n’est pas question de lancer ses sorts de soins n’importe quand, sous peine de tomber à court en plein combat. Le gameplay possède d’autres subtilités, comme l’affiliation des personnages à une couleur (blanc, noir, rouge, bleu, vert et jaune) qui détermine les faiblesses et les forces des personnages. Ainsi, un personnage blanc sera faible contre les attaques noires, et inversement, alors qu’un personnage rouge qui lancera un élément de la couleur « opposée », bleu, verra son efficacité réduite. Enfin, on retrouve, comme un clin d’œil à son aîné Chrono Trigger, des attaques doubles, voire triples : pour peu que 2 personnages qui ont une affinité particulière soient en mesure d’utiliser certains éléments spécifiques, lancer cet élément avec l’un des personnages tranformera cet élément en une attaque double unique. Ainsi, Serge et Glenn peuvent utiliser le X-Slash, que les fans de Chrono Trigger reconnaîtront comme étant une attaque double entre Crono, le héros, et Frog, dont le vrai nom est… Glen.
Si le gameplay des combats est assez plaisant, il est en général inutile de rester dans une zone à enchainer les combats : il n’y a en effet pas de niveaux dans Chrono Cross. A la fin de chaque combat, les personnages gagnent des points dans les différentes caractéristiques. Au bout d’un moment, ces bonus se réduisent, jusqu’à disparaitre. Il faudra combattre un boss et gagner ainsi une étoile pour que le palier augmente de nouveau, et que l’on gagne de nouvelle places ou de nouveaux niveaux dans la grille d’éléments. Il est donc impossible de devenir surpuissant pour se simplifier la vie plus tard. La difficulté est toutefois assez bien dosée, et le RPGiste expérimenté verra très rarement la couleur de l’écran de game-over (noir, évidemment). Bref, tout est fait pour que le joueur puisse s’imprégner au maximum de l’ambiance du jeu.
Cette ambiance est d’ailleurs un des points forts de du titre : avec Chrono Cross, Yasunori Mitsuda signe probablement sa pus belle OST. Si certains morceaux sont parfois un peu lassants, comme Gale, le thème de combat, la plupart des autres frisent la perfection. Parmi les thèmes remarquables, on pourra citer Brink of Death, le thème des boss, très entrainant, et Spring’s Gift, le thème de victoire directement repris de Chrono Cross. Mais on s’arrêtera surtout sur des morceaux comme Time’s Scar, utilisé dans l’introduction, ou People Seized With Life, thème vraiment emprunt de désespoir, qui comptent probablement parmi les plus beaux du jeu.
Ces musiques si variées et envoutantes collent parfaitement à l’ambiance graphique de Chrono Cross : étant un archipel assez exotique, le monde d’El Nino est très coloré, avec des couleurs très vives. Les environnements sont très variés, on y trouve notamment des jungles luxuriantes, des marais assez sombres, des plages ou des fonds marins. Certains passages du jeu ont même une patte graphique qui n’est pas sans rappeler l’impressionnisme en général et Van Gogh en particulier. L’un des 44 personnages que l’on peut utiliser est d’ailleurs un jeune peintre, Van, fils de Gogh, peintre lui-même. Dans le genre référence évidente, ça se pose là.
Techniquement, Chrono Cross pousse la PSX dans ses derniers retranchements. Chaque décor fourmille de détails et les animations, notamment celles des éléments, sont fluides, variées et colorées. Certaines magies avancées sont simplement magnifiques, bien que n’atteignant pas l’excellence des invocations de Final Fantasy. Le travail sur le character design, dirigé par Nobuteru Yuki, notamment à l’œuvre dans Escaflowne, est cependant assez inégal, avec des personnages très charismatiques, comme Lynx ou Fargo, mais aussi des personnages moins bien réussis, comme Funguy, l’homme-champignon.
Le résultat global est tout de même sublime, et on prend plaisir à traverser et à retraverser ces environnements pendant des heures. Et on peut dire que le jeu se prete assez bien à ces longues ballades, puisque coté durée de vie, les développeurs ont mis le paquet. Il faudra en effet compter entre 40 et 50 heures pour le finir une première fois, et encore des dizaines si l’on veut le recommencer grâce au New Game +, qui offre comme dans Chrono Trigger l’opportunité d’affronter le dernier boss à n’importe quel moment pour assister à des fins différentes, mais aussi la possibilité d’accélérer ou de ralentir le temps ! Mais l’intérêt premier de ce mode de jeu est toutefois de trouver tous les personnages manquants, parfois assez bien cachés, et demandant quelques heures supplémentaires en investigation et en quête secondaires.
Difficile de définir Chrono Cross comme une suite à Chrono Trigger, et même si l’on sent les influences, notamment à travers certains environnements ou personnages, les développeurs ont clairement tenté d’en faire un jeu à part. N’ayant pas obtenu du public la même reconnaissance que son illustre cousin, Chrono Cross n’en reste pas moins un des meilleurs RPG de la console de Sony, ce qui n’est pas rien quand on connait la ludothèque que présentait celle-ci à l’époque. Il ne reste maintenant plus qu’à attendre la réédition promise par Square, et à espérer sa localisation en Europe.
Noriaas.

Notes :

Graphismes : 18/20 Probablement un des plus beaux jeux de la PS1, avec Final Fantasy IX. A la direction artistique, Yasuyuki Honne, a fait preuve d’un travail absolument remarquable, en variant les décors et en n’ayant pas peur de colorer ses environnements. Les personnages sont bien animés, rendant les combats fluides et dynamiques.

Jouabilité : 17/20 L’idée de jouer sur les deux univers est intéressante, on doit ainsi voyager d’un monde à l’autre pour tenter de trouver des solutions à certains problèmes. Le choix des destinations est souvent laissé au joueur, et c’est à lui qu’il incombera de trouver le moyen de faire avancer l’histoire, les indices n’étant pas toujours explicites. Certains pourront trouver que l’absence de levelling peut être un défaut, rendant parfois les combats un peu inutiles. Le système de combat n’en reste pas moins très intéressant et tactique, les subtilités de gameplay venant s’ajouter au fur et à mesure de la partie. On pourra aussi déplorer une facilité parfois excessive, quelques boss vraiment difficiles mis à part.

Durée de Vie : 18/20 Le New Game + apporte un sursaut de vie très conséquent, certains personnages, certaines situations et surtout certaines fins n’étant disponibles que grâce à ce mode. Mais même sans new game +, la durée de vie avoisine quand même les 40 heures.
Bande-son : 19/20 A part un faux pas au niveau du thème de combat, dynamique mais aussi assez énervant, Mitsuda fait un sans faute. Passant de thèmes rapides et stressants à des thèmes plus joyeux, en passant par des morceaux carrément tristes, l’OST du jeu est probablement une des plus belles jamais composée.

Scénario : 17/20 L’histoire en elle-même est intéressante et captivante, cependant on a tendance à s’y perdre à certains moments. Il n’est en effet pas toujours évident de se rappeler dans quel monde tel ou tel personnage a été rencontré, et donc s’il va reconnaître le héros ou pas. Les liens avec Chrono trigger semblent quasi inexistants au départ, et apparaissent au fur et à mesure que la trame du jeu se dévoile. Il est donc conseillé, bien que pas indispensable, d’avoir joué à Chrono Trigger avant.

Note globale : 18/20 Relevant avec brio le défi qui se dressait devant lui, Chrono Cross arrive à se démarquer de son prédécesseur sans pour autant le renier. Un jeu que toute personne ayant apprécié Chrono Trigger se doit d’essayer, pour peu que l’anglais ne rebute pas, d’autant que les accents des différents personnages ne facilitent pas toujours la compréhension.

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